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Dimanche 20 novembre 2016 - par Dominique Caudal

Culte du 20/11/16 : « Un malfaiteur dans le Royaume ! ». Prédication
Luc 23,35-43 ; Col 1,12-20 ; 2 Sam 5,1-3

Les textes qui nous sont proposés aujourd’hui sont ceux du calendrier liturgique catholique. C’est la fête du Christ-Roi qui clôt le temps dit ordinaire et ouvre le temps de l’avent (le premier dimanche de l’avent sera dimanche prochain). Cette fête articule à la fois l’attente de la venue de Jésus Roi et de Son Royaume à la fin des temps : « Viens Seigneur Jésus ». Nous le disons dans le Notre Père « Que ton Règne vienne ». Mais c’est aussi l’annonce de la venue de Jésus, la naissance de cet enfant juif né de Marie, à Bethléem, celui que viennent adorer les mages d’Orient, et demandent : « où est le roi des Juifs qui vient de naître ? » (Mt 2,1-2). Déjà ce tout petit pose question : il est né dans une famille sans nom, mais reconnu par Siméon, comme le « salut préparé par Dieu devant tous les peuples, lumière pour éclairer les nations et gloire d’Israël, le peuple de Dieu » (Lc 2,30-32). Qui est-il donc ?

De même le texte de Luc 23 nous introduit dans le grand paradoxe de Jésus qui laisse presque tous les témoins de son temps interloqués. Nous sommes sur la colline du calvaire ou du Golgotha : 3 hommes viennent d’être crucifiés : deux malfaiteurs qui entourent un troisième. Un petit écriteau surmonte la barre horizontale de la croix : « le roi des juifs, c’est lui ». Etonnant ? On ne comprend pas. S’il est roi, pourquoi pend-il au bois, un malfaiteur à sa droite et un malfaiteur à sa gauche ? Nos intelligences et nos raisonnement paraissent ici dépassés.

Nous allons suivre ce texte de Luc, éclairé par les deux autres textes de l’Epitre de Paul aux Colossiens, et du premier Livre de Samuel.
Nous poserons 3 questions :
- Qui est-il donc cet homme en croix, roi des Juifs ?
- De quel royaume est-il le roi ?
- Qui peut en faire partie et comment peut-on entrer dans ce royaume ?

I.Qui est-il donc cet homme en croix, roi des juifs ?

1.Suivons d’abord le texte de Luc : Qui est présent au Golgotha, et que disent les gens ?

Il y a en premier lieu « le peuple » : figé, immobile, silencieux. Il regarde, mieux, il contemple.
Il se tait après tous les cris d’acclamation, de l’entrée de Jésus dans Jérusalem, puis après tous les cris d’accusation lors de son procès. Ce ne sont peut-être pas les mêmes dans ces deux cas. Il y a probablement des disciples, de ceux qui suivaient Jésus, des femmes, le disciple que Jésus aimait. Tous font silence, ils « contemplent ». C’est un verbe intéressant en grec : théorôn : observant, contemplant, et ce verbe a donné ensuite nos théories appuyées sur des observations qui sont parfois loin d’une contemplation. Se taisent-ils par incompréhension, sidération, déception ? Tous les rêves messianiques rassemblés dans la personne de ce Jésus sont-ils en train de mourir ? Tout est-il fini ? N’y a-t-il aucun espoir ?

A côté se trouvent les « chefs, les magistrats », religieux et politiques juifs qui viennent de condamner Jésus comme blasphémateur, méritant la mort.
Eux se moquent, et ne s’adressent pas à Jésus : « Il a sauvé les autres, qu’il se sauve  lui-même, s’il est le Christ, le Messie, l’élu, le choisi de Dieu ». Peut-être y-a-t-il là tout le ressentiment, la jalousie devant cet homme aimé des foules, faiseur de miracles, faisant voir les aveugles, entendre les sourds, parler les muets, marcher les paralysés, ressuscitant même un Lazare. Il se disait sauveur, on le disait Messie, le choisi (presque le préféré) de Dieu. Eh bien on va voir maintenant. C’est l’heure de vérité.

Et les soldats présents « se moquent eux aussi. Ils s’approchent et lui présentent du vinaigre ». (C’était la boisson ordinaire des soldats, une sorte de vin aigre, coupé d’eau). Déjà ils sont moins lointains que les chefs, ils s’approchent de la croix, et s’adressent directement à Jésus. Ils lui disent « si tu es le roi des juifs, sauve-toi toi-même ». Comme les chefs, ils utilisent le « si » de la tentation de Jésus au début de son ministère : « si tu es Fils de Dieu », change les pierres en pain, jette-toi en bas du Temple et vérifie les versets du Psaume 91. Le diable met ici en doute l’identité de Jésus, tout au début de son ministère ; puis ayant échoué, il « s’éloigne de lui jusqu’à un moment favorable » (Lc 4, 13).
Ce moment favorable, cette « heure » (comme le dit l’évangile de Jean), c’est l’heure de la croix, c’est maintenant. Le « si » des chefs et des soldats évoquent cette ultime tentation et tentative de prendre le pouvoir sur Jésus à la croix. N’est-il pas capable de se sauver lui-même ? Qu’est-ce donc qu’un roi crucifié ? Tous ses sujets, les juifs ne peuvent-ils le sauver ?

Un des malfaiteurs renchérit et blasphème : « N’es-tu pas le Messie ? » Sauve-toi et nous aussi.

L’autre malfaiteur lui répond : « Pour nous c’est justice, car nous recevons ce qu’ont mérité nos crimes. Mais lui n’a rien fait de mal ». Il poursuit en s’adressant à Jésus : « Jésus, souviens-toi de moi, quand tu viendras vers ton royaume ». Il appelle Jésus par son nom : « Dieu sauve ». Le souviens-toi peut évoquer tous les « souviens-toi » de l’Ancien Testament qui rappellent au peuple d’Israël la fidélité de leur Dieu, et de son salut. « Quand tu viendras prendre possession de ton règne ». Aucun doute, ici, une conscience profonde de son péché, de la non culpabilité de Jésus et de sa venue en Gloire. D’où lui viennent toutes ces affirmations de foi ?

2.Jésus, Messie, l’élu de Dieu, le Roi des Juifs, crucifié entre 2 malfaiteurs ?

On est donc ici comme devant un tableau ou sur une scène de théâtre dramatique. Les différentes réactions et interprétations des témoins se succèdent et posent la question de l’identité de Jésus.
Jésus avait lui-même demandé : « qui dit-on que je suis ? Et vous qui dites-vous que je suis ? ».
Cette interrogation parcourt tous les évangiles et demeurent encore aujourd’hui. Ce Jésus, qui est-ce ? Un prophète, un Messie, un Dieu ? Elle est au cœur du dialogue interreligieux, au cœur de la formulation de la déclaration de foi de l’EPUF pour laquelle le synode régional se réunit aujourd’hui (notre pasteur et des conseillers y sont présents). Les conciles des  premiers siècles du christianisme sont centrés sur cette question de la divinité de Jésus, et dans ce cas sur l’unicité d’un Dieu, qui serait Père, Fils et Esprit.

Qu’est-il dit ici, clarifions quelques termes :
Jésus : « le Seigneur sauve » (Lc 1,31 ; 2,21). C’est sa mission fondamentale. Il est sauveur. Il a sauvé et doit se sauver lui-même maintenant. Il est sauveur comme des juges ou des rois de l’ancien testament. Cela ne va pas obligatoirement plus loin.

Messie ou Christ ou oint, celui qui est l’élu par l’onction. Il a reçu une onction d’huile, symbole de l’Esprit de Dieu, il a été mis à part pour un service défini. Dans l’Ancien testament, le messie est un roi humain choisi pour régner sur Israël. David a ainsi reçu l’onction des mains du prophète Samuel, lorsqu’il était tout jeune, puis 22 ans plus tard, il est à nouveau choisi et oint à Hébron, pour régner sur les deux  royaumes de Juda et d’Israël unifiés. (C’est le texte d’aujourd’hui).

Mais après l’exil et la destruction du Temple de Jérusalem, on entre dans l’attente d’un nouveau David, d’un Messie envoyé par Dieu à la fin des temps. Dans le livre de Daniel (7), écrit vers 161 avant Jésus-Christ, l’auteur juif Daniel Boyarin parle d’un glissement d’un messie fils adoptif de Dieu, humain, à l’attente d’un Messie divin, roi, et Fils de Dieu et Dieu lui-même, appelé le Fils de l’Homme (c’est ainsi que Jésus se nomme le plus souvent, ex : Jn 12,34 : « Il faut que le Fils de l’Homme soit élevé »).

Roi des Juifs : cette appellation évoque les derniers événements : l’entrée de Jésus à Jérusalem, après la résurrection de Lazare « Hosanna, béni soit celui qui vient au nom du Seigneur, le roi d’Israël » et Jean cite Zacharie 9,9 : « Ne crains point, fille de Sion, voici ton roi vient, assis sur le petit d’une ânesse ».
De même Pilate interroge Jésus: « es-tu le roi des Juifs ? » et Jésus confirme qu’il est bien roi. Mais son royaume n’est pas de ce monde, sinon il aurait été délivré par ses serviteurs (Jn 18,33-37). Pilate garde ce titre et le fait accrocher sur la croix ; pour lui Jésus n’est pas coupable.
Mais les sacrificateurs et membres du sanhédrin, le tribunal juif l’accuse de s’être fait « Fils de Dieu ».

A l’aube de ce temps de l’Avent, l’on peut revenir aux titres donnés à Jésus, dès l’annonce de sa naissance par l’ange Gabriel à Marie : « Tu enfanteras un fils et tu l’appelleras du nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père. Il règnera sur la maison de Jacob éternellement et son règne n’aura pas de fin » (Lc 1, 31-33). De même les bergers de Bethléem reçoivent de l’ange du Seigneur cette annonce : « Aujourd’hui, dans la ville de David, il vous est né un sauveur qui est le Christ (le Messie), le Seigneur. » (Lc 2,11).

Tous ces titres d’une divinité du Messie attendu se heurtent à la réalité présente dès la naissance de Jésus, et bien plus encore maintenant: cet homme est attaché à la croix, signe de malédiction de Dieu : « maudit est quiconque est pendu au bois » est-il écrit dans le livre du Deutéronome 21,23. Ce Jésus a blasphémé : il a pardonné les péchés, il n’a pas respecté le sabbat, il s’est appelé lui-même Messie, Fils de Dieu et Fils de l’Homme. Il a appelé Dieu son Père. Le voici cloué sur la croix, les chefs avaient bien raison sur la foule qui l’adulait.
La logique, l’intelligence, la raison, la sagesse humaine ont eu enfin raison de cet homme qui se disait Fils du Très-Haut.

 

II.De quel royaume serait-il le roi ? Jésus n’est pas un roi sans royaume.

1.« Le paradis ? »

Jésus répond en effet au malfaiteur repentant « aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis. » Le paradis était pour certains juifs, le lieu où les juifs attendaient la résurrection après leur mort. Mais le paradis évoque aussi le jardin d’Eden qui a été fermé aux hommes après leur désobéissance, d’après le récit de la Genèse. Ici Jésus semble avoir l’assurance de l’accès à ce jardin désormais interdit aux hommes, dont l’accès était gardé par des chérubins à l’épée foudroyante. C’était pour garder le chemin de l’arbre de vie qui rendrait l’homme immortel.

L’auteur de l’Apocalypse écrit à l’église d’Ephèse : « Au vainqueur, je donnerai (c’est Dieu qui parle), à manger de l’arbre de vie, qui est le paradis de Dieu » (Ap 2,7).

2.Le royaume, ou le règne, à venir, déjà réalisé dans le ciel : « quand tu viendras dans ton règne… dit le malfaiteur repentant »

Le même mot est utilisé pour le fait que Dieu est roi : le règne, la royauté et le lieu où Dieu est roi : le royaume. Jésus dit à Pilate : « mon royaume n’est pas de ce monde » (Jn 18,33-37).
C’est une réalité à venir sur la terre : Luc rapporte les paroles de Jésus lors de la dernière Cène avec ses disciples.
Le royaume de Dieu est annoncé par de nombreux textes de l’ancien et du nouveau testament. Il est l’objet de l’attente du croyant car c’est là où la mort ne sera plus, où il n’y aura plus de larmes, où le loup et l’agneau cohabiteront dans la paix. C’était toute l’espérance des esclaves noirs des Amériques qui nous ont transmis leurs si beaux chants de Gospel qui n’arrivent pas à vieillir et rassemblent encore de nombreux chrétiens.
Mais dès maintenant, le texte de Paul aux Colossiens affirme déjà la royauté de Jésus, dans le ciel, sur toute puissance, toute autorité. C’est là que nous puisons notre assurance et espérance : Dieu a le dernier mot de l’histoire humaine, Jésus est l’Alpha et l’Oméga, le commencement et la fin.
La prière du Notre Père qu’enseigne Jésus nous invite à demander au Père « que Ton règne vienne». C’est le lieu où « la volonté de Dieu est faite sur la terre comme au ciel ». Les membres de ce royaume sont les anges, les « serviteurs » de Jésus qui sont au ciel et tous les croyants sur la terre.

3.Le royaume d’ici et maintenant

Le royaume ou le règne de Dieu est lié à la personne de Jésus, à sa présence, pendant sa vie terrestre. Les guérisons et libérations en ont été les signes. « Le royaume s’est approché de vous ; il vient de vous atteindre » dit Jésus aux pharisiens qui l’accusent de chasser les démons par Beelzébul, le prince des démons. Si cela était le cas, répond Jésus, « mon royaume serait divisé et ne pourrait subsister. Mais si c’est par l’Esprit de Dieu que je chasse les démons, le royaume de Dieu est donc venu vers vous.
Les pharisiens  demandent à Jésus quand viendra le royaume. Jésus répond : « Le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards. On ne dira point : Il est ici ou il est là. Car voici, le royaume de Dieu est au milieu de vous » (Lc 17,21). « Au milieu » peut signifier à la fois parmi vous (par la personne de Jésus) et en vous, en dedans, à l’intérieur de vous (par l’Esprit Saint).
Le royaume de Dieu est donc aussi en nous : autrement dit,  c’est la présence de Dieu en nous.
C’est l’évangéliste Matthieu qui nous parle le plus du royaume, en redonnant les paraboles de Jésus : celle de l’ivraie et du bon grain, celle du semeur, du fils perdu, de la drachme perdue, du levain dans la pâte. Elles disent toutes que le royaume est déjà là, comme une réalité cachée, en croissance, jour et nuit. ‘’ Chaque fois que nous nous ouvrons pour écouter Dieu, le louer, l’accueillir dans tout notre être : nos sentiments, nos pensées, nos compréhensions, nos décisions, et dans nos actes, chaque fois le royaume grandit. La royauté de Dieu s’étend dans nos vies et dans le monde. C’est un royaume qui unit le ciel et la terre : chaque fois qu’un homme revient à Dieu, il donne une grande joie dans le ciel et sur la terre.

 

 

III.Qui donc peut  faire partie de ce royaume  et comment peut-on y entrer?

1.Un malfaiteur au paradis !

C’est le titre de notre prédication. Qu’est-ce qui permet à ce malfaiteur d’être dès « aujourd’hui, avec Jésus, dans le paradis ». Certes, il va mourir et Jésus aussi. Leur mort n’est pas un simulacre. Mais Dieu serait-il injuste, irraisonnable, incompréhensible ? Non seulement il n’intervient pas pour sauver Jésus de la croix, mais encore il accueille un meurtrier, un brigand.

Le texte est simple et clair : les deux malfaiteurs méritent la mort, tous les deux, autant l’un que l’autre. Mais l’un se repent et reconnaît ses crimes et l’autre non. Certes, sa repentance est intéressée : il demande « souviens-toi de moi ». Mais mystérieusement, il semble avoir perçu un peu de l’identité de Jésus. Il est non coupable, « il n’a rien fait de mal ». Plus encore, il croit qu’il est Roi et qu’il « viendra dans son règne ». Là aussi, nous serions tentés de juger bien faible cette repentance et affirmation de foi qui ne sera pas suivie d’engagement. Il va mourir.  Mais Jésus semble connaître son cœur et il lui promet, en vérité (c’est toujours fort, dans la bouche de Jésus), sa présence, avec Jésus, aujourd’hui dans le paradis. Jésus semble donc être ici la porte du royaume : « Je suis la porte. Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et sortira et il trouvera des pâturages ; (le paradis, et le royaume : les verts pâturages du Ps 23, lieu de liberté et de vie » (Jn 10,9).

Ici l’on est à l’aise : c’est bien la justification par la foi de Paul et de Luther ! Mais comment expliquer que l’un des malfaiteurs ait compris et non pas l’autre ? Pourquoi les magistrats, les soldats ne reçoivent-ils pas la grâce comme ce dernier des derniers ? Peut-être Paul nous donne t-il des pistes là aussi ?

2.Christ (ou le Messie) crucifié : « scandale pour les juifs, folie pour les païens ou puissance de Dieu et sagesse de Dieu » ? (1 Co 1,23-24).

Paul a le droit d’écrire ces mots car il était lui-même parmi ces pharisiens, d’accord avec la mort de Jésus au point de persécuter les chrétiens après la Pentecôte. Il a lui-même été complètement bouleversé et retourné sur le chemin de Damas. Ses certitudes religieuses ont volé en éclat, son auto-assurance sur sa bonne observance de la loi également. « Je suis Jésus que tu persécutes » (Ac 9,5). La puissance de ce « Je suis » ego eimi ou le nom imprononçable de Dieu pour un juif, le fait tomber à terre même physiquement. Jésus lui est révélé dans toute sa divinité. Cette théophanie lui dévoile l’identité de celui qu’il persécute. Cette lumière le rend aveugle, aveugle de ses anciennes assurances, pendant trois jours. C’est par l’imposition des mains d’Ananias, un humble disciple obéissant, qu’il recouvre la vue et qu’il est rempli du Saint Esprit.
Ainsi il peut écrire : « personne ne connaît les choses de Dieu, si ce n’est l’Esprit de Dieu. Or nous n’avons pas reçu l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu afin que nous connaissions les choses que Dieu nous a données par grâce » (1 Co 2,12).

C’est à un autre pharisien que Jésus explique comment « voir » et « entrer » dans le royaume de Dieu (Jn 3): Nicodème vient de nuit et ose poser ses questions à Jésus. Jésus lui indique : « Si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu ; si un homme ne naît d’eau et d’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu ». Et Jésus continue en lui disant « il faut que le Fils de l’Homme (c’est lui) soit élevé (sur la croix), afin que quiconque croit en lui ait la vie éternelle (le paradis, ou le royaume).
Pauvre Nicodème…y-a-t-il compris quelque chose sur le moment ? Il s’est déplacé de nuit, pour entendre des raisonnements qui n’en sont pas… La suite de l’évangile montre le chemin parcouru par Nicodème. Il va prendre la défense de Jésus et visiblement son intelligence a été comme renouvelée et éclairée.

A la croix de Jésus, il y a donc le peuple qui se tait et contemple, le malfaiteur qui s’ouvre aux réalités du royaume. Il y a aussi ceux qui pour l’instant apparaissent enfermés dans leurs jugements et certitudes humaines. Nous sommes nous aussi comme au pied de la croix. A  chacun de nous, ce texte semble nous demander : et toi, aujourd’hui, avec les 2000 ans de recul, qu’en dis-tu ? Qui dis-tu qu’il est, cet homme pendu au bois ? Veux-tu toi aussi voir et entrer dans le royaume, dès aujourd’hui, avec Jésus, dans le lieu de sa présence, comme il nous l’a promis : « Je suis avec vous, tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20).

Prière. Nous sommes comme invités au pied de ta croix, Jésus. Là, tu révèles encore aujourd’hui l’amour de Dieu qui se donne, Père, Fils et Saint Esprit, à chacun de nous. C’est là où tu te fais le dernier des derniers, le plus pauvre que tu révèles ta royauté sur le monde et sur nos vies.
Là où je suis moi aussi le plus pauvre et dépendant, tu me révèles ton amour pour moi, ton pardon et ta grâce.
Comme le malfaiteur repentant, je te demande d’être avec toi, dès aujourd’hui. Sois davantage le roi de mes pensées et de mes actes, dès ce jour. Viens Esprit de Dieu, dévoiler ton Royaume et nous faire entrer dans ton espérance.

 

 

Publié le 25/11/2016 @ 17:22  Prévisualiser  Imprimer l'article

Dimanche 06 novembre 2016 - par Ruth-Annie Coyault

Prédication du dimanche 6 novembre 2016 à Versailles

avec la participation de la chorale paroissiale

Daniel 3, 1-30 La fournaise (résister) ; Luc 20, 27-38 La résurrection (espérer)

 

Chaque année, les lectures bibliques nous proposent pour le premier dimanche de novembre des textes pour réfléchir sur la mort et la résurrection, parce que c’est le dimanche le plus proche de la Toussaint. Voici un récit bien connu, celui de Chadrak, Méchak et Abed-Nego jetés dans la fournaise. Dans nos souvenirs d’enfance et de catéchèse, ce n’est pas un récit qui parle de la mort, mais plutôt d’une formidable délivrance, mais nous allons voir que le texte aborde le sujet à sa manière, dans une perspective de résistance et même d’espérance qui va nous permettre de faire le lien avec le récit de l’évangile qui nous est proposé.

Le livre de Daniel est un écrit de résistance destiné à encourager les croyants à persévérer dans la foi lorsqu’ils sont confrontés à la violence et à la persécution. Quand on le lit en entier, on voit qu’il contient des visions qui ressemblent beaucoup au style de l’Apocalypse (il y a des bêtes qui symbolisent des pouvoirs destinés à tomber pour que la victoire finale soit donnée aux croyants = Daniel 7). Les récits que contient le livre de Daniel, notamment celui de Chadrak, Méchak et Abed-Nego dans la fournaise, évoquent l’histoire du peuple d’Israël en situation de danger face aux puissances impériales de l’époque qui l’ont réduit à l’esclavage et ont tout fait pour l’écraser, détruire sa foi, sans y arriver. Il faut se rappeler que le peuple d’Israël a été envahi par les Assyriens, exilé à Babylone, il a subi au cours des siècles la domination des puissances étrangères. On peut mentionner entre autres le roi Antiochus IV de la dynastie séleucide qui a mené une politique d’hellénisation très répressive en Judée, il a interdit le judaïsme, profané le temple, massacré les populations qui refusaient d’accepter la culture grecque et les dieux païens… Donc il y a une très forte connexion avec l’histoire réelle, l’objectif du rédacteur biblique étant d’encourager les croyants dans les souffrances et les persécutions, afin qu’ils gardent en eux cette espérance que la justice de Dieu triomphera, ceux qui restent fidèles au Seigneur seront sauvés, et Yahvé se révèlera comme le seul vrai Dieu qu’il faut adorer.

Avec le récit de Chadrak, Méchak et Abed-Nego, nous sommes donc dans un choc des croyances qui va entraîner la persécution religieuse, exactement comme ce qui s’est passé sous le règne d’Antiochus. Cependant, les trois fidèles qui sortent indemnes de la fournaise ne symbolisent pas le peuple de Dieu qui échappe aux persécutions parce sa foi le protège et lui épargne la souffrance, au contraire, ils sont l’image des croyants livrés à la mort, jetés au beau milieu de la fournaise des épreuves, ils représentent le peuple de Dieu qui subit la persécution la plus dure (c’est à cela que renvoie la fournaise chauffée sept fois plus que d’habitude). Les croyants sont opprimés de la manière la plus cruelle parce qu’ils aiment Dieu et veulent lui rester fidèles, ils sont dans la fournaise, mais leur foi reste intacte, leur espérance en Dieu et leur obéissance restent entières malgré tout. La chair est meurtrie, le physique est touché, le moral est atteint par les calomnies et la mauvaise réputation qu’on leur taille (ce ne sont pas de bons citoyens, ils ne se soumettent pas aux autorités, ce sont des rebelles à l’ordre public), mais le cœur garde tout son attachement au Seigneur, le spirituel reste indemne, la foi dans le Dieu Sauveur est plus ardente que jamais… Voilà l’image que nous renvoient Chadrak, Méchak et Abed-Nego dans ce qui leur arrive.

Cette histoire des compagnons de Daniel dans la fournaise a inspiré bien des chrétiens dans la tourmente, voyez aujourd’hui la situation des chrétiens d’Irak, de Syrie, et d’ailleurs qui sont persécutés par des régimes totalitaires… Voyez tous ces migrants qui se retrouvent coincés dans un pays étranger, espérant un avenir meilleur loin de chez eux… Beaucoup de nos frères et sœurs en la foi de par le monde ont eu à se sentir et se sentent encore comme Chadrak, Méchak et Abed-Nego, dans la fournaise de la dictature, de la violence, de l’injustice légalisée, de l’assassinat banalisé, broyés par un système répressif qui ne laisse pas la liberté de vivre sa foi et de louer le Seigneur… Je pense à ce petit garçon Ougandais de 9 ans qui a été attaché à un bananier et brûlé vif par son propre père en juin dernier, parce qu’il avait assisté à un culte et a dit qu’il voulait devenir chrétien ; ce sont les voisins qui lui ont sauvé la vie, ils l’ont détaché et conduit à l’hôpital…

(http://www.christianophobie.fr/breves/ouganda-un-gamin-brule-par-son-pere-pour-setre-converti-au-christianisme#.WB3IvdThDDc)

L’histoire de Chadrak, Méchak et Abed-Nego nous apprend que dans la fournaise de l’intolérance et de la violence, il s’agit de résister… Résister lorsque le monde veut nous pousser à renier notre foi et à abandonner notre Dieu. Pour cela, les moyens les plus subtils sont employés, et puis quand la subtilité/la douceur ne marche pas, l’artillerie lourde fait son entrée, c’est la guerre !

Pour Chadrak, Méchak et Abed-Nego, ça a effectivement commencé par la manière douce. Rappelez-vous au début du livre de Daniel quand ils arrivent à Babylone, jeunes exilés instruits et issus de familles nobles, le roi Nabuchodonosor veut les formater pour en faire de bons petits Chaldéens nourris à la culture locale et aux usages babyloniens. Il les fait manger à sa table où il y a les mets les plus succulents, de la viande et du vin à profusion, mais Daniel et ses amis refusent de toucher à ces viandes et ce vin qu’ils considèrent comme impurs, ils choisissent de se nourrir de légumes et de boire de l’eau (Daniel 1). Peu de temps après, ce n’est plus la nourriture qu’on leur impose, c’est l’idole royale, et tout refus est puni de mort…

Comment donc résister au pouvoir de celui qui peut faire mourir ? Chadrak, Méchak et Abed-Nego sont habités par une assurance incroyable, ils savent que leur refus entraînera la mort, mais ils sont incroyablement paisibles face à cette issue fatale, ils disent au roi leur confiance totale en Dieu, même s’il ne les délivre pas, ils sont décidés à lui rester fidèles…

Je crois que c’est l’un des grands enseignements de ce texte : avoir la foi, c’est garder confiance en Dieu même s’il ne nous épargne pas la souffrance et la mort. Le Seigneur peut ne pas me délivrer de la situation insoutenable où je me trouve, cela ne m’empêchera pas de croire en lui, mon espérance restera fondée en Lui, parce que je sais que c’est mon Dieu, Il m’aime, et la force de résister et de garder la foi ne vient pas de nous, elle est donnée par Celui qui nous a appelés « des ténèbres à son admirable lumière »… (1 Pierre 2, 9).

Quand nous parlons de résister et d’espérer, ce n’est pas seulement dans un contexte de persécution comme c’est le cas dans le texte, il s’agit aussi de résister et espérer dans toute situation de souffrance/épreuve humaine que l’on peut traverser, et ce récit  nous exhorte à ne pas renier notre foi, mais à continuer d’aimer le Seigneur et de le confesser devant les hommes, même s’il ne nous délivre pas de la maladie, de la misère humaine où nous croupissons (la misère ce n’est pas juste le manque de moyens, ce sont aussi les malheurs qui nous atteignent, c’est aussi l’état de santé qui se détériore au point qu’on n’a même plus visage humain…). Dans cette situation-là, privé de la santé et de la joie de vivre, aurons-nous la force de garder la foi et de dire comme Chadrak, Méchak et Abed-Nego : ‘Notre Dieu, celui que nous servons, est capable de nous délivrer de cette fournaise, et même s'il ne le fait pas, nous n’accorderons pas notre confiance et n'adorerons pas d’autres dieux’ ?

En posant cette question, je ne cherche pas à vous culpabiliser en disant : ‘Vous n’êtes pas de bons chrétiens parce que vous ne savez pas résister dans les épreuves, regardez les amis de Daniel, quel courage magnifique !’ Non, je prends avec vous la mesure de l’encouragement qui est donné, pour que nous devenions des sages spirituellement : nous devenons des sages lorsque nous comprenons et acceptons que la foi ne se construit pas sur le petit nuage d’une vie déchargée de tout problème, comme si on jouissait d’une dispense céleste qui empêche le mal de nous atteindre parce que nous croyons en Dieu… La foi se construit dans la confrontation à la réalité au sein de laquelle il y a des moments où on est dans la fournaise, des moments où on doit décider, quelle que soit l’issue, quel dieu on adore et à quelle autorité on se soumet…

Il arrive que des chrétiens soient dans cette logique qui consiste à penser que notre fidélité à Dieu nous assure une délivrance automatique, voire magique : ‘Parce que je confesse le nom de Dieu, je suis couvert par le sang de Jésus, quoi qu’il arrive le Seigneur me délivrera’, c’est écrit dans la Bible : « S’il en tombe mille à ton côté et dix mille à ta droite, toi, tu ne seras pas atteint. » (Psaume 91, 7). Je pense qu’il est dangereux de fonder sa foi sur la conviction que le malheur ne peut pas nous atteindre quand on est enfant de Dieu (elle est quand même très répandue cette conviction) et d’en faire la clé de lecture d’un récit comme celui des amis de Daniel dans la fournaise. Bien sûr, nous lisons dans les psaumes que « le malheur atteint souvent le juste, mais l'Eternel l'en délivre toujours. » (Psaume 34, 20). Mais il arrive aussi que Dieu ne délivre pas… le Seigneur Jésus en est l’exemple parfait, il a demandé à son Père d’éloigner la coupe amère, il a prié jusqu’à l’agonie, jusqu’à ce que sa sueur devienne comme des grumeaux de sang, dit l’évangile de Luc (22, 39-44), mais Dieu ne l’a pas délivré de l’heure fatidique : Jésus est allé au calvaire, il est mort… Et dans ce chemin dont il savait que la croix était au bout, il a gardé une foi et une obéissance totales en Dieu, car il savait que même s’il lui arrivait de mourir, sa vie était gardée dans la main de Dieu.

Quand on lit attentivement l’histoire de Chadrak, Méchak et Abed-Nego, on remarque un détail important : le verset 23 dit que les trois amis tombent au milieu de la fournaise. Au verset 21, il était déjà dit qu’ils sont jetés dans la fournaise ligotés, et la flamme est tellement forte qu’elle tue les soldats qui les ont hissés, on ne peut pas mieux exprimer l’idée qu’il s’agit de mort réelle, le narrateur biblique veut souligner le fait que Chadrak, Méchak et Abed-Nego sont réellement morts par le supplice de la fournaise... C’est comme quand ont dit qu’un homme est tombé au combat (donc il est mort) : les trois amis sont tombés pour leur foi, ils sont morts en martyrs…

Et soudain, le roi Nabuchodonosor voit les trois suppliciés vivants, bien portant, qui se promènent dans la fournaise en compagnie d’une 4ème personne ! Techniquement c’est impossible, le roi ne peut pas voir ce qui se passe dans la fournaise, rappelez-vous : elle est chauffée 7 fois plus que d’habitude, personne ne peut s’en approcher, ceux qui l’ont fait sont morts.

Donc que voit le roi ? N’est-ce pas une vision comme celle du colosse aux pieds d’argile qu’il a eue dans un rêve au chapitre précédent ? N’est-ce pas une vision de l’au-delà, une vision de ce que sont devenus les fidèles serviteurs de Dieu qu’il a fait mourir ? Il y a deux choses qui incitent à penser que Nabuchodonosor a une vision :

1°) il se lève et dit (dans le texte hébreu) : « Voici, je vois quatre hommes… » Voici, c’est le mot que les prophètes utilisent pour annoncer des choses de la part de Dieu, et le verbe voir qui est mis dans la bouche de Nabuchodonosor est celui qui désigne la vision prophétique (le prophète est avant tout le voyant/le hozeh à qui Dieu révèle des choses)…

2°) Deuxième chose qui indique que Nabuchodonosor a une vision de Chadrak, Méchak et Abed-Nego qu’il a fait mourir : il y a la présence d’une 4ème personne qui ressemble à un être divin. La présence de ce personnage divin règle définitivement le statut de ce que Nabuchodonosor « voit » : il ne voit pas Chadrak, Méchak et Abed-Nego en chair en os, il les voit dans une réalité qui inclut un être divin et qui est par conséquent au-delà du monde présent, il est d’ailleurs le seul à voir les 4 personnes dans la fournaise…

Bien sûr, l’idée que les trois amis sont morts nous rend tristes, on aimerait mieux rester dans la légende qui finit bien, les trois amis qui sortent de la fournaise et reprennent leur vie d’avant, mais ce n’est pas vraiment ce qui se passe puisqu’ils ne sont plus mentionnés dans la suite du livre de Daniel (c’est Daniel seul qui va continuer à avoir des visions et interpréter les rêves du roi de Babylone)…

Cette version triste de la fournaise contrarie nos souvenirs d’enfants, mais il y a quand même un message d’espérance : à partir de la vision de Nabuchodonosor, nous pouvons on entendre qu’il y a une vie après la mort, et on peut faire ici le lien avec le texte de l’évangile de Luc dans lequel Jésus répond aux sadducéens qui ne croient pas à la résurrection, il leur dit que Dieu n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants, et il ajoute que tous sont vivants. Tous, y compris ceux qui sont morts… Jusque dans notre mort, le Seigneur est avec nous, comme Il a été avec Chadrak, Méchak et Abed-Nego.

Même quand nous serons morts et enterrés/incinérés, alors que notre corps réduit en poussière reposera dans une urne ou sera dispersé un matin ou même donné à la science, Dieu sera avec notre esprit, Il nous rejoindra sur les rives éternelles où Il nous a toujours attendus, fidèle à son amour...

Oui, dit l’évangile, même ceux qui sont morts à la vie de ce monde restent vivants dans la vie du monde à venir… Tant que nous sommes dans le monde, nous sommes dans les contingences terrestres (le mariage, les soucis quotidiens, la fournaise…). Mais lorsque nous mourrons, nous ne serons plus les fils et les filles de ce temps, nous serons les fils et les filles du temps à venir où il n’y aura plus la mort et les contingences de mortels : nous serons dans la vie avec Dieu, pour toujours.

 

Conclusion :

Le Seigneur nous exhorte à garder la foi et à résister à toute influence qui voudrait nous pousser à lui désobéir et à adorer un autre que Lui. Nous vivons un temps où il est très facile de tomber dans des allégeances qui ne sont pas les bonnes…

Dans nos épreuves, le Seigneur manifeste sa présence, pour que chacun puise en Lui la force de rester fidèle.

Dans la vision de nabuchodonosor, le feu de la fournaise n’a consumé que les liens qui entravaient Chadrak, Méchak et Abed-Nego, il ne les a pas brûlés : c’est l’image de la foi qui reste intacte au cœur de l’épreuve.

Enfin, penchons-nous sur les vrais noms des 3 jeunes gens jetés dans la fournaise : Shadrak s’appelle en réalité Hanania, Méshak c’est Michaël et Abed-Nego c’est Azaria. Hanania signifie : « Dieu est miséricorde, Dieu est compassion ». Michaël signifie : « Qui est comme Dieu ? » Azaria signifie : « Dieu porte secours ». Les trois noms mis ensemble forment une affirmation de foi très forte : au temps de l’épreuve, Dieu a compassion de nous, Il est notre secours. Qui peut se comparer à Lui ?

 

En Jésus-Christ, Dieu est descendu dans la fournaise de nos vies pour partager nos souffrances et manifester sa miséricorde aux hommes. Voilà ce qui nous porte à l’espérance et nous encourage à tenir bon : nous ne sommes pas seuls, nous marchons avec le Dieu des vivants. Amen.

 

Publié le 10/11/2016 @ 19:42  Prévisualiser  Imprimer l'article
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