Textes et Prédications

 

Rubriques


Derniers billets

Tous les billets
DébutPrécédent [ 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 ] 10 pages suivantesSuivantFin

Dimanche 25 janvier 2017 - par Ruth-Annie Coyault

Prédication du mercredi 25 janvier 2017

Célébration de l’unité à l’église Notre-Dame

« L’amour du Christ nous presse »

 

Ezéchiel 36, 25-27

« Je ferai sur vous une aspersion d’eau pure et vous serez purs ; je vous purifierai de toutes vos impuretés et de toutes vos idoles. Je vous donnerai un cœur neuf et je mettrai en vous un esprit neuf ; j’enlèverai de votre corps le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon propre Esprit, je vous ferai marcher selon mes lois, garder et pratiquer mes coutumes. »

 

2 Corinthiens 5, 14-20

« L’amour du Christ nous étreint, à cette pensée qu’un seul est mort pour tous et donc que tous sont morts. Et il est mort pour tous afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et ressuscité pour eux. Aussi, désormais, ne connaissons-nous plus personne à la manière humaine. Si nous avons connu le Christ à la manière humaine, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi. Aussi, si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature. Le monde ancien est passé, voici qu’une réalité nouvelle est là. Tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation. Car de toute façon, c’était Dieu qui en Christ réconciliait le monde avec lui-même, ne mettant pas leurs fautes au compte des hommes, et mettant en nous la parole de réconciliation. C’est au nom du Christ que nous sommes en ambassade, et par nous, c’est Dieu lui-même qui, en fait, vous adresse un appel. Au nom du Christ, nous vous en supplions, laissez-vous réconcilier avec Dieu. »

 

Luc 15, 11-24

Il dit encore : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : “Père, donne-moi la part de bien qui doit me revenir.” Et le père leur partagea son avoir. Peu de jours après, le plus jeune fils, ayant tout réalisé, partit pour un pays lointain et il y dilapida son bien dans une vie de désordre. Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans l’indigence. Il alla se mettre au service d’un des citoyens de ce pays qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre des gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui en donnait.

Rentrant alors en lui-même, il se dit : “Combien d’ouvriers de mon père ont du pain de reste, tandis que moi, ici, je meurs de faim ! Je vais aller vers mon père et je lui dirai : Père, j’ai péché envers le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils. Traite-moi comme un de tes ouvriers.” Il alla vers son père.

Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut pris de pitié : il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit : “Père, j’ai péché envers le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d’être appelé ton fils…” Mais le père dit à ses serviteurs : “Vite, apportez la plus belle robe, et habillez-le ; mettez-lui un anneau au doigt, des sandales aux pieds. Amenez le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, car mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il est retrouvé.” »

 

« L’amour du Christ nous étreint/nous presse ». Quelle richesse de sens dans cette petite phrase que les églises d’Allemagne ont retenu comme thème de la semaine de l’unité !

Ce soir, nous allons nous concentrer sur cette affirmation de l’apôtre Paul, tout en essayant de faire résonner les deux autres textes d’Ezéchiel 36 et Luc 15. Il fallait bien une parole d’une telle force symbolique pour nous faire méditer sur l’unité des chrétiens et sur l’héritage de la Réforme, 500 ans plus tard.

 

Quand Paul dit : « L’amour du Christ nous presse », il emploie le verbe sunécho qui signifie qu’on est entièrement tenu/mobilisé/mû par un ordre auquel on ne peut pas se dérober, de telle sorte qu’on a un seul désir, c’est d’accomplir ce qui a été ordonné, comme Jésus qui dit à ses disciples : « Il est un baptême dont je dois être baptisé (il parle de sa mort), et combien il me tarde/combien je suis pressé qu'il soit accompli ! » (Luc 12, 50).

 

Ce verbe presser/étreindre s’emploie aussi dans le sens de contraindre, retenir prisonnier, par exemple lorsque Jésus est arrêté et subit les outrages de ses gardes (Luc 22, 63), ou encore dans un sens métaphorique lorsque l’apôtre Paul se dit prisonnier du Christ et ambassadeur dans les chaînes (Éphésiens 3:1, 6:20). Il y a l’idée d’une force qui agit à l’intérieur, qui nous submerge comme les flots d’un fleuve puissant et qui nous pousse/emporte/met la pression, de sorte que l’urgence de la bonne nouvelle s’empare de nous, les torrents de la grâce nous envahissent et remplissent nos cœurs de cette puissante révélation : le Christ s’est donné pour nous tous, pour nous réconcilier TOUS avec Dieu, pour nous ramener TOUS vers Dieu.

Car nous sommes tous, chacun à sa manière, ce fils prodigue qui a dilapidé son héritage et a besoin de revenir à la maison. Lorsque nous faisons ce qui est mal devant le Seigneur, lorsque nous méprisons nos frères, lorsque nous jugeons/critiquons la manière de prier des autres (‘Ce sont des illuminés… Ce sont des mariolâtres… Quelle bande de fondamentalistes, ces dévisseurs d’ampoules !’), lorsque nous n’accueillons pas notre prochain au nom d’une tradition ou d’une interprétation différente de la Bible, c’est l’héritage paternel que nous gaspillons loin de la maison… Toute la richesse de l’amour de Dieu passe par pertes et profits, elle est flambée dans la médisance et le manque d’amour, dans l’absence de fraternité et de communion qui nous tue...

Oui, l’absence de communion nous tue. Être éloignés de nos frères chrétiens, vivre notre témoignage au Christ chacun de notre côté à défendre notre clocher, ça nous tue. Regardez le fils prodigue : il est mort tant qu’il reste au loin à dépenser son héritage tout seul, il revient à la vie quand il retrouve le chemin de la maison, quand il revient vers son père et son frère. On peut entendre ici que nos églises, même si elles sont vivantes et bien remplies, même si ça cartonne tous les dimanches au point qu’on est obligé de faire deux offices, elles sont spirituellement mortes quand elles restent repliées sur elles-mêmes, à évoluer en vase clos, loin des frères et sœurs des autres communautés…

 

En effet, quel est le sens de notre témoignage si les frères et sœurs qui confessent le nom de Christ comme nous n’ont jamais de place dans nos cœurs et dans nos églises ? Quel genre d’amour nous presse, quel esprit habite en nous si nous n’arrivons pas à vivre et à proclamer ENSEMBLE la Parole du Seigneur ?

 

L’amour du Christ nous presse, dit l’apôtre Paul, au sens qu’il nous retient de tous côtés, c’est le sens le moins agréable de ce mot sunécho, car c’est l’image de l’enfermement, on est immobilisé, pris au piège, et on n’aime pas ça… Pourtant, être pris au piège de l’amour de Dieu, c’est peut-être ce qui peut nous arriver de meilleur dans cette vie… C’est comme l’animal blessé qu’on doit immobiliser pour pouvoir le soigner, il se débat, il mord et griffe parce qu’il ne veut pas être enfermé/immobilisé, mais une fois qu’il est passé dans les mains du vétérinaire, une fois qu’il est soigné, il va mieux, il est sauvé, il peut gambader encore pendant longtemps…

Nous de même, nous pouvons avoir l’impression que la loi du Seigneur nous presse dans le mauvais sens du terme, qu’elle nous enferme/immobilise dans une posture d’austérité et de culpabilité désagréable (on a le sentiment de vivre dans la contrainte d’obéir aux commandements de Dieu, et à la moindre défaillance on est puni), mais la loi de Dieu est une loi d’amour… L’amour du Christ ne nous emprisonne pas, il nous soigne là où nous sommes blessés, il répare ce qui est cassé en nous, il nous renouvelle intérieurement et nous donne un nouveau départ, et ce qui a besoin d’être soigné, c’est la communion des enfants de Dieu, pour qu’ils retrouvent leurs frères...

 

L’amour du bon Berger nous saisit, le bon Berger nous retient dans l’enclos de son amour pour pouvoir nous soigner, pour enlever en nous le cœur de pierre, opération difficile, car l’homme pécheur résiste, c’est pour ça qu’il faut immobiliser l’animal… « L'homme animal ne reçoit pas les choses de l'Esprit de Dieu » dit Paul, ce n’est pas naturel pour lui/pour nous (1 Corinthiens 2, 14). Mais par son amour, le Seigneur vient à bout de nos résistances et de nos murs, c’est ce que nous avons essayé de matérialiser avec le mur dressé que vous voyez ici. Le Christ a manifesté son amour, en donnant sa vie pour les pécheurs, pour que ce mur tombe, pour que les frères séparés se réconcilient, pour que les témoins du Ressuscité se rassemblent et partagent le repas du Seigneur : c’est cela la pleine communion.

 

« L’amour du Christ nous presse », pour vivre la communion pleine et entière qui est le témoignage chrétien par excellence, le témoignage donné au monde pour qu’il croie, comme dit l’évangile de Jean. Si nous arrivons à tout faire ensemble sauf partager le repas du Seigneur, il y a un bug quelque part… On peut mettre autant de vernis de piété que l’on veut sur nos communautés, une seule chose reste vraie au regard de l’évangile : c’est la communion vécue avec sincérité et simplicité, la communion qui ne s’embarrasse pas des dogmes/doctrines/traditions que nous dressons comme des murs infranchissables sur le chemin de la foi…

 

La communion : le cœur de notre témoignage chrétien, le centre de la proclamation de l’évangile : « Toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne. » (1 Corinthiens 11, 26). Chaque fois que nous partageons le repas, nous proclamons la bonne nouvelle. Mais voilà : le cœur du témoignage constitue aussi notre pierre d’achoppement… Il faut que le Seigneur travaille en nous pour nous faire enfin comprendre que l’absence de communion fait de nous des fils prodigues qui gaspillent la richesse de l’amour de Dieu et, dans le même temps, font une mauvaise publicité à Jésus : le message de l’évangile perd toute crédibilité avec des témoins qui partent en rangs dispersés, qui communient chacun de son côté...

Quand l’amour du Christ nous presse, le désir de rencontrer nos frères à la table du Seigneur est le plus fort. Peu importent les différences et même les divergences d’opinion. Peu importe si les façons de prier ne sont pas les mêmes, peu importe si la compréhension du culte ou de la messe est pétrie de nos altérités : c’est justement ce qui fait la beauté de l’Église du Christ, puisque le Seigneur a appelé des gens différents, des peuples divers pour former un seul Corps...

 

Conclusion :

Comme l’a si bien rappelé le père Bernard SESBOÜÉ à la conférence d’hier soir sur « Luther et son héritage », le pape François a dit que l’intention de Luther était de réformer l’église et non de la diviser. Le pape François a également dit : « Nous ne sommes pas divisés, mais unis dans le chemin vers la pleine communion. » Donc catholiques et protestants sont en chemin, et c’est une très bonne nouvelle. Car l’œuvre de Dieu, c’est de briser en nous ce qui est dur comme de la pierre, ce qui résiste à son amour pour nous amener à habiter ensemble l’espace de la communion entre nos églises.

Mais comme il est dit en Ézéchiel 36, ce n’est pas nous qui allons y arriver (depuis le temps qu’on essaye, ça se saurait), c’est le Saint-Esprit qui y travaille, et il ne chôme pas, même si nous avons le sentiment que ça n’avance pas beaucoup... Le Seigneur est à l’œuvre, pour que le mur de la division tombe sous les coups puissants de la grâce.

Oui, chers frères et sœurs, Dieu est fidèle : laissons-le agir pour notre réconciliation. Amen.

 

Publié le 02/02/2017 @ 19:58  Prévisualiser  Imprimer l'article

Dimanche 22 janvier 2017 - par Ruth-Annie Coyault

Culte du dimanche 22 janvier 2017 à Versailles

Matthieu 4, 12-25 La Galilée et l’appel des premiers disciples

 

Jésus, ayant appris que Jean avait été livré, se retira dans la Galilée. Il quitta Nazareth, et vint demeurer à Capernaüm, située près de la mer, dans le territoire de Zabulon et de Nephthali, 14afin que s'accomplît ce qui avait été annoncé par Esaïe, le prophète :

Le peuple de Zabulon et de Nephthali, de la contrée voisine de la mer, du pays au-delà du Jourdain, et de la Galilée des Gentils, Ce peuple, assis dans les ténèbres, a vu une grande lumière ; et sur ceux qui étaient assis dans la région et l'ombre de la mort La lumière s'est levée.

Dès ce moment Jésus commença à prêcher, et à dire : Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche. Comme il marchait le long de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et André, son frère, qui jetaient un filet dans la mer ; car ils étaient pêcheurs. Il leur dit : Suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes. Aussitôt, ils laissèrent les filets, et le suivirent. De là étant allé plus loin, il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et Jean, son frère, qui étaient dans une barque avec Zébédée, leur père, et qui réparaient leurs filets. Il les appela, et aussitôt ils laissèrent la barque et leur père, et le suivirent.

Jésus parcourait toute la Galilée, enseignant dans les synagogues, prêchant la bonne nouvelle du royaume, et guérissant toute maladie et toute infirmité parmi le peuple. Sa renommée se répandit dans toute la Syrie, et on lui amenait tous ceux qui souffraient de maladies et de douleurs de divers genres, des démoniaques, des lunatiques, des paralytiques ; et il les guérissait. Une grande foule le suivit, de la Galilée, de la Décapole, de Jérusalem, de la Judée, et d'au-delà du Jourdain.

 

PRÉDICATION

Contre toute attente, le ministère de Jésus commence en Galilée, dans ce carrefour des nations où se mélangent les populations païennes, loin du sanctuaire officiel qui se trouve à Jérusalem… Et pourtant, le Seigneur était en Judée, il s’y est fait baptiser par Jean et c’est là que Dieu l’a reconnu comme son Fils bien-aimé, c’est là qu’il a été désigné par le Saint-Esprit comme l’envoyé de Dieu, comme Celui qui a reçu l’onction divine/messianique… C’est en Judée que Jésus passe l’épreuve de la tentation au désert, tout de suite après son baptême, mais il n’y reste pas. Pourquoi ? C’est en Judée que tout va se jouer, les débats avec les religieux, le procès, la condamnation à mort, et le Fils de Dieu sait tout cela. Mais au moment où son cousin Jean-Baptiste est livré (c’est le verbe de la passion qui nous montre que Jean n’est pas seulement précurseur du message de la prédication, il est aussi dans sa chair celui qui annonce les souffrances du Christ par lesquelles le salut est donné au monde), et donc au moment où Jean est livré, le Seigneur Jésus se retire/retourne en Galilée… Le dernier des prophètes, son parent, est emprisonné et il n’en sortira pas, on se serait attendu à ce que Jésus reste en Judée pour le soutenir, pour l’accompagner jusqu’à la fin, mais il s’en va. Pourquoi ?

1) Premièrement parce que la voix qui criait dans le désert s’est tue, et il n’est pas encore temps pour Jésus de donner sa vie. Il doit maintenant reprendre le flambeau et amener la lumière plus loin, vers tous ceux qui en ont besoin, et pour l’instant, le Seigneur ne peut pas le faire à Jérusalem, il doit prêcher la bonne nouvelle à partir d’un autre lieu : la Galilée des nations. Et ce n’est ni un choix facile ni une lâcheté, le Seigneur ne se réfugie pas dans le confort de la religion établie, il ne choisit pas d’aller briller à Jérusalem en intégrant la classe privilégiée des religieux qui tiennent le pouvoir dans la ville sainte. Le Seigneur repart dans la Galilée qui est tellement marquée par le brassage culturel qu’on la considère comme une terre païenne. Le Fils de Dieu va se mêler à ceux que le prophète Ésaïe appelle « le peuple assis dans les ténèbres », il devient la Lumière de ceux qui sont dans l’obscurité… La Galilée c’est une image du monde avec le mélange de tous les peuples qu’il contient, et ça veut dire que le Seigneur n’est pas venu que pour les siens, il est venu pour éclairer tous les peuples, il vient partout où l’être humain est assis dans les ténèbres...

2) La deuxième raison pour laquelle Jésus se retire en Galilée, c’est parce que c’était écrit, il accomplit la prophétie d’Ésaïe que nous avons lue. Ce n'est pas le choix de la facilité mais celui de l'obéissance. En s’établissant en Galilée, le Seigneur obéit au plan de Dieu, il ne suit pas de plan de carrière avec la logique calculatrice que cela suppose : prêcher dans la ville sainte, faire des disciples en Judée, assoir sa renommée à Jérusalem et se faire accepter parmi les maître de la loi et autres savants de la Bible dont la parole compte… Non, toutes ces considérations n’intéressent pas le Seigneur, tout ce qui compte, c’est l’annonce de l’évangile, et les disciples que Jésus appelle vont être formatés dans le même moule, pour être à leur tour des envoyés (apôtres) qui ne cherchent ni à faire carrière ni à plaire aux hommes, mais à obéir au Seigneur et à suivre le plan d’évangélisation qu’il va tracer pour eux : « Allez, faites de toutes les nations des disciples » dira le Christ après sa résurrection. Tout a commencé dans la Galilée des nations, et les disciples seront eux aussi envoyés vers les nations... Certes, quand on lit le livre des Actes, les apôtres ne se sont pas spécialement mobiles, ils restent à Jérusalem, mais il y a une raison, c’est le Seigneur lui-même qui le leur a ordonné : « Ne vous éloignez pas de Jérusalem, mais attendez ce que le Père a promis… Vous recevrez une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. » (Actes 1, 4 et 8). Les disciples resteront donc à Jérusalem, non pas par ambition personnelle, mais pour obéir au Seigneur, comme Jésus a obéi à son Père. Choix difficile, surtout lorsque sera venu le temps des persécutions…

En Galilée, Jésus prêche la repentance, et on peut trouver son message un peu court et moralisateur (« Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche »), mais ce sont peut-être nos oreilles qui n’entendent pas toute la densité/profondeur du message de Jésus. Quand il dit « repentez-vous », nous entendons qu’on nous traite de vils pécheurs et qu’on nous somme d’avouer nos péchés sinon nous ne pourrons pas entrer dans le royaume de Dieu ; on nous traite comme un enfant désobéissant qu’on menace de châtiment, à moins qu’il avoue ses bêtises… Mais la repentance, c’est plus profond que cela, dans le texte grec c’est la métanoïa, le changement d’intelligence. Ça veut dire que nous sommes invités à nous laisser conduire, non pas par notre propre intelligence, mais par l’Esprit de Dieu, car c’est Lui qui nous donne la sagesse pour comprendre les Écritures, pour comprendre que nous sommes aimés de Dieu, et tout ce qui offense les autres est un mépris de l’amour que Dieu porte à tous les hommes. « Repentez-vous » ne signifie pas : « Avouez ou mourrez ! », c’est une invitation à accueillir le retournement/bouleversement intérieur que le Christ apporte par son message. Changez votre façon de penser, dit Jésus, et l’aveu des fautes/péchés ne sera plus un exercice pénible et forcé, ce sera la démarche volontaire d’un cœur transformé qui se tourne à nouveau vers Dieu. Quittez vos certitudes et vos vérités les plus sûres, laissez votre théologie et vos maîtres à penser, recevez avec une intelligence renouvelée ce que Dieu vous dit aujourd’hui, pour que vous viviez dans la joie, la paix et la réconciliation.

Pour prêcher ce retournement de l’intelligence qui change tout dans la vie des pécheurs, Jésus choisit des disciples, des pécheurs de poisson, donc des gens ordinaires qui ne brillent pas par la dévotion et la science biblique des scribes et des pharisiens. Le texte dit simplement que Jésus voit des frères en train de pécher, et il les appelle. Nous devenons disciples lorsque le regard du Seigneur se pose sur nous. Il nous voit dans la simplicité de notre vie, et il nous appelle à le suivre. Il n’a pas besoin que vous soyez l’érudit de service qui connaît la Bible et prie plus que tout le monde.

On devient disciple par pure grâce, personne n’en a le mérite... Nul n’est privilégié par ses capacités ou ses talents particuliers, mais chacun est appelé tel qu’il est, et le Seigneur nous prend à son service en tenant compte de nos situations personnelles : Pierre le pécheur de poisson sera pécheur d’hommes, donc c’est dans sa profession même que le Seigneur trouve les mots pour lui faire comprendre la mission, c’est avec ce qu’il est que la mission prend corps. Le Seigneur Jésus fait de nous des disciples à partir des talents que Dieu nous a donnés, il prend en compte qui nous sommes et ce que nous faisons dans la vie, pour que la mission ait du sens pour nous et qu’elle ne soit pas perçue comme une chose jetée brutalement dans notre vie et avec laquelle il va falloir se débrouiller, pourvu que le Maître soit satisfait… Pierre, André, Jacques et Jean resteront marins pécheurs, on les retrouve en train de pécher après la résurrection dans l’évangile de Jean, et une fois encore, le Seigneur les rejoint dans leur activité quotidienne, et c’est à partir de là qu’il va reformuler les termes de la mission en disant à Pierre : « Prends soin de mes agneaux. » (Jean 21, 15).

Donc le Seigneur nous voit et nous prend dans la mission avec ce que nous sommes, mais attention, il dit : « JE vous ferai pêcheurs d'hommes », c’est lui qui fait de nous des disciples et nous rend capables d’annoncer l’évangile. Ce n’est pas nous-mêmes avec nos propres capacités et notre intelligence qui accédons à la qualification requise pour pécher des âmes, pour amener les gens à la repentance, c’est le Christ qui opère d’abord en nous la métanoïa/le renouvellement de l’intelligence, il nous façonne par le Saint-Esprit afin que nous devenions les instruments dont Dieu a besoin pour évangéliser… Nous recevons aujourd’hui avec humilité et reconnaissance l’appel adressé autrefois aux premiers disciples, et nous rendons grâce au Seigneur, car il veut bien de nous dans sa mission, avec ce que nous sommes, avec nos limites et nos manquements, et il s’engage à nous former pour le service. Ça veut dire qu’en répondant à son appel, nous acceptons d’être, comme il est écrit dans la prophétie de Jérémie, l’argile dans la main du potier… (Jérémie 18, 6).

Vous avez remarqué que la réponse des deux fratries est immédiate, ils laissent tout (le bateau, les filets, le père donc la famille) et ils suivent Jésus : est-ce à dire que l’appel du Christ implique de tout sacrifier pour la cause de Dieu, pour la bonne nouvelle du royaume ? Est-ce que je laisse mon travail, je néglige mes engagements familiaux et professionnels pour donner toute la place à mon engagement chrétien ? Non, je vous ai dit tout à l’heure que Pierre, André, Jacques et Jean sont restés marins pécheurs et n’ont pas abandonné leurs familles, au contraire. Pierre par exemple prend soin des siens, il s’occupe de belle-mère et quand elle tombe malade, il fait appel à Jésus pour la guérir (Matthieu 8, 14-15).

L’immédiateté de la réponse des premiers disciples, l’entière disponibilité dont ils font preuve pour suivre le Seigneur nous exhorte à répondre sans hésiter lorsque le Christ nous appelle, car il a besoin de nous, et nous n’avons pas à nous inquiéter pour notre travail et pour nos familles, nous avons juste à nous abandonner dans sa main, totalement confiants, et il fera ce qu’il faut, et nous arriverons à conjuguer le travail, la famille et la mission…

Le Seigneur nous veut humbles, obéissants et disponibles pour le servir. C’est dans l’obéissance au Maître que le disciple se forme, et ce n’est pas un hasard si Jésus dit à Pierre et à André : « Venez derrière moi ».

Nos traductions françaises disent : « Suivez-moi/Venez à ma suite », mais le texte grec dit bien derrière moi, il n’y a pas seulement l’idée de suivre le Seigneur, il y a aussi l’idée d’être sous son autorité, d’obéir à sa voix et de le laisser conduire la mission. Ce n’est pas nous qui marchons devant, nous sommes derrière Jésus. C’est en restant derrière lui, soumis à son autorité, que notre esprit/notre pensée sera converti(e) en une intelligence nouvelle qui accueille dans la foi ce que le Seigneur dit, sans chercher à contester/résister/s’opposer à lui (ce qui serait un contre-témoignage), comme Pierre à qui Jésus va redire cette expression : « Derrière moi ! »[1]. On y voit la réprimande la plus dure que le Maître adresse à son disciple, mais on peut l’entendre aussi comme une exhortation salutaire : ‘Remets-toi vite à ta place de disciple, toi qui passe devant et qui ose faire des reproches au Maître, toi qui commence à te comporter en adversaire du plan de Dieu, reviens à ta place derrière le Sauveur, et retrouve des pensées soumises à la volonté de Dieu…’

« Venez derrière moi », dit Jésus, ça nous renvoie également au moment de la passion, lorsque le Seigneur va au-devant du groupe armé venu l’arrêter : « Jésus, sachant tout ce qui devait lui arriver, s'avança, et leur dit : Qui cherchez-vous ? …Si c'est moi que vous cherchez, laissez aller ceux-ci. » (Jean 18, 4 et 8). « Venez derrière moi », ça signifie que c'est Jésus qui est devant, faisant de sa propre vie le rempart qui protège ses disciples, c’est lui qui va prendre tous les coups, c’est lui qui va donner sa vie pour eux… Donc le Seigneur nous appelle aujourd’hui pour que nous entrions dans la grande file des témoins qui confessent le nom du Sauveur qui est allé au-devant à notre place et qui a été blessé pour nos péchés, comme le dit le prophète Ésaïe… (Ésaïe 53, 4-5).

 

Le Seigneur est venu éclairer tous ceux qui sont assis dans l'obscurité, et la Galilée est tout aussi une métaphore de la vie humaine avec sa part de ténèbres... Le Seigneur est venu apporter sa lumière dans les zones de nos vies où il y a la tristesse, là où manquent l'amour et la vérité...

 

À nous tous dont l’intelligence est parfois fermée/ligotée par le doute, par nos sentiments humains et nos raisonnements, comme ce fut le cas des disciples au moment de la résurrection (Matthieu 28, 17), à nous qui sommes si souvent enfermés dans une conception de Dieu bien éloignée de ce qu’il est réellement, le Seigneur adresse une parole de libération : « Changez dans votre esprit/pensée, changez dans votre façon de comprendre les choses de Dieu, et vous discernerez sa présence à vos côtés, vous le sentirez tout proche... » Ce n’est pas un hasard si la prédication de Jésus est suivie d’une multitude de guérisons et d’exorcismes, le message est clair : Changez dans votre cœur pour que les chaînes intérieures tombent et que vous soyez guéris/restaurés/relevés/sauvés…

 

Mais changer, ce n’est pas évident. Le Christ a payé de sa vie le changement auquel il appelait. Dans sa mort et sa résurrection, il a manifesté ce qu'est véritablement le règne de Dieu qu'il a prêché : Dieu règne non pas dans la domination et le châtiment, mais dans l'amour et la compassion, pour guérir les cœurs qui souffrent, pour relever ceux dont la foi défaille, pour libérer ceux qui sont prisonniers du péché et de la culpabilité, pour délier ceux qui sont captifs du malin. C’est ce message-là que nous sommes invités à partager :

Dieu, tout proche des hommes, tout proche de nous.

Dieu qui m’invite à la pêche, qui fait de moi son collaborateur…

Dieu qui me met derrière lui pour me protéger, Dieu qui me sauve…

Dieu qui prend soin de moi, qui m’appelle pour me guérir, pour restaurer mon intelligence et ma foi…

En un mot : Dieu qui nous aime.

Et j’assume l’expression incorrecte que je vais employer : il n’y a pas de plus bonne nouvelle que celle-là. Amen.

 


[1] Matthieu 16, 23.

 

Publié le 25/01/2017 @ 20:34  Prévisualiser  Imprimer l'article
DébutPrécédent [ 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 ] 10 pages suivantesSuivantFin
Archives
01-2017 Février 2017 03-2017
L M M J V S D
    01 02 03 04 05
06 07 08 09 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28          


^ Haut ^