Textes et Prédications - Prédication 2017

 

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Prédication 2017

Dimanche 23 juillet 2017  -  par Jacques Bosch

Prédication au temple de Versailles

23 juillet 2017

Matthieu chapitre 13, versets 18 à 33

Il y a quelques années, des fouilles archéologiques dans la région de Capharnaum ont mis à jour, sur les bords du lac de Tibériade, les vestiges de petites maisons de pêcheurs datant du début de notre ère. Il est très vraisemblable que l’une d’elles était semblable à celle de Simon Pierre, la maison dans laquelle logeait Jésus et dont, ce matin là, nous dit Matthieu, il est sorti avec quelques disciples et amis pour aller s’asseoir au bord du lac.

La tranquillité du petit groupe a dû être de courte durée car la renommée de Jésus était telle que rapidement le cercle d’auditeurs a grandi et que très vite c’est une véritable foule qui les a entourés … contraignant presque Jésus à monter dans l’une des barques qui se trouvaient là, au bord de l’eau, pour s’éloigner de la foule et du rivage.

La voix porte loin sur l’eau … alors, profitant de cette amplification naturelle, Jésus a poursuivi depuis la barque son enseignement sur le Royaume de Dieu.

La foule étant composée essentiellement de bergers, paysans et gens familiers des problèmes de la terre, de la culture, c’est dans leur quotidien que Jésus choisit les exemples de ses paraboles.

Et ce matin là, des semailles à la moisson, il leur parle de tout ce qui peut arriver à un grain de blé, à une graine de semence avant qu’il puisse germer et donner un épi. Lancés à la volée, les grains portés par le vent risquent parfois de tomber sur le chemin, dans les rocailles, les épines, … mais aussi dans la bonne terre … et les résultats au moment de la moisson vont croissant avec la qualité des terrains.

De zéro lorsque les grains sont dévorés par les oiseaux, ils atteignent un rendement élevé lorsqu’ils sont tombés dans la bonne terre.

Poursuivant son enseignement au travers d’une deuxième parabole, Jésus montre que ce ne sont pas seulement par les oiseaux, les pierres, les épines que les grains de semence sont menacés, mais par une autre semence qui vient se mêler au bon grain, se sur-ajouter : l’IVRAIE.

Cette graminée, cette mauvaise herbe dont les racines s’entremêlent avec celles du bon grain, risque de l’étouffer, de gêner sa croissance, et surtout de contaminer la farine, car l’ivraie est toxique. Elle possède en effet un alcaloïde qui agit sur le système nerveux et peut provoquer une sorte d’ivresse … d’où le nom d’ébraica (ébriété), et le nom d’ivraie. Autre expression issue de ce mot : semer la zizanie – mot d’origine sémitique, transcrit en grec par zizanion.

Les graines, les semences de cette mauvaise herbe sont analogues à celles du blé et il est très difficile de les distinguer à l’œil nu. Ce qui explique la surprise des serviteurs qui découvrent la présence de l’ivraie au milieu du champ quelques temps après les semailles : « Maître, comment se fait-il qu’il y ait de l’ivraie ? N’as-tu pas utilisé des semences de bonne qualité ? »

Que l’ivraie ait été semée par un intervenant mal intentionné, “ l’ennemi ”, ou que la semence ait été insuffisamment sélectionnée, triée, … le fait est là … l’ivraie est dans le champ … ! Et sa présence, maintenant qu’elle est décelable, tout comme celle, beaucoup plus sympathique des coquelicots, … cette présence est devenue à ce point préoccupante, prépondérante, obnubilante … qu’on en vient à oublier que dans le champ, il y a aussi du bon grain.

J’ignore la proportion d’ivraie qu’il peut y avoir dans un champ : 1/1 000, 1/100 000, peut-être beaucoup moins, mais cette pollution végétale, aussi faible soit-elle, occupe néanmoins la pensée des serviteurs de la parabole et constitue leur souci numéro 1, mais aussi celui des rédacteurs de l’Évangile et de leurs traducteurs, au point d’avoir déterminé, fixé, le titre du chapitre.

Alors que les anciennes versions Segond, Synodales et autres titraient « Parabole du bon grain et de l’ivraie » ou l’inverse « Parabole de l’ivraie et du bon grain », la TOB titre aujourd’hui « L’ivraie ».

Cette plante parasite ou plutôt ce dont elle est l’image : violence, troubles, malversations, terrorisme, drogue, occupe la première place,

          occupe « la Une » des journaux écrits et télévisés

                                 occupe la « Une » de nos pensées, de nos soucis pour aujourd’hui, détermine et conditionne en grande partie le programme du gouvernement de beaucoup de pays.

Et nous, frères et sœurs, n’emboîtons-nous pas le pas ? N’oublions-nous pas trop facilement qu’à côté des attentats, des vols et des viols, il y a aussi des situations de paix, des actes de courage, de bonté et d’amour ? Ne nous arrive-t-il pas de céder facilement au découragement ou à la révolte et finalement de baisser les bras ? Un plant d’ivraie ne suffit-il pas souvent à nous cacher … un champ de bon grain ?

Heureusement toutes les réactions au désordre et à la violence ne sont pas aussi négatives qu’on pourrait le craindre. De nombreux exemples parmi d’autres nous invitent à ne pas nous laisser aller à la “sinistrose” et, comme le Maître de la parabole y invite ses serviteurs, à savoir attendre la moisson.

Localiser les coupables ne semble pas nous poser de problème … les responsables, les coupables … facile, n’est-ce-pas, de les désigner hâtivement ? Je laisse à chacun le soin de le faire … mais notre responsabilité à nous ? Difficile de la reconnaître, difficile d’admettre que, comme les racines de l’ivraie et du bon grain sont étroitement mêlées, les racines du Mal sous toutes ses formes sont présentes aussi en chacun de nous, étroitement mêlées au Bien.

Il est plus facile de renvoyer la responsabilité sur les autres … Et pourquoi pas, sur Dieu ?

            Ma bonne dame … « Ne croyez-vous pas que si Dieu existait … s’il était aussi puissant, vraiment Amour … le Mal existerait ? »

         Mon bon Monsieur …. « Ce Mal, cette ivraie, ne pensez-vous pas qu’il faudrait s’en débarrasser une fois pour toutes … au besoin par la force ? » : le grand nettoyage des écuries d’Augias !

Combien il est tentant d’envisager ce genre de solutions radicales, ce remède, ce désherbant, pire peut-être que le mal !

Le Maître de la parabole le refuse … Dieu le refuse !

Attendez la moisson

Arracher l’ivraie impliquerait le risque d’arracher en même temps des plants de bon grain, leurs racines étant étroitement mêlées et Dieu ne veut pas risquer de perdre un seul grain de blé.

Dans la vie, dans le monde, le Bien et le Mal sont, tout comme l’ivraie et le bon grain, étroitement mêlés … même dans le domaine religieux,

                               … même dans l’Église,

                               … même dans notre cœur, dans notre personne.

Comment distinguer une bonne théologie d’une hérésie … autrement qu’en attendant leurs fruits respectifs ? … D’ailleurs, n’y a-t-il pas dans chaque “hérésie” une part de vérité ? Et à vouloir extirper l’erreur, on est vite conduit à allumer des bûchers, et souvenons-nous, même si ce ne fut pas fréquent, que l’inquisition ne fut pas la seule à en dresser.

Attendre la moisson … Attendre

Cette parabole serait-elle une invitation à la passivité, à l’attentisme ? Je dirais plutôt qu’elle nous montre la patience de Dieu !

                       Sa patience à l’égard du monde

                       Sa patience à l’égard de chacun de nous … patience qui nous invite nous aussi à la patience … à l’égard de nos contemporains, de nos proches et également à l’égard de nous même.

Patience ne signifie pas résignation ou défaitisme, mais Espérance

L’Espérance est l’une des trois vertus théologales : la Foi, l’Espérance et l’Amour, dont Paul nous parle dans 1 Corinthiens 13. Cette force peut nous être donnée lorsque nos propres forces atteignent leurs limites … lorsque malgré nos efforts et le soutien des autres, tout semble bloqué … et que même le courage de vivre s’amenuise.

L’Espérance peut rendre à nouveau toutes choses possibles. Cette force est en attente dans la petite graine de semence, dans le levain. Jésus utilise deux petites paraboles pour illustrer son propos : celle du levain qui fait lever toute la pâte, et celle du grain de moutarde qui produit un arbre.

Disproportion entre la taille de la graine, la quantité de levain, et les résultats,

Disproportion entre le coût d’un sourire, d’un geste de solidarité, d’une parole    de réconfort, et leur efficacité.

Cette Espérance, c’est un don de Dieu, car … c’est l’Espérance de Dieu, une espérance folle qui, contre toute logique humaine, contre tout réalisme économique,

            pousse à croire à l’impossible,

            pousse à croire que l’ivraie, le Mal iront en décroissant, et, pourquoi pas, finiront par devenir du bon grain.

Espérance de Dieu dans l’Homme, dans son avenir, dans sa capacité à changer. Cette espérance, fruit de son amour pour l’homme, ne peut-elle pas raviver notre espérance à nous,

                     dans les autres,

                     dans nous-mêmes,

                     et surtout conforter notre confiance en Dieu.

 

Jacques Bosch

 

 

Publié le 21/09/2017 @ 20:27  
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