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Dimanche 12 novembre 2017 - par Axel Weytens

Tout d’abord un petit test de culture générale, très important pour la suite.Qui a reconnu les personnages qui sont en frontispice de la feuille de culte ?

Il s’agit d’Astérix, Panoramix et de l’architecte égyptien Numérobis. Bravo !

Puisque vous connaissez bien la série Astérix, vous conviendrez avec moi qu’il s’agit sans doute d’ouvrages spirituels, mais pas dans le sens religieux du mot. On aurait en effet du mal à voir dans « Astérix et Cléopâtre » un manuel chrétien. Pourtant, signe de l’influence du Christianisme sur la culture, même de divertissement, il y apparait incidemment ce petit jeu de mot sur « talent », qui n’est pas simplement un hasard de consonance. En effet, si, dans notre langue actuelle, comme dans toutes les langues européennes, « talent » a bien désormais le sens de « qualité personnelle », de « capacité intérieure », et non plus de monnaie, c’est parce que l’exégèse biblique l’y a amené au fil des siècles, faisant évoluer le sens du mot parallèlement à la signification que l’on prêtait à cette parabole, dite « des talents ».

Jusqu’à l’écriture des évangiles, à de très rares exceptions près, le mot talent n’est en effet utilisé que comme référence de monnaie ou de poids. Le talent d’or représente (car il n’existe pas vraiment en tant que pièce, ou lingot, vous allez tout de suite comprendre pourquoi), une valeur de 12 talents d’argent, qui représentent chacun à peu près 25 kilos d’argent, ou 6000 drachmes. Autrement dit, le premier serviteur à qui son maitre confierait 5 talent d’or, repart avec sur ses frêles épaules avec 1 tonne 5 d’argent (record du monde d’haltérophilie : 462 Kg). Par ailleurs, sachant que la drachme représente environ la valeur d’un salaire quotidien, le maitre lui a ainsi payé ses 985 prochaines années de labeur. On rêverait d’une telle assurance chômage …

Dès les premiers siècles la disproportion de la somme en jeu avait fait comprendre aux exégètes que la parabole traitait d’un don tellement immense qu’il était au-dessus de l’entendement humain, et que les talents reçus du maitre devait figurer la Grâce accordée à chacun.

Ce point clarifié, la suite coulait de source pour tous les pères de l’Eglise et les commentateurs du Moyen âge, avec des variantes suivant le besoin évangélique du moment : on lit chez tous ces exégètes que

-       La grâce est accordée inégalement suivant différentes catégories d’humains. Ceux qui ont reçus 5 deniers, les plus chanceux, sont les martyrs de l’Eglise pour Ephraim le Syrien au IVème siècle, mais sont les évêques pour Grégoire le Grand au VIème siècle (en pleine réorganisation de l’église romaine), ou même les laïcs fortunés pour Albert de Cologne, ou Nicolas de Gorran au XIIIème siècle,

-       Les talents issus de l’action des serviteurs sont les œuvres accomplies, davantage les pénitences personnelles pour Thomas d’Aquin au XIIIème, mais beaucoup plus les investissements dans l’Eglise temporelle au XVème siècle.

Tout cela bien sûr, dans une perspective de fin des temps et de jugement dernier, avec un maître qui rejette impitoyablement celui ne s’est pas engagé dans les œuvres en contrepartie de la Grâce reçue...

Le mot « talent » prend alors au moyen âge le sens de « engagement, volonté » à réaliser quelque chose, sens qu’il a gardé encore en espagnol sous la forme « talante » (comme dans « buen talante », bonne volonté), une forme qui existe toujours à côté du mot « talento », qui a notre sens moderne.

La réforme avec sa nouvelle vision de sacerdoce universel, d’égalité devant la grâce, et surtout du salut par la foi seule se devait donc de pourfendre vigoureusement cette lecture ancienne, et l’on s’attendrait à ce que Luther et Calvin ait consacré de nombreux écrits à cette parabole pour la relire à la lumière de la foi protestante.

En fait il n’en est rien, ou presque rien. On ne trouve que deux allusions à cette parabole chez Luther, l’une dans une lettre à son ami Spalatin, et l’autre à l’Electeur de Saxe. Quant à Calvin, il n’en parle qu’à l’occasion de son « Commentaire sur l’harmonie des Evangiles » de 1555, dans la dernière période de sa vie donc., Nous n’avons aucune trace d’une prédication sur cette parabole pourtant célèbre, ni de l’un ni de l’autre.

C’est dire que cette vision d’un maître suprême, qui classe ses serviteurs, et qui au final « juge sur pièces » met mal à l’aise les réformateurs.

Calvin essaye quand même une nouvelle approche dans son « Commentaire », … et propose de considérer les talents reçus comme les dons dont Dieu nous a gratifié à la naissance pour notre salut (d’où le sens actuel du mot « talent »), et les talents gagnés comme le résultat de notre charité envers le prochain. Notre salut propre ne dépend donc que de ce qui est reçu de Dieu, et notre action ne sert qu’au salut de notre prochain. Comment expliquer cependant qu’un don donné à notre naissance pour la vie, puisse ensuite nous être retiré ? Et comment justifier le cynisme (ou la cruauté) du maître qui après avoir retiré ce talent, le donne au plus riche ?  Calvin tranchera abruptement ces questions : « inepte philosophatur », il est stupide de discuter du sujet.

 

En réalité, en lisant de près le commentaire de Calvin on perçoit le début d’une autre explication, qui s’affranchit d’une vision de la fin des temps, mais qu’il n’a pas eu le temps, ou l’envie de développer, une lecture qui est liée directement au thème de la prédestination. On peut d’ailleurs comprendre sa réticence compte tenu de ses terribles polémiques sur ce sujet avec Jérôme Bolsec, qui avaient failli entraîner sa deuxième expulsion de Genève en 1551.

Mais nous, qui ne sommes pas soumis à de semblables pressions politiques, nous pouvons librement poursuivre notre édification, à la suite de Calvin et de la notion de prédestination, en partant de cette parabole. Il sera toujours loisible au conseil presbytéral de prononcer mon expulsion de Versailles si cette prédication fait polémique …

Pour comprendre la notion de prédestination, que Calvin emprunte à Augustin d’Hippone qui en est l’inventeur, il faut dans notre esprit inverser les notions de cause et de conséquence, de début et de fin, et c’est que nous allons faire littéralement dans cette parabole en commençant par la fin, avant de la reprendre dans son ordre de lecture normal.

La traduction littérale du grec du verset « Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu'il a.. » donne plutôt en grec littéral : « A celui qui a tout, il sera donné puis abondé. A celui qui n’a rien, ce qui est ce qu’il a, il lui sera ôté » (dans certains manuscrits, un peu plus explicites, « A celui qui n’a rien, et qui semble avoir, il lui sera ôté »)

 

Il s’agit là des paroles du maître, qui sait lui ce que possède vraiment chaque serviteur. Pour lui, l’un a déjà tout, et l’autre n’a rien, constat que le maître fait, dès le début de notre phrase, avant même de mentionner :

-       Pour le bon serviteur, le don et éventuellement le résultat du don, la surabondance.

-       Pour le mauvais serviteur, la perte, perte du moins aux yeux du serviteur, car au regard de Dieu il ne possédait déjà rien, quoi qu’il lui semblait avoir.

L’action des serviteurs n’a donc aucune conséquence sur le regard que porte déjà Dieu sur eux, car il les connait déjà mieux qu’eux même ne se connaissent. Le texte est particulièrement explicite à ce sujet dès le début «  il leur transmis ses biens… à chacun selon sa capacité ». Le terme grec utilisé pour exprimer la capacité est extrêmement fort : il s’agit de « dunamis », Ce terme, très commun dans l’univers héroïque grec, exprime toujours dans le nouveau testament la « puissance vitale de Dieu », « la force intérieure qu’apporte avec elle la foi », et il sert à désigner les « miracles » qui résulte de la foi. C’est la « dynamique », du « lève-toi et marche ! ». C’est cette volonté qui nous fait avancer, toujours un peu plus loin, sur le chemin tracé pour nous, par le Christ, quelles que soit les difficultés, quels que soit nos doutes. Calvin l’identifie à la « Volonté de Dieu », car cette force intérieure, qui vient de lui et tend vers lui, est indépendante de notre volonté.

Le maître connait donc déjà ceux qui ont entendu sa Volonté, sa « dunamis », et qui y ont répondu, et qui l’ont intériorisé et cela dès le tout début de la parabole. Il ne cherche donc à faire passer aucun examen de vertu à ses serviteurs pour déterminer, au cas où il se serait trompé, ceux qui devraient ou non entrer dans les ténèbres. A ceux qui ont déjà tout, rien ne leur sera ôté, ils sont déjà prédestinés au salut, ils en ont déjà hérité en totalité dès le début de la parabole. Quant à ceux qui n’ont rien, selon le jugement lucide de Dieu, ceux qui n’ont même pas sa lumière, et qui sont donc déjà dans les ténèbres, que pourrait-Il leur enlever encore ? Que voudriez-vous que Dieu enlève dans cette vie, à un athée convaincu et insensible au dialogue, qui ne se reconnaitrait aucune dimension spirituelle personnelle ?

L’exercice de distribution de richesse qui suit, ne vise donc pas à être utile au maître, qui leur donne d’avance la somme qu’il sait, qu’ils vont amener en retour. mais bien aux serviteurs, en leur permettant de réagir à  cette « dunamis » . Il montre aussi la volonté du maître de donner à tous sa chance, de partager avec tous son héritage, même avec le mauvais serviteur sur lequel le maître sait qu’il investit, on pourrait dire « à sûre perte ».

Et pourtant, ce serviteur n’attire pas moins l’intérêt de Dieu que les autres. C’est lui, paradoxalement, ce mauvais serviteur, qui dans la parabole accapare le plus de l’attention du maître à son retour (5 versets sur 15 lui sont intégralement consacrés). Les bons serviteurs, déjà sauvés, ont droit à un remerciement de quelques mots. Mais quel dialogue s’ensuit avec le serviteur qui n’a pas fait la Volonté du Seigneur ! Dieu le fait parler d’abord pour qu’il exprime sa vision de Dieu, ensuite il le corrige (un peu durement il est vrai), il lui explique que ces talents n’avait pas un sens matériel, ou fonctionnel, car sinon il l’aurait placé auprès de banquiers qui savent quoi en faire. Enfin il renvoie, logiquement, ce serviteur « acreios », qui ne peut pas pour l’instant le servir. Pourquoi tant d’attention ? C’est peut-être que si le maître n’a rien à enlever au mauvais serviteur, qui est déjà sans le savoir dans les ténèbres, il a au contraire encore quelque chose à lui donner, quelque chose que Dieu dans sa miséricorde ne se lasse jamais de donner :  une parole d’enseignement et d’éveil, l’occasion d’un dialogue, d’un échange conflictuel certes, mais à cœur ouvert.

Retournera-t-il vers son maître ultérieurement ? ou se tournera-t-il vers le bon serviteur, qui est maintenant le dépositaire du don originel qu’il avait reçu ? Nul ne le sait, la parabole s’arrête au transfert du Talent. Ce transfert de talent, d’un serviteur à l’autre, qui est le seul possible puisque le Maître a tout transmis, est peut-être alors là pour matérialiser les interactions ultérieures entre les serviteurs. S’il veut retrouver ce don initial qu’il a reçu personnellement du maître, c’est vers l’autre, son prochain, que le mauvais serviteur doit d’abord se tourner, avant de renouer avec son maître : si le dialogue avec Dieu ne s’enclenche pas naturellement, il pourra peut-être se débloquer entre des hommes, entre des frères, par le dialogue ou par l’exemple. Le chemin du mauvais serviteur, dans cette vie, serait donc loin d’être terminé : la porte n’est pas close, ni pour entrer dans sa relation avec Dieu, ni pour entrer dans sa relation avec ses frères.

Le cas des bons serviteurs est très différent puisqu’ils ont déjà compris le dessein du maître : ils ont dépassé le stade de la parole pour passer à celui de l’action, et se comportent, selon l’expression de droit consacrée, « en bons pères de famille ». Mais s’en rendent-ils vraiment compte ? Dieu sait déjà qu’ils sont de bons serviteurs, mais eux le savent-ils ?

Naturellement que non, ils n’en ont que l’espérance. Mais pas n’importe quelle espérance, comme celle de gagner au loto : une espérance forte, essentielle, qui est lié à tout leur être, et qui arme leur joie et leur attente contre leur inquiétude :  une espérance qui les régénère comme il est écrit dans l’épitre de Pierre « nous sommes régénérés en espérance vive ». Peu de choses semblent changées dans l’homme qui s’est converti, mais au fonds tout a changé. Son regard sur le monde, porté par la Volonté de Dieu, a changé, son regard sur prochain a changé, son équilibre personnel a changé, et ce changement intérieur va l’obliger à agir. Luther écrivait dans sa lettre à Spalatin qui parle de cette parabole (et que j’ai déjà évoquée), « la foi est comme un animal vivant en nous, qui ne peut rester enfermé dans un corps ». L’image n’est pas très ragoutante, mais elle met en évidence avec expressivité le besoin vital d’exister de cette foi en nous, son besoin de survivre et de prospérer avec nous. Plus élégamment, comme au disait au XVIème siècle, nous pouvons affirmer que la Grâce est « efficace », c'est-à-dire qu’elle amène le croyant à produire de l’effet, Celui qui a la foi sait que son chemin passera inévitablement par des œuvres, mais il ne les comprendra ni comme un dû ni comme un prérequis. Il les vivra simplement comme un témoignage personnel, comme une preuve qu’il veut apporter au monde, soit de l’amour de Dieu s’il est plutôt Luthérien, soit de la Gloire de Dieu s’il est plutôt Calviniste, soit de tout autre chose qui reflète sa vision personnelle de Dieu. 

Ce témoignage, sous l’effet de la « dunamis », force irrépressible en soi, n’entraîne pas pour autant la perte du libre-arbitre. Le bon serviteur ne peut s’empêcher de faire fructifier le don de la Grâce de Dieu, mais la façon dont il souhaite l’investir dans le monde reste son libre choix : engagement dans l’église, engagement auprès des démunis, simples paroles de soutien à un proche, prières partagées, présence au culte, éducation religieuse de ses enfants …. Les nombres de talents eux-mêmes dans la parabole nous suggèrent que toutes ses actions, libres, ne se classent nullement selon une échelle de mérites mais que toutes sont complémentaires. Lorsque dans la Bible on veut hiérarchiser deux quantités, deux personnes, deux situations, on utilise des multiples et généralement en ordre croissant : « Saul a tué ses 1000 et David ses 10000 », « un champ donnait du 30 et un champ donnait du 60 » « je ne vous dis pas de pardonner 7 fois mais 77 fois ». Ici le 5, puis le 2, expriment au contraire la diversité et la complémentarité, comme son complémentaires et nécessaires les 5 pains et les 2 poissons pour nourrir la multitude à Tibériade. Tout ce que nous faisons, si c’est à la mesure de nos talents, de notre « dunamis » intérieure, nous rend donc égaux aux yeux de Dieu, et nous fait espérer la même récompense, cette simple phrase : « c’est bien, bon et fidèle serviteur », la même pour les deux serviteurs. Seuls responsables de notre vie terrestre, dotés de passés et de talents divers, nous avons donc devant nous tous les jours une tâche à notre mesure : rendre tangible dans nos vies la grâce que nous avons reçus, non dans toutes nos réalisations, cela serait impossible et ne nous est d’ailleurs pas demandé, mais au moins dans tout ce qui relève de l’enseignement du Christ, c'est-à-dire dans la sincérité et l’engagement vis-à-vis de notre prochain, vis-à-vis de Dieu, vis-à-vis de de nous-même. Et à la fin de notre journée de labeur posons-nous la question : : ai-je bien agi aujourd’hui dans le sens de volonté de Dieu ? Me suis-je rendu digne aujourd’hui de la Grâce que j’ai reçu sans condition ? m’en suis-je vraiment rendu digne  ?

En conclusion, cette parabole des talents peut nous offrir, non une leçon de clivage et de jugement, mais, tout à rebours, une leçon d’espoir et d’engagement. Nous qui affirmons aujourd’hui à ce culte, comme à tous les cultes, notre espérance d’être sauvé, ne manquons donc aucune occasion d’agir comme tels.

Car ainsi nous donnons au Monde la vraie preuve que nous portons en nous la source vive de la Grâce, une preuve dont Dieu n’a nul besoin pour nous connaître, mais une preuve qui doit faire notre joie et notre fierté.

Et notre examen de conscience accompli, convaincu de notre impossibilité à suivre aussi bien que nous le voudrions le chemin tracé devant nous par le Christ, ne désespérons pas,

mais au contraire réjouissons-nous,

-       réjouissons-nous avec Dieu, qui voit arriver ses serviteurs fidèles, comblés de ses dons,

-       réjouissons-nous avec cette femme parfaite des proverbes, qui œuvre tous les jours pour le bien, qui ne craint pas la neige pour sa maison, et qui se rit de l’avenir,

-       réjouissons-nous enfin avec Paul, qui exprime ainsi sa foi dans l’épitre aux Romains

« Car j'ai l'assurance que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les dominations, ni les puissances, ni aucune autre créature, ni les choses présentes, ni les choses à venir, ni la hauteur, ni la profondeur, ne pourront me séparer de l'amour de Dieu », mon maître.

 

Amen

 

Publié le 25/11/2017 @ 10:38  Prévisualiser  Imprimer l'article

Dimanche 13 aout 2017 - par Jacques Bosch

Jésus marche sur l’eau Matthieu 14

Les miracles se suivent mais ne se ressemblent pas. A quelques heures d’intervalle les disciples ont été témoins et participants actifs à deux miracles médiatiquement très différents. La multiplication des pains, titre aujourd’hui remplacé dans la TOB par « Jésus nourrit une grande foule » et « Jésus marche sur la mer ».

Dans chacun de ces récits, on a l’impression très nette que Jésus n’accepte de faire un miracle, d’user de son pouvoir que contraint et forcé.

-       Forcé par la demande d’un malade ou de sa famille

-       Forcé aussi et surtout par son amour pour les hommes dont la détresse ne peut le laisser insensible

-       Forcé enfin par la foi, la confiance que mettent en lui les malades et leurs proches.

Jésus redoute que dans ces miracles demandés et redemandés par les foules avides de sensationnel, ce ne soit que cet aspect magique, ce côté spectacle qui soit recherché.

Frères et sœurs, vous le savez, chaque miracle est porteur d’un message, constitue un signe, auquel le bénéficiaire, la foule qui l’entoure et nous-mêmes sommes invités à être attentifs ;

Le miracle ce n’est pas d’abord qu’un lépreux soit guéri ou qu’un aveugle retrouve la vue, mais qu’au travers de cette guérison, l’amour de Dieu soit révélé. Que son  attente à notre égard soit rappelée et qu’à l’intérieur du cœur de l’homme, quelque chose soit changé.

Ceci étant dit, ne trouvez-vous pas que la marche de Jésus sur l’eau nous laisse perplexes et nous interpelle ?

S’il est un miracle qui suscite incrédulité, dérision, sarcasmes ironiques, aussi bien chez les incroyants que chez les autres, c’est bien celui-là. N’apparait il pas en effet au premier abord comme un miracle inutile, spectaculaire et gratuit, dont l’enseignement n’apparait pas évident.

Essayons d’en discerner certains aspects.

 

Après une journée chargée,

…  désirant échapper à la foule des 5000 hommes et femmes qui viennent de vivre la multiplication des pains

désirant échapper à cette foule qui voudrait le faire roi, dans un premier temps, Jésus oblige ses disciples à le laisser seul à remonter dans la barque pour le précéder sur l’autre rive du lac afin que lui-même, après avoir renvoyé la foule, puisse monter dans la montagne pour prier seul… Seul avec Dieu.

Pendant ce temps la barque des disciples s’est éloigné du rivage et lutte contre le vent contraire qui s’est levé avec la tombée de la nuit.

Jésus a laissé ses disciples confrontés seuls aux difficultés de la tempête et de la nuit…. Il les laisse « ramer » au physique comme au figuré….ce n’est certes pas un abandon mais sans doute une épreuve nécessaire à leur croissance spirituelle.

D’ailleurs, même lorsqu’il semble absent, lorsqu’ on le croit absent, il demeure présent.

En effet, au milieu ou à la fin de la nuit, il les rejoint marchant sur les eaux.

Jésus marche sur les eaux…..

Réalité physique ou image symbolique ? Cette marche qui échappe aux lois de la gravitation universelle et qui laisse beaucoup de monde pour le moins sceptique, n’est-elle pas la préfiguration de la victoire du Christ sur la mort ?

La préfiguration de Pâque ?

En effet, ce sont les forces de mort représentées par l’eau et les ténèbres qui semblent dominer.

Revenons au texte lui-même. Paradoxalement, alors que les disciples luttent contre la tempête, regrettant l’absence de Jésus, lorsque celui-ci les rejoint, son apparition suscite panique et affolement.

Il est vrai que les disciples ne s’attendaient pas à le voir arriver dans ces conditions. C’est un fantôme disent-ils et de pousser des cris d’effroi.

Jésus essaye bien de les rassurer confiance…c’est moi….n’ayez pas peur ! Mais sans grand succès semble-t-il !

Il est vrai que garder confiance…. Ne pas avoir peur…. Dans une barque qui à chaque instant menace de se renverser…. De sombrer …. Est plutôt difficile….difficile, même si une voix vous y invite. D’ailleurs cette voix, comment l’identifier ? Comment la reconnaître dans la tempête ? La reconnaître avec certitude ? Comment savoir que celui qu’ils voient ou croient voir n’est pas un fantôme mais bien Jésus leur maître bien aimé ?

Et c’est Pierre l’impulsif, l’enthousiaste qui clarifie la situation … La clarifie en mettant Jésus au défi.

                                   Au défi de se révéler

                                   En le mettant à l’épreuve

                                   En tentant Dieu

 

·      Si c’est toi……Si

Vous vous souvenez certainement du récit de la tentation,

Si tu es le fils de Dieu dit Satan, ordonne que ces pierres deviennent des pains

Si tu es le fils de Dieu jette toi en bas du haut du temple …

Mais Jésus réplique à Satan, « tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu ».

Et pourtant, cette nuit-là, Jésus accepte que Pierre le mette à l’épreuve

Si c’est toi, ordonne-moi de te rejoindre…. De te rejoindre sur l’eau.

C’est vrai…. Pierre tente Jésus, le met à l’épreuve, mais en même temps, il s’implique lui-même

… il prend des risques, le risque de croire….d’engager sa vie.

Réponse de Jésus, un seul mot, Viens !

Une parole qui le met en marche, comme l’avait mis en marche le

                                   Suis moi !

Qui a marqué le début de son aventure avec Jésus.

Viens…. Un mot….un appel… reçu dans la foi … et Pierre sort de la barque….Dans la nuit….dans le vent

Frères et sœurs, il fallait le faire !

Et Pierre lui aussi marche sur l’eau,…va vers Jésus… mais lorsqu’il cesse de régarder à Jésus, lorsqu’il réalise que lui Pierre marche sur l’eau et que le vent est fort….

Alors il commence à couler

Seigneur, sauve moi !.... pas de reproche mais un cri, un cri de détresse mais qui est aussi un cri de foi…

Il ne doute pas que Jésus puisse et veuille le sauver.

Tendant la main, Jésus le saisit. « Homme de peu de foi…. Pourquoi as tu douté ? »

Peu de foi ? Sincèrement, frères et sœurs, ne trouvez-vous pas ce reproche excessif ?

Car ce peu de foi devait quand même être gros comme un grain de moutarde car s’il n’a pas suffi à déplacer une montagne, il a permis à Pierre de se dépasser lui-même, de dépasser sa peur dans un élan de foi extraordinaire et d’aller rejoindre Jésus ?

Peu de foi ? Mais, qu’est-ce que c’est que la foi ?

En simplifiant, on peut dire que le mot foi revient de deux mots grecs traduits de l’hébreu,

le 1er de ces mots a donné en français le verbe « se fier »… se fier à quelqu’un, avoir confiance en lui. On retrouve l’idée en français dans le mot « fiancé ». Fiancés,  deux êtres qui se font mutuellement confiance pour décider de partager leur vie

Le 2ème mot se traduit par le mot croire, croire c’est avoir foi en quelqu’un.

Revenons à Pierre, la foi qui le pousse à risquer sa vie en sortant de la barque pour aller à la rencontre de Jésus est comme une petite étincelle de confiance qui jaillit dans son cœur et le pousse en avant.

Comme toute étincelle elle connait un sommet de brillance qui après un temps fort peut diminuer d’intensité et être suivie d’obscurité.

Après sa sortie de la barque, il y a eu doute….début de noyade…. et main secourable de Jésus.

Le doute est le compagnon inséparable de la foi…. Il la suit comme son ombre. N’en est-il pas de même très souvent, de notre foi ?

Jésus aidant Pierre, tous deux regagnent la barque, précision très importante, soulignant à mon point de vue que Jésus invite Pierre à regagner sa vraie place d’homme

- c’est-à-dire en gardant les pieds sur terre, terme imagé pour une barque, la barque, symbole de l’Eglise, son mât figurant la croix.

- sa vraie place qui n’est pas de marcher sur l’eau, mais d’essayer de vivre sa vocation d’homme.

 

Nous aussi, frères et sœurs, ne sommes-nous pas ainsi invités à rester les pieds sur terre, à y travailler, en particulier dans l’Eglise, cette image ne serait-elle pas le premier enseignement de ce miracle ?

Le deuxième,

 si nous sommes dans la détresse, qu’elle qu’en soit l’origine et la cause, souvenons-nous que le Seigneur attend notre appel et n’y restera ni insensible, ni inactif. 

Publié le 12/11/2017 @ 11:41  Prévisualiser  Imprimer l'article
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