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Dimanche 24 avril 2016 - par Hubert Midon

ÉGLISE PROTESTANTE UNIE DE FRANCE À VERSAILLES, CONFESSION RÉFORMÉE
CULTE AU TEMPLE, 3, RUE HOCHE, DIMANCHE 24 AVRIL 2016

LECTURE BIBLIQUE ET PRÉDICATION
Jn 13, 31-35

A - 31 Lorsque Judas fut sorti, Jésus dit : « Maintenant, la gloire du Fils de l'homme a été révélée et la gloire de Dieu a été révélée en lui.
B - 32 [Si la gloire de Dieu a été révélée en lui,] Dieu aussi révélera sa gloire en lui-même, et il la révélera très bientôt.
C-C’ - 33 Mes petits enfants, je suis encore avec vous pour un peu de temps. Vous me chercherez, et ce que j'ai dit aux Juifs : ‘Vous ne pouvez pas venir où je vais’, je vous le dis à vous aussi maintenant.
B’ - 34 Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres.
A’ - 35 C'est à cela que tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l'amour les uns pour les autres. »

Ce texte de l’Évangile selon Jean est très court : cinq versets seulement, mais cinq versets d’une très grande densité, comme c’est souvent le cas avec l’Évangile de Jean. C’est un texte particulièrement riche qu’il nous est donné de méditer aujourd’hui.
Je vous propose de le découper en cinq parties, et une fois n’est pas coutume, chaque verset constitue une partie du texte, comme un acte d’une pièce, sauf qu’ici il ne s’agit pas de théâtre.
Qu’est-ce que cela donne ?
Verset 31 = 1er acte : sortie de Judas et révélation de la gloire de Dieu par la révélation de la gloire de Jésus, comme si le départ de Judas était une condition nécessaire à cette révélation et que la révélation de la gloire de Dieu doive passer par la révélation de la gloire de Jésus.
Verset 32 = 2ème acte : si, comme le premier acte le suggère, la gloire de Jésus a été révélée, et la gloire de Dieu a été révélée en Jésus, tout cela était exprimé au passif “la gloire a été révélée“. À présent on passe à la voix active : Dieu révélera sa gloire en lui-même. De plus ce sera bientôt.
Verset 33 = 3ème acte : Jésus s’adresse aux disciples comme un père, cela nous met sur la piste qu’il est Dieu. Il annonce son départ pour une destination où l’on ne peut pas le suivre.
Verset 34 = 4ème acte : Jésus donne un commandement. De plus ce commandement est nouveau. Il s’agit de s’aimer les uns les autres. Il y ajoute “Comme je vous ai aimés“. Nous allons en reparler.
Verset 35 = 5ème acte : l’amour des uns pour les autres est signe qu’on est disciple de Jésus.
Et voilà un super plan qui se dessine à nos esprits rationnels : deux parties avec une transition entre les deux, quatre sous-parties, avec l’introduction dans la première sous-partie et la conclusion dans la dernière sous-partie.
Première partie : la gloire.
C’est fait
Ça se fera bientôt
Transition : mon chemin n’est pas le vôtre
Deuxième partie : l’amour
C’est un commandement. C’est nouveau. Il s’agit de s’aimer les uns les autres comme je l’ai fait pour que vous puissiez le faire.
Cela vous fera reconnaître comme mes disciples.
Et la boucle est bouclée : se faire reconnaître comme disciples de Jésus c’est manifester la gloire de Dieu.
On pourrait s’arrêter là, mais cela vaut la peine d’y regarder de plus près.
Jésus va vers sa mort. Il le sait. Il rassemble ses amis pour un dernier repas. À leur grande surprise, il commence par un geste rapporté au début du même chapitre : lui, le maître, lave les pieds de ses disciples, puis il leur demande de faire de même. Il poursuit par une parole que l’on peut considérer comme son testament. Il ne laisse ni or, ni argent, ni écrit, ni relique. Jésus laisse en héritage à ses disciples un commandement, exprimé par un impératif : aimer ! Tel est son héritage et la mission qu’il donne. Il semblerait que le commandement donné par Jésus soit simple à accepter tant le désir d’aimer est en nous, en général. Force est de constater que ce n’est pas si facile et il est bon de se demander pourquoi.
Avant de leur confier son message, Jésus a attendu un événement : il a attendu le départ de Judas ; Judas vient de quitter cette chambre haute, le cénacle, où ils étaient réunis. Il quitte le cercle des disciples pour accomplir son œuvre, l’œuvre des ténèbres : il s’apprête à trahir Jésus auprès des autorités.
Nous, après coup, nous savons que le départ de Judas de la pièce où ils étaient réunis sonne le début du compte à rebours de la passion de Jésus.
En tout cas, maintenant que le traître est parti, les vrais disciples se retrouvent entre eux, et Jésus peut leur confier un message important. C’est donc ce moment qu’il choisit pour leur adresser ce discours bref mais capital.
Que leur dit-il de si important ? Il commence par leur dire que lui, Jésus, a été glorifié en Dieu et que Dieu a été glorifié en lui. Qu’est-ce que cela veut dire ?
Le verbe glorifier est répété cinq fois. Cette question de la gloire a donc une grande importance, cette gloire de Dieu si chère à Calvin : Soli Deo gloria.
Oui, dans ce texte, tout commence par la question de la gloire. Mais être glorifié, qu’est-ce que cela veut dire ?
Le terme gloire renvoie à une réalité de l’Ancien Testament. Dans l’Ancien Testament, le mot gloire avait un sens un peu différent de celui qu’il a en français aujourd’hui. Aujourd’hui, quand nous parlons de gloire, nous pensons d’abord à la renommée : la renommée d’un artiste, la renommée d’un chef militaire. Mais la gloire, pour les Juifs, ce n’était pas tant la renommée : c’était plutôt ce qui comptait vraiment, ce qui avait du poids. Et bien sûr, ce poids de la gloire ne revenait pas à l’être humain, bien trop faible. Ce poids de gloire revenait à Dieu seul.
La gloire, c’est la visibilité manifeste, forte, dans le monde de la puissance de quelqu’un.
C’est qui rend évident, manifeste, ce qui fait dire : oui, c’est Dieu.
Dans l’ancien testament, gloire est ainsi souvent utilisé comme cela. Il y a une nuée, un orage, quelque chose d’énorme se déroule dans la nature. Ou alors comme avec Moïse, la gloire de Dieu a tellement irradié Moïse qu’il se transforme en lampadaire : cela rend visible Dieu, ce Dieu puissant qui peut provoquer un déluge, ouvrir une mer, etc.
Mais chez Jean, la gloire est aussi synonyme d’un moment particulier. La gloire est synonyme du moment de la crucifixion, du moment où Jésus est mis à mort.
Juste avant notre texte Jésus annonce que Judas va le trahir. Et judas part le trahir, le livrer à ceux qui vont le crucifier. Le texte que nous avons lu commence ainsi : « Lorsque Judas fut sorti, Jésus dit : Maintenant le fils de l’homme a été glorifié et Dieu a été glorifié en lui ».
On peut comprendre par là que Jésus est sûr qu’il va être crucifié, et que par cette crucifixion, il va rendre visible Dieu, il va rendre visible que Dieu agissait à travers lui. Et Dieu va être crucifié avec lui, et dans ce geste, Dieu va apparaître, se manifester, être rendu visible à tous ». Il va être rendu visible à tous comme nous rendons visible Dieu quand nous mettons une croix pour présider notre culte. Quand nous partagerons le pain et le vin tout à l’heure.
On est donc dans le même sens que dans l’ancien testament. Il va se passer quelque chose qui va permettre de dire : oui, Dieu était là.
En revanche ce qui est très différent, c’est la façon d’être visible.
Dans l’ancien testament, on parle de puissance, de majesté etc.
Ici il est question de mise à mort, de crucifixion.
Dieu ne se manifeste pas par un acte de puissance, de majesté, un orage, une nuée. Mais par l’inverse : être arrêté, torturé, mis à mort.
Et par-dessus cela Dieu est glorifié par Jésus mis à mort, Dieu est lui-même arrêté, torturé, mis à mort. Et il se rend visible par cela.
C’est le premier renversement de ce texte.
Jean nous dit au contraire que Dieu se manifeste dans la torture, dans l’arrestation, dans la mise à mort.
Cela a particulièrement du sens pour la communauté chrétienne du temps de Jean. Les premiers chrétiens ont été rejetés par la synagogue, ils ont dû fuir Jérusalem, ils sont accusés par les autorités romaines de mettre en cause la paix civile. On sait qu’à Rome ils vont devoir se réunir dans les catacombes, vont être jetés aux lions.
Les Dieux romains se manifestent par d’énorme fêtes, par le pouvoir et la gloire des empereurs. Alors si la manifestation de Dieu c’était la puissance et la gloire, il faudrait croire aux Dieux romains. Mais si Dieu se manifeste dans l’affrontement aux autorités, les arrestations arbitraires, les procès injustes, la torture et la mise à mort - tout ce qu’a vécu Jésus - alors Dieu se manifeste dans la vie de ces premiers chrétiens, et dans la vie de tous ceux qui souffrent de cela aujourd’hui, en Syrie, en Irak et ailleurs. Ils peuvent dire Dieu est là, avec nous et pas avec ceux qui nous persécutent. Et tous ceux qui dans leurs malheurs, dans les mêmes difficultés, se demandent où est Dieu, ils peuvent dire : Dieu est là, avec nous.
Évidemment, ce n’est pas une perspective très réjouissante : Après la crucifixion, faudrait-il vivre de cette manière la présence de Dieu avec nous ? À la limite cultiver notre malheur pour manifester sa gloire ?
Il y a un autre sens du mot gloire dans la théologie de l’époque de Jean qui pourrait aller dans ce sens. La gloire qui demeure parmi nous, c’est le terme hébreu de Shekina qui veut dire demeurer. La gloire c’est la façon qu’a Dieu d’être présent en son peuple à travers les vicissitudes, les hauts et les bas, les bons et les mauvais moments de l’histoire.
Donc la question reste entière. Est-ce que Dieu manifeste sa présence dans notre histoire, dans l’histoire, à travers les douleurs, le sacrifice, le martyr, faut-il revivre nous-mêmes en permanence la crucifixion pour être assuré que Dieu est là ? Et après tout, la chrétienté a longtemps fait cela : il fallait que la vie dans ce monde soit une vallée de larmes, qu’on accepte son sort, voir qu’on se flagelle soi-même quand le monde ne nous flagellait pas assez. Et on a encore vu le jour de Pâques dans certains pays des personnes se faire crucifier ou l’évêque de Paris porter la croix jusqu’en haut de la butte Montmartre… même s’il ne se faisait pas crucifier à la fin.
Et dans les temps politiques difficiles, alors que des chrétiens résistaient, s’opposaient, d’autre acceptaient la situation sans rien dire, en acceptant cela comme une épreuve, comme un chemin de croix.

Ici, notre texte apporte quelque chose de nouveau par rapport au contexte de l’Ancien Testament : il ne s’agit plus de la seule gloire du Dieu créateur, tout puissant, une gloire qui n’appartiendrait qu’à lui seul, mais il s’agit d’une gloire qui se donne, qui se partage sans s’appauvrir, et qui se partage à un être humain : l’homme véritable qu’est Jésus.
Oui, l’œuvre des ténèbres par Judas va avoir cette conséquence surprenante, cette conséquence que personne n’aurait pu prévoir, que Dieu donne sa gloire à Jésus, et qu’à son tour, Jésus donne sa gloire à Dieu, de sorte que, par cette communication, Jésus est lui-même Dieu. Cette glorification révèle Jésus à la fois comme homme et comme Dieu. C’est cette gloire venue du Père qui révèle que Jésus est Dieu.
La gloire dont il est question ici rejaillit sur l’être humain, elle se manifeste dans l’amour fraternel, dans l’amour des uns pour les autres. Comme Jésus aime son Père et que son Père l’aime, de même l’être humain est invité à aimer son prochain. Cf prière sacerdotale en Jn 17.
Pour donner son commandement d’amour mutuel à ses disciples, Jésus, et c’est la seule fois dans tout l’Évangile, les appelle ses enfants : « mes petits enfants je suis encore avec vous pour un peu de temps ». Jésus se place comme un père pour ses disciples, un père soucieux d’éviter les disputes. Et il leur dit je suis avec vous encore un peu de temps, vous me chercherez, mais là où je vais, vous ne pouvez pas aller
C’est un deuxième renversement : Jésus fait impasse à une existence chrétienne qui voudrait perpétrer martyr, crucifixion, rester enfermée dans cela. Il ne dit pas que c’est fini. Mais face aux difficultés que connaissent les premiers chrétiens, que nous connaissons, il nous dit que Dieu est crucifié avec la victime et non glorieux avec le bourreau, que Dieu est là dans celui qui se fait injustement arrêter et non avec celui qui applique ou édicte la loi injuste. Dieu se manifeste là-dedans. C’est Dieu qui agit. La piste de la douleur, est mise en impasse dans le texte. Il nous décrit en fait la suite de son parcours. Il va être crucifié. Il leur apparaîtra de nouveau après la résurrection, il va rester un peu avec eux, mais ensuite il va aller quelque part, on va le chercher, mais là où il va ils ne peuvent pas aller : il va monter au ciel, et là, ils ne pourront pas le suivre. (Cela interroge d’ailleurs, les théologies du paradis et du ciel après la mort - si nous ne pouvons pas le suivre, est-ce qu’on le rejoint quand même après la mort ?)
En disant bien que là où il va ils ne peuvent pas aller, il leur dit que ce chemin-là, crucifixion, montée au ciel, c’est bien son chemin à lui et pas le leur. S’ils le prennent, ils ne pourront pas y aller, c’est une impasse.
Il ne leur dit pas : faites comme moi, faites-vous crucifier, vivez mon chemin de douleur et rejoignez-moi. Il dit : là où je vais, le chemin que je vais prendre, vous ne pouvez pas le prendre.

Sortons donc de l’impasse.

Comme dans la dernière partie du texte, c’est l’amour qui est annoncé qu’est-ce que cela a à voir avec la gloire, la manifestation de Dieu ?
Après avoir fermé le chemin que nous venons de voir, Jésus en ouvre un autre. Je vous donne un commandement nouveau, et ce commandement, c’est l’amour. Cette dernière partie est comme un décalque de la première.
Il n’est plus question de gloire, mais le sens y est.
Il s’agit de rendre visible Dieu, de dire : c’est lui Dieu.

Qu’est-ce que ce commandement nouveau ? : que vous vous aimiez les uns les autres ; comme je vous ai aimés, afin que vous aussi, vous vous aimiez les uns les autres. Ou bien : Aimez-vous les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres

Il y a une difficulté de traduction : le milieu de la phrase « comme je vous ai aimé » doit-il être rattaché au début ou à la fin. Il n’y avait pas de ponctuation ni d’espace entre les mots dans les écrits des premiers siècles. Tous les mots étaient écrits en majuscules et toutes les lettres se suivaient. C’est à partir du Moyen Âge que l’on a commencé à utiliser des lettres minuscules en plus des majuscules puis à introduire la ponctuation et enfin à découper le texte en chapitres et en versets. Il n’est donc pas évident de découper les phrases.

Si on traduit mot à mot le texte grec sans chercher à faire du bon français et sans ponctuation, cela donne : un commandement nouveau je vous donne afin que vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés afin que vous aussi vous vous aimiez les uns les autres.

Il y a donc plusieurs idées dans ce commandement : une idée de comparaison, une idée de causalité et une idée de finalité.
Il est vrai qu’en français le mot comme contient ces possibilités.
Lorsque l’on traduit aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés, on peut utiliser le « comme » dans tous ces sens.

Donc Jésus nous a aimés aussi afin que nous nous aimions les uns les autres et afin que nous puissions nous aimer les uns les autres. Si Jésus nous dit cela ainsi, cela signifie que nous ne pourrions pas nous aimer les uns les autres s’il ne nous avait pas aimé d’abord. Ceci détermine la compréhension de ce commandement. Cela ne peut pas venir de nous d’être capable d’aimer tous nos prochains. Cela ne peut venir que de Dieu. Seul l’amour de Dieu témoigné en Jésus Christ, mort pour nous et ressuscité, seul cet amour peut nous rendre capables de nous aimer les uns les autres. Parce que la grâce qui nous est ainsi accordée nous transforme totalement. Elle fait de nous des êtres nouveaux capables d’amour.

Et il s’agit aussi d’un commandement : c’est ce qu’il nous demande de faire.
Dieu nous a aimé en premier d’un amour absolu, radical et inconditionnel. Mais cet amour n’est pas sans finalité, sans projet, sans attente en retour. Cet amour nous rend capables d’amour les uns pour les autres et Dieu attend de nous que nous le vivions activement.
Notre amour les uns pour les autres doit être à l’image de l’amour de Jésus pour nous.
Jésus nous dit qu’il nous a aimés afin que nous nous aimions les uns les autres.
Jésus ne s’est pas laissé crucifier pour que nous continuions à vivre comme si de rien n’était.
C’est cette finalité de l’amour de Jésus pour nous qui doit être entendue et comprise. L’amour qu’il nous est demandé d’avoir les uns pour les autres n’est pas le rêve d’une vie sans nuage. Il n’est pas non plus simple imitation de Jésus. Il est acceptation du projet de Dieu pour nous : un amour absolu qu’Il nous donne pour que nous vivions dans l’amour et que nous nous aimions les uns les autres, que nous nous aimions les uns les autres dans cet amour donné par Dieu en Jésus-Christ.
Le fait de suivre Jésus ne protège pas des difficultés inévitables de la vie en communauté.

Ne confondons pas la réalisation de ce commandement d’amour avec la réalisation de nos désirs, où plus aucune dispute ou désaccord n’aurait lieu parce que tout le monde serait d’accord avec nous.

Nous voyons que ce texte nous fait voir un Dieu qui ne ressemble pas aux dieux que les hommes ont pu imaginer dans leur histoire, ces dieux distants, lointains et fermés sur leur propre divinité, mais il nous fait voir un Dieu qui entre en relation, un Dieu qui se révèle dans la relation, dans la communication. L’être humain est à l’image de Dieu, c’est pour cela que nous aussi avons besoin d’être en relation et que nous supportons mal la solitude.

Déjà les commandements de Moïse se résument à aimer Dieu et son prochain. Là où cet amour est absent, peu importe si l’on a tout le reste ; là où cet amour est absent, tout ce que nous ferons ne pourra être comparé qu’au bruit vide et désagréable d’un métal qui résonne, comme le dit l’apôtre Paul emploie dans sa première épître aux Corinthiens.
Quelques jours après l’événement de notre texte, la résurrection permettra de mettre les choses au point. Dans de même évangile, Jésus ressuscité prend Pierre à part et parle à nouveau d’amour : « Pierre m’aimes-tu ? » trois fois…
Jésus revenu de la mort confirme la priorité de l’amour sur toute autre attitude. Avec Jésus, c’est cet amour qui a survécu à la mort.

Là où l’amour les uns pour les autres est absent, il n’y a qu’agitation sans intérêt.
La parole entendue ce jour ne se limite pas au cercle des disciples. Il leur fixe une mission : donner au monde le témoignage de l’amour. La parole quitte le domaine de la sentimentalité pour désigner une responsabilité et une mission qui repose sur la justice et sur la rigueur de vie.
Le texte se conclut ainsi : Si vous avez de l’amour les uns pour les autres, tous sauront que vous êtes mes disciples. L’amour qu’ils ont les uns pour les autres, rend visible l’amour que Jésus avait pour eux, cela rend visible, manifeste, Dieu. Comme dans la première partie, Dieu se manifestait en Jésus par la gloire et la crucifixion, là Jésus se manifeste, se rend visible par l’amour qu’il porte à ses disciples et qu’ils rendent visibles par l‘amour qu‘ils se portent les uns aux autres.
Cet aimez-vous les uns les autres, n’est donc pas une mièvrerie, une façon de dire « tout le monde est beau, tout le monde il est gentil ». C’est une méthode, une manière de faire. Nous sommes invités à agir, à manifester Dieu, à être des militants de l’amour, de l’amour les uns les autres. C’est notre façon d’être disciple, de manifester, de rendre publique la présence de Dieu.
Telle est notre commune vocation, celle qui fait l’Église sainte. Pour cela, il faut quitter nos peurs, nos ignorances, nos préjugés, nos raideurs dogmatiques, nos égoïsmes et nos avantages. Il ne s’agit pas ici de valoriser la souffrance, mais bien de reconnaître que le maître mot de la création est l’amour.
L’amour est la méthode que Jésus nous a laissé pour changer le monde et manifester ainsi la Gloire de Dieu.

Amen.
 

Publié le 14/09/2016 @ 20:54  Prévisualiser  Imprimer l'article

Dimanche 21 aout 2016 - par Hubert Midon

LECTURE BIBLIQUE ET PRÉDICATION
Évangile selon Luc, chapitre 13, versets 22 à 30


22 Jésus traversait les villes et les villages, et il enseignait en faisant route vers Jérusalem. 23 Quelqu'un lui dit : « Seigneur, n'y a-t-il que peu de gens qui seront sauvés ? » Il leur répondit : 24 « Efforcez-vous d'entrer par la porte étroite. En effet, je vous le dis, beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront pas. 25 Quand le maître de la maison se sera levé et aura fermé la porte, vous qui êtes dehors, vous commencerez à frapper à la porte en disant : « Seigneur, [Seigneur,] ouvre-nous ! » Il vous répondra : « Je ne sais pas d'où vous êtes. » 26 Alors vous vous mettrez à dire : « Nous avons mangé et bu devant toi, et tu as enseigné dans nos rues. » 27 Il répondra : « Je vous le dis, je ne sais pas d'où vous êtes ; éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice. » 28 C’est là qu’il y aura des pleurs et des grincements de dents, quand vous verrez Abraham, Isaac, Jacob et tous les prophètes dans le royaume de Dieu et que vous, vous serez jetés dehors. 29 On viendra de l'est et de l'ouest, du nord et du sud, et l’on se mettra à table dans le royaume de Dieu. 30 Certains parmi les derniers seront les premiers, et d'autres parmi les premiers seront les derniers ».

Frères et sœurs, chers amis,
Nous venons de lire et d’entendre un passage de l’Écriture où un homme pose la question « Seigneur, n'y a-t-il que peu de gens qui seront sauvés ? » et où une fois de plus Jésus répond apparemment à côté.
Après avoir porté le regard sur le contexte de ce passage, nous reprendrons dans un premier temps la question de cet homme à notre compte, puis dans un second temps, nous essaierons de comprendre les quatre renversements de perspective proposés par Jésus dans sa réponse.
CONTEXTE
Le contexte de l’évangile selon Luc que nous venons de lire est précédé de paraboles qui montrent que la source de la grandeur est dans le tout petit (la graine de moutarde, le levain de la pâte).
Il est suivi d’histoires de repas où Jésus conseille d’inviter pauvres, estropiés, boiteux, aveugles, plutôt que proches, riches et gens de bien.
Au début du texte, Luc nous montre Jésus en chemin, traversant bourgs et bourgades. Jésus s’adresse aux populations qu’il rencontre. Il leur prodigue un enseignement. Il est en chemin vers Jérusalem, vers son destin, vers l’accomplissement de sa mission, et, nous, nous le savons, vers la croix.
Le texte se termine par cette prophétie à donner des frissons de premiers qui seront derniers et vice-versa.
Entre les deux, il y a cette métaphore de la porte étroite, et même de porte fermée que le maître n’ouvre pas, alors que Jésus lui-même nous dit par ailleurs “frappez et l’on vous ouvrira“.
On retrouve d’ailleurs le même schéma dans les évangiles selon Matthieu (ch. 19 et 20) et Marc (ch. 10). Ces textes s’éclairent les uns les autres.
En préparant la feuille d’assemblée qui vous a été remise, je lui ai donné comme titre “La porte étroite“, frappé par cette image de passage difficile à franchir, voire impossible, comme le chas d’une aiguille le serait pour un chameau. Peut-être aussi influencé par la mémoire de la lecture de l’ouvrage d’André Gide, du même titre, en vogue lorsque j’étais au lycée. Dans cet ouvrage, un pasteur, ami de la famille des deux personnages principaux, Jérôme et Alissa, avait conclu un prêche en disant : petite ou grande, il faut savoir choisir la porte qui mène à la Vie. Nos héros ont eu une interprétation divergente du texte de Luc : l’un pensait que cette porte pouvait se franchir à deux, l’autre non. Leur quête de bonheur aboutit à une impasse, la séparation.
J’ai aussi cherché à quoi concrètement faisait allusion l’expression “Porte étroite“.
Dans nos villes fortifiées au Moyen âge, dans les médinas des pays du Maghreb, dans beaucoup de villes du Moyen-Orient ancien, comme encore aujourd’hui à Jérusalem, il y a pour entrer dans la ville de grandes portes avec juste à côté de chacune une petite porte. Normalement, la grande porte était destinée à laisser passer les attelages, les charrettes, et tout déplacement encombrant. La petite porte, elle, était destinée à laisser passer les piétons.
Si nous observons l'une de ces portes aujourd'hui, nous voyons la majorité des gens entrer et sortir… par la grande porte, même sans chargement, même s'il y a énormément de monde. La petite porte est souvent délaissée.
C'est ainsi. Pourquoi ? Très souvent, la grande porte a une plus belle apparence, elle est plus majestueuse, plus attirante que la petite porte juste à côté !
Et voilà que Jésus nous invite à choisir la petite porte… bon, pourquoi pas ?

Reprenons donc la question posée et examinons la réponse de Jésus.
LA QUESTION POSÉE
Sur sa route vers Jérusalem, Jésus croise un homme qui lui demande : “Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui seront sauvés ?“
Cette question qui surgit là, est posée au Maître par un homme dont on ignore l’identité, sans doute inquiet de l’avenir. Inquiet au sujet de l’entrée dans le royaume, autrement dit inquiet au sujet de son salut. Sans doute pose-t-il la question pour lui-même, mais il révèle aussi une préoccupation de tout un chacun et même universelle. Il s’adresse à Jésus en lui disant “Seigneur“. Il le reconnaît comme maître. D’une certaine manière, cet homme est le porte-parole d’une question existentielle fondamentale.
Au cours des siècles et jusqu’aujourd’hui, les théologiens ont répondu de façons très diverses à cette question du salut.
On peut distinguer deux grandes tendances.
Une première tendance invoque l’idée d’un grand nombre de damnés et d’un petit groupe d’élus. À tel point qu’être sauvé serait un privilège exceptionnel. Au 17ème siècle on a même dessiné des cartes de l’enfer !
Une deuxième tendance proclame à l’inverse que le salut est pour la totalité du monde et que le but ultime de Dieu serait que tous les humains soient sauvés.
Le message biblique est beaucoup moins uniforme.
De nombreux textes et psaumes de l’ancien testament annoncent la punition des méchants. Le nouveau testament n’est pas en reste avec toutes ces portes qui se ferment. Pas seulement celle de notre passage, mais aussi celle de la fête d’où sont exclues les cinq jeunes filles qui n’ont pas veillé comme il aurait fallu pour être accueillies, celle du repas de mariage qui se ferme aux invités qui ne se décident pas à temps, etc.
À l’inverse, de nombreux passages des écritures soutiennent puissamment l’idée d’un salut universel. Chez Luc par exemple :“Le fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu“, “Tu seras avec moi dans le paradis“. Et aussi ce père qui accueille son fils perdu, ce patron qui embauche des ouvriers de la dernière heure au même salaire que les premiers. La miséricorde de Dieu n’est d’ailleurs pas absente de l’ancien testament non plus
Alors, comment faire partie des élus ? Ou comment accepter que tous soient sauvés ? Qu’en est-il des grands criminels, des fauteurs de guerre. Qu’en est-il pour nous aujourd’hui ? Comment s’y retrouver ? Examinons donc la réponse de Jésus.
LA RÉPONSE DE JÉSUS
Jésus répond en s’adressant à tous et non au seul homme qui l’a interrogé. Et même il semble ne pas répondre à la question. La question portait sur le nombre de gens qui seront sauvés. C’était une affaire quantitative. Sous-entendu, n’y aura-t-il que les élus qui vivront le royaume ? Sous-entendu, le salut sera-t-il réservé au peuple élu ? Et peut-être même à une partie de ce peuple.
Au lieu de donner le renseignement attendu à celui qui le questionne, Jésus lance à son auditoire une exhortation vigoureuse, assortie d’images percutantes. Il agit souvent ainsi. Non pas qu’il fuie la question posée, mais il renverse les perspectives, il nous bouscule, il ébranle le point de vue de ses auditeurs, il nous pousse à sortir de nos impasses.
Je souhaite relever avec vous quatre renversements de perspectives que l’on peut déceler dans notre texte.
PREMIER RENVERSEMENT
Comme souvent, Jésus nous fait comprendre que le problème est mal posé. Il semble répondre à côté de la question. En fait il trouve des images pour nous dévoiler l’essentiel.
Ici il nous fait comprendre que la question du salut n’est pas une question de date, de délai ni de nombre de sauvés. Il affirme que le salut est possible, que c’est une réalité, que chacun a une chance d’entrer dans le royaume.
Le salut n’est pas une course où nous serions en concurrence pour un nombre de places comptées. Ce n’est pas une affaire de foule où se faufiler. Chacun d’entre nous peut y accéder, de manière personnelle, en engageant toute sa personne.
C’est ce qu’indique a contrario la réponse de ceux qui se retrouvent devant la porte fermée : ils disent et “pourtant nous mangé et bu devant toi“. Ils ne disent pas “avec toi“. Cela signifie qu’ils étaient restés spectateurs, non acteurs, comme en représentation, en dehors des événements, en dehors des choix qui engagent toute la personne, en dehors d’une relation de proximité avec Dieu.
DEUXIÈME RENVERSEMENT
Après avoir éliminé l’aspect quantitatif du salut, Jésus opère un deuxième renversement de perspective, celui de la chronologie. La question lui est posée au futur. “Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui seront sauvés ?“ Comme si le salut interviendrait par la survenance du royaume à la fin des temps, à la fin de l’histoire.
Jésus ramène cette affaire de salut au présent. Le royaume est là, maintenant, il vit, il grandit, c’est un rendez-vous à ne pas manquer, au risque de trouver la porte fermée.
Jésus avait déjà souligné l’aujourd’hui de cette réalité du royaume, au début de ce chapitre, en disant l’urgence de modifier nos comportements pour nous tourner vers la vérité de Dieu.
Le salut n’est donc pas un sujet de discussion abstrait pour un avenir lointain, sans que bouge notre vie aujourd’hui, mais une invitation à nous transformer.
TROISIÈME RENVERSEMENT
Et c’est là le troisième renversement de perspective auquel Jésus nous invite : la notion de salut n’a en effet de sens qu’associée à une dynamique de changement personnel dès la vie d’aujourd’hui.
Le salut ne serait donc pas un état statique futur posé une fois pour toutes, perdu ou sauvé, accusé ou pardonné, dehors ou dedans… Ce serait plutôt quelque chose de dynamique, un mouvement intérieur personnel et collectif qui transforme, qui met en mouvement, qui libère des énergies. C’est aussi un mouvement qui appelle à des choix, parfois difficiles à faire, à des orientations de vie parfois difficiles à assumer.
D’ailleurs, Jésus présente le salut comme un combat dans lequel où nous sommes pleinement acteurs : le salut nous est proposé, mais pas imposé : efforcez-vous de passer par la porte étroite, nous dit Jésus. Dans le texte grec, le verbe est αγωνιζο, qui signifie s’efforcer, mais d’abord combattre, lutter, rivaliser. C’est le verbe qui a donné en français “agoniser“. Autrement dit, il faut aller au charbon ! Si j’ose dire. Comme disait Dietrich Bonhoeffer, la grâce, ça coûte.
Pour passer par la porte, il nous faut lutter pour abandonner nos surcharges, laisser de côté tout ce qui nous encombre et nous empêche de passer. Il nous faut abandonner nos idoles, nos recherches de gloire, nos richesses, nos idées reçues.
Dieu reste l’auteur du salut qu’il propose, mais il respecte notre liberté : notre destinée repose sur nos choix.
QUATRIÈME RENVERSEMENT
Enfin, Jésus, et c’est son côté subversif qui resurgit, nous invite à renoncer à nos prétentions à posséder le salut, à posséder le royaume : nous n’en n’hériterons pas tout naturellement, fussions-nous juifs, forts de notre appartenance au peuple de Dieu, ou chrétiens, nous croyant détenteurs de l’alliance renouvelée… Nous ne sommes pas dispensés de lutter au prétexte que nous descendrions des patriarches. Nos religions ne nous donnent pas de laisser-passer en blanc !
Ainsi, en nous croyant très familiers de la maison, nous pourrions bien nous retrouver au dehors. Jésus se place délibérément du côté des exclus. Il montre aux bien-pensant qui souvent excluent, qu’eux-mêmes risquent la même exclusion. Alors que tous ceux qui ne réclament rien pour eux-mêmes pourront s’installer à la table dans le royaume de Dieu.
C’est ainsi qu’il y a des derniers qui seront premiers et des premiers qui seront derniers.
EN CONCLUSION
L’avertissement que donne Jésus au peuple d’Israël trop sûr de son salut vaut pour tous et pour tous les temps. Il vaut pour notre Église et pour nous. Il nous fait nous interroger sur la vérité de notre engagement, sur notre réponse au “Tu choisiras la vie“ (Dt 30, 19).
C’est à chacun de nous que Dieu offre une vie nouvelle. Tournons-nous vers lui pour nous enrichir de l’amour qu’il nous donne, pour qu’il nous aide à comprendre que son amour est pour tous ceux qui dans le monde se tournent vers lui, de quelque manière que ce soit.
Amen.

Publié le 14/09/2016 @ 20:47  Prévisualiser  Imprimer l'article
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