Textes et Prédications

 

Rubriques


Derniers billets
24/05/2017 @ 20:10
Dimanche 21 mai 2017 ...
13/05/2017 @ 12:02
Dimanche 07 mai 2017 ...
13/05/2017 @ 11:54
Jeudi 13 avril 2017 ...
13/05/2017 @ 11:51
Dimanche 16 avril 2017 ...
20/04/2017 @ 19:47
Dimanche 02 avril 2017 ...

Tous les billets
DébutPrécédent [ 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 ] 10 pages suivantesSuivantFin

Dimanche 21 mai 2017 - par Pierrick Leprince

Jean 14 – 15-21 et 25-26 – JE NE VOUS LAISSERAI PAS

Marguerite Yourcenar qui n’est jamais rentrée dans un temple a écrit : je ne sais si Dieu existe mais les écritures sur la venue et la vie de Jésus ont tant bouleversé le monde que l’on doit tout de même admettre qu’elles restent la seule révolution toujours en marche depuis 2000 ans et qui aura tant changé le monde.

Chers frères et sœurs,

Il faut bien s’accrocher à l’évidence d’une agnostique pour aborder cette lecture un peu ardue, ce texte obscur et abstrait qui nous est proposé en ce 6ème Dimanche après Pâques.

Obscur parce que nous sommes situés au fin fond de la trilogie Chrétienne. Le père, le fils et l’esprit saint. Cette 3ème dimension, celle de l’esprit est probablement la plus difficile à percevoir et pourtant c’est bien l’esprit de Dieu qui nous réunit ce matin et qui affirme la présence de Dieu.

 

Dieu, Dieu le père qu’Abraham père des croyants a révélé au monde entier. Avec  le calendrier hébraïque du Roi David, nos frères aînés ont fêté cette année, l’année 5777. Dieu le père, référence incontestable et figure tutélaire de toutes les religions monothéistes c’est-à-dire environ 3.7Mias d’habitants sur Terre. Ce Dieu que personne n’a jamais vu et que seuls quelques-uns ont entendu.

Dieu le Fils, notre seigneur Jésus Christ, donné par Judas, renié par Pierre, crucifié sous Ponce Pilate, ressuscité à Pâques et toujours reconnu 2017 années après par 2Mias de Chrétiens, dont 65 fidèles ici à Versailles ce matin. Dieu qui s’est fait homme et compagnon avec ses disciples et ses apôtres, le Dieu qui a été vu, entendu et reconnu.

Si ce texte parait abstrait c’est qu’il inaugure les discours qui parlent de l’après, c’est-à-dire quand Jésus ne sera plus là. À l’heure où Jésus va passer de ce monde à son père. C’est en quelque sorte un discours d’adieu que l’on pourrait résumer par : Je m’en vais…mais je reviendrai !

 

Cela ne vous rappelle rien ? Cet évangile n’est pas sans rappeler les paraboles et on y entend les mêmes accents.

Parabole du vigneron : un homme loua sa vigne et partit en voyage…parabole des Talents : un homme partant en voyage, appela ses serviteurs et leur confia tous ses biens…parabole des mines : un homme de haute naissance s’en alla pour un pays lointain…parabole du Maître qui sert à table ses serviteurs : attendre le Maître parti au loin pour célébrer ses noces…C’est vrai encore des paraboles des 10 Vierges, du portier , du maître des noces et aussi du berger abandonnant son troupeau pour partir lui aussi dans le désert. Tous sont partis et tous sont revenus

Dans cet évangile on comprend que Jésus veut raffermir la foi de ses disciples qui sont doublement ébranlés : par l’annonce de son départ,  par le reniement de Pierre et la trahison de Judas.

Il ne faut jamais oublier quel drame les disciples ont vécu. Celui en qui ils avaient mis leur foi, celui qu’ils espéraient comme devant être le messie-sauveur de la nation, celui-là à leurs yeux semblent avoir échoué.

Je ne vous laisserai pas orphelins…j’intercèderai auprès du père…il vous donnera un autre paraclet pour qu’il soit avec vous pour toujours dit l’évangile.

Ainsi pour aider ses disciples, voilà ce que Jésus leur promet : un autre paraclet. Mais qui est-ce ce paraclet ?

En vérité dans la traduction ordinaire de la Bible, on ne parle pas de paraclet mais de défenseur. C’est une définition bien incomplète qu’elle nous propose, c’est pourquoi j’ai conservé le mot d’origine et j’ai trouvé 2 belles définitions du mot Paraclet.

En araméen, la langue parlée en Palestine au temps de Jésus, le Paraklita était celui qui traduisait la bible de l’hébreu qui n’était plus parlé, à l’araméen qui était devenu la langue pratiquée. Le mot est la simple transposition d’un mot grec : paraklétos, dont la définition est celui « qu’on appelle auprès de soi » comme un conseiller, un avocat, ou un interprète.

Comment en effet garder la pensée du père et la parole du fils et comment les porter dans l’actualité de notre vie ? C’est en étant en communion avec l’esprit de Dieu que les disciples puiseront leur sagesse de vie. Voilà ce que Jésus révèle.

Le véritable « esprit de Dieu» se lit comme est un processus d’unification de la terre d’aujourd’hui au ciel infini. Non seulement l’esprit va rappeler les paroles de Jésus mais, comme un paraclet, il va les interpréter, les traduire pour notre aujourd’hui, dans le contexte de la vie quotidienne de chaque disciple, car c’est à cela que nous avons été appelés: A la source de la transmission de l’être.

Utilisons les données de l’univers pour leur donner un but. Soyons, dans ce monde profane et dans l’histoire, selon la mesure qui est la nôtre et aussi modeste que soit notre place, des ouvriers avec Dieu. Sinon nous tournerons en rond. Non seulement l’esprit va traduire ces paroles mais encore il va les faire vivre !

On ne garde bien dans sa mémoire que ce que l’on a acté, que ce que l’on fait, que ce que l’on vit, que ce que l’on active. Autrement la parole reste une parole morte.

On ne garde la parole qu’en la faisant, on ne garde la sagesse de vie qu’en l’appliquant.

Tel est le pouvoir que nous donne l’esprit. Il consiste à faire avancer l’humanité vers l’état ultime de la création en appelant les hommes et les femmes au meilleur d’eux-mêmes.

Lorsqu’on bénit l’assemblée à la fin d’un culte, on appelle toutes les potentialités de ceux qu’on bénit à se réaliser. On pourrait aussi bien prononcer de la part de Dieu les mots suivants : Vous êtes appelés au meilleur de vous-mêmes ! Que tout ce qui, en vous, est positif, créatif, s’épanouisse sans entrave et dans l’esprit !

La sagesse transmise par les paroles de Jésus est comme un logiciel d’ordinateur ;

Elle peut informer nos pensées et nos gestes.

Car elle est une information qui peut donner forme à notre vie et la façonner.

Et c’est l’esprit du père qui active cette information, l’esprit qui est la force d’amour.

C’est pourquoi jésus fait un lien entre garder la parole et aimer.

Si vous m’aimez, vous garderez mes préceptes car c’est l’amour qui conduit à mettre en pratique la sagesse qui vient du père divin. C’est cela être disciple de Jésus : aimer et vivre au nom du fils, comme le fils vit et aime au nom du père. Et cette vie dans l’amour nous est possible par l’esprit car il est le trait d’union dont nous avons besoin.

 

Les prophètes juifs avaient perçu que, pour vivre la Tora, il fallait que Dieu leur en donne la force.

Je mettrai mon esprit en vous, vous garderez et pratiquerez mes préceptes (Ezéquiel 36,27).

Jésus fait cette même promesse et c’est en son nom que le père enverra le paraclet.

L’évangile que nous lisons chaque dimanche peut être lu comme un écrit inactif, dépassé, lointain.

Et chaque dimanche il est dit et redit par des personnes vivantes, animées de l’esprit de Jésus.

Voilà pourquoi il faut écouter la parole de Dieu dans les temples afin qu’elle soit relayée par sa famille, sa famille spirituelle : celle composée de tous ceux qui sont à l’écoute de la parole du père divin.

Qui sont ma mère, mes frères, mes sœurs ? dira Jésus (Luc 8.21), ce sont ceux qui écoutent la parole du père et la font, la mettent en application.

Voilà pourquoi il faut écouter la parole avec d’autres disciples, entre chrétiens.

A travers eux, la parole de Dieu est vivante et elle nous façonne.

La tradition Juive encore s’exprime ainsi : quiconque fait apprendre les leçons de la Tora au fils de son prochain, cela lui est compté comme s’il l’avait déjà engendré.

Le père qui engendre selon la chair est remplacé par le père qui engendre selon l’esprit.

Paul rappellera cette filiation dans la première lettre aux corinthiens chapitre 4 versets 15-16 et chapitre 11 verset 1:

« Quand bien même vous auriez 10'000 pédagogues en christ, vous n’aurez pas plusieurs pères.

C’est moi qui, par l’évangile, vous ai engendrés en Jésus Christ,  par l’esprit soyez donc mes imitateurs comme moi j’imite le Christ »

 

En vérité, Dieu a besoin d’un signe de la part de l’homme. Il a besoin de pouvoir compter sur Lui. Il a besoin que l’homme Lui fasse don de son cœur, de son âme, de sa force, de sa pensée. Il a besoin de nos mains à son service. Et c’est bien dans l’esprit que nous pouvons Lui donner tout cela. Nous établissons une relation de confiance avec Lui et nous Lui faisons savoir que nous avançons ensemble. Dieu a besoin aussi de se savoir aimer de ses créatures. C’est cet amour partagé qui est le moteur de son projet. Sans son esprit, le projet de Dieu est bloqué. Et nous tournons en rond.

Le dessein de Dieu pour l’Homme c’est un espace de liberté pour qu’il ne soit plus écrasé par une puissance extérieure.

Le Maître s’en va et me remet toute son autorité. Il m’émancipe, me rend adulte, majeur et responsable. Il m’établit comme homme libre, dans l’esprit (entendons grâce à l’esprit). Seul un amour immense, un amour de Dieu peut ainsi conduire  vers la liberté.

Aimer non pour posséder, maîtriser, maltraiter, exploiter, avilir, mais pour rendre libre. Non pour séduire, appâter, flatter mais pour épanouir et faire grandir. L’esprit de Dieu te fera grandir et tu pourras compter sur lui.

Chers sœurs et frères, nous sommes au bénéfice d’un don et d’une promesse. Ce qu’il appartient à Dieu de faire, nul homme ne le pourrait. Et ce qu’il appartient à l’homme de faire, Dieu le lui laissera. Comme si chacun avait sa place et devait s’y tenir !

C’est aussi cela le message que nous devons entendre en ces dimanches après Pâques. Dieu a un projet pour nous et il entend que nous puissions le vivre pleinement et sans lui. Osons abandonner à Dieu ce que nous sommes dans la confiance, pour faire grandir en nous le Christ ressuscité et laissons l’esprit transformé notre existence.

C’est Dieu qui le demande. Parce que nous sommes simplement celles et ceux auxquels il répète avec insistance: Ensemble, faisons l’homme à notre image !

Amen                                                                                 

Pierrick LEPRINCE 18/05/2017

Publié le 24/05/2017 @ 20:10  Prévisualiser  Imprimer l'article

Dimanche 07 mai 2017 - par Ruth-Annie Coyault

Culte au Temple

Jésus : le berger et la porte…

Jean 10, 1-10

Amen, amen, je vous le dis, celui qui n'entre pas dans l'enclos à moutons par la porte, mais qui l'escalade par un autre côté, celui-là est un voleur et un bandit. Mais celui qui entre par la porte est le berger des moutons. C'est pour lui que le gardien ouvre la porte ; les moutons entendent sa voix ; il appelle ses propres moutons par leur nom et les mène dehors. Lorsqu'il les a tous fait sortir, il marche devant eux ; et les moutons le suivent, parce qu'ils connaissent sa voix. Ils ne suivront jamais un étranger ; ils le fuiront, parce qu'ils ne connaissent pas la voix des étrangers. Jésus leur tint ce discours figuré, mais eux ne surent pas ce qu'il leur disait.

Jésus leur dit encore : Amen, amen, je vous le dis, c'est moi qui suis la porte des moutons. Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits ; mais les moutons ne les ont pas écoutés. C'est moi qui suis la porte ; si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et sortira et trouvera des pâturages. Le voleur ne vient que pour voler, abattre et détruire ; moi, je suis venu pour qu'ils aient la vie et l'aient en abondance.

 

PRÉDICATION    

Dans la Parole d’évangile de ce matin, Jésus notre Seigneur se présente sous les traits du berger et avec l’image de la porte. Par cette double présentation, nous allons voir ce que l’évangile dit du Sauveur. 

Jésus est le berger.

Quand on a des années d’enseignement biblique et de vie d’église derrière soi, cette affirmation résonne de façon presque naturelle : Jésus qui prêchait l’amour de Dieu et qui a donné sa vie pour nous est le bon berger, comme il va le redire dans la suite du texte, il prend soin du troupeau de Dieu (des croyants), il prend soin des hommes, de toute personne qui vient à lui, il accueille dans la compassion tous les pécheurs qui sont rejetés ou condamnés par leurs pairs… Oui, Jésus est notre berger et nous sommes ses brebis, il nous guide avec sa parole, il nous apprend à connaître et à aimer Dieu et notre prochain, et nous nous efforçons d’écouter et de suivre ce qu’il enseigne. Jésus est le berger, ça évoque l’amour que le Seigneur a pour chacun de nous, c’est une belle image pour définir notre relation avec le Seigneur.

Le problème, c’est que dans la Bible, c’est Dieu qui est le Berger d’Israël, et pour les Juifs à l’époque, le discours de Jésus qui s’autoproclame Berger du peuple des croyants est inacceptable... L’Ancien Testament est plein de références qui parlent de Dieu comme le Berger qui conduit le troupeau d’Israël :

-     Psaume 23 : « L’Éternel est mon berger, je ne manquerai de rien. »

-     Psaume 28, 9 : « Sauve ton peuple et bénis ton héritage ! Sois leur berger et leur soutien pour toujours ! »

-     Ésaïe 40, 10-11 : « Voici le Seigneur DIEU, Il vient avec puissance… Comme un berger, il garde son troupeau… »

-     Ézéchiel 34, 15-31 : « C'est moi qui ferai paître mes brebis, c'est moi qui les ferai reposer — oracle du Seigneur… Vous êtes mon troupeau, le troupeau de mon pâturage, vous les hommes. Moi, je suis votre Dieu... »

 

Ainsi, quand Jésus parle de lui-même comme le berger, le vrai, celui qui entre par la porte et non pas en escaladant sur le côté, il touche au fondement de la foi d’Israël, il bouscule le « Shema Israël, écoute Israël, le Seigneur notre Dieu est UN », il se fait l’égal de Dieu, il prend le rang et la seigneurie de Dieu, il affirme avoir le pouvoir de conduire et de prendre soin du peuple de Dieu comme Dieu seul peut le faire… Au verset 11, Jésus dira carrément « JE suis le bon berger. », c’est-à-dire : ‘Le guide et le Sauveur, c’est moi !’ Les Juifs sont scandalisés par ses propos. Depuis le début d’ailleurs, il choque ses compatriotes par ses affirmations, ce qui suscite certaines réactions violentes comme celles de ceux qui vont tenter de le lapider… (Jean 10:19, 31, 39).

 

Jésus est la porte. Là aussi, nous retrouvons une affirmation forte qui peut nous sembler évidente : oui, Jésus est celui qui nous permet d’aller à Dieu, de retrouver notre relation avec le Père céleste, Jésus est le Médiateur entre Dieu et les hommes, dira l’apôtre Paul dans ses lettres et aussi la lettre aux Hébreux. Jésus s’est mis au milieu, entre Dieu et les hommes, pour restaurer le lien brisé, pour faire la nouvelle alliance, pour rétablir la communion… Jésus est la porte d’entrée vers le royaume de Dieu, par son enseignement il nous permet d’entrevoir ce qu’est une vie où Dieu règne, et il nous encourage à entrer dans la vie qui consiste à vivre sous le règne de Dieu qui est un règne d’amour et de paix, et nous avons tellement besoin de paix en ce monde… Jésus est la porte qui donne accès à ce règne d’amour et de paix, il a été la porte par sa vie et par sa mort, par l’exemple qu’il a donné et par le sacrifice à la croix, il a payé pour nos fautes, et par cet acte d’amour incomparable il a ouvert pour toujours la porte qui conduit à Dieu, pour que nous les pécheurs retrouvions la faveur de Dieu et soyons sauvés… Jésus est la porte qui permet à tout homme d’entrer dans la vie nouvelle avec Dieu et dans la vie éternelle qui est promise à tous.

La porte évoque l'histoire du jardin d'Éden, lorsque les humains, Adam et Ève, sont chassés du jardin des délices, image du royaume de Dieu où trône l'arbre de vie. L'homme qui a désobéi est chassé, et l'accès est fermé, avec des chérubins qui agitent leur épée flamboyante pour l'empêcher d'entrer à nouveau (Genèse 3, 24). Tout ça est très allégorique et en même temps d’une grande actualité lorsqu’on en tire un enseignement pour aujourd’hui : la porte pour aller à Dieu est fermée par le péché des hommes qui essaient de regagner la faveur de Dieu par leur pénitence et leur obéissance, par des rituels de purification, par des sacrifices et des bonnes actions... Mais Jésus balaie tout ça en affirmant : « Je suis la porte. » Plus besoin de sacrifices ni de pénitence, plus besoin de rituels mortifères pour aller vers Dieu. L’accès à Dieu, c’est un homme qui accueille tout le monde, et il ne demande à personne d’être parfait, il demande juste de croire en lui… Le péché, dans l'évangile de Jean, c'est l'absence de foi qui met l'homme en rupture avec Dieu.

Autrefois, la porte du royaume était fermée par le péché, mais Jésus l'a ouverte en donnant sa vie. À Golgotha, le Christ est devenu la porte de Dieu ouverte pour le monde entier…

Mais ce n’est pas évident de regarder l’homme Jésus comme étant la porte qui donne accès à Dieu et à la vie éternelle, car ça voudrait dire qu’on reconnaît en lui la divinité, on reconnaît qu’il est le canal par lequel Dieu sauve le monde. En effet, un simple humain, mortel et pécheur comme nous le sommes tous, peut-il être la porte/le chemin pour entrer dans le royaume de Dieu ? Comment ce Jésus qui va vaciller sous le poids de la croix et mourir de la condamnation des brigands peut-il être la porte de mon salut ? Il faut être Dieu pour cela ! La difficulté des Juifs à croire ce que Jésus affirme ici évoque la difficulté que cela peut constituer pour tout croyant d’accueillir cette parole du Christ : « Je suis la porte »… Ce n’est pas une évidence théologique, c’est une parole qui appelle à croire, Jésus dit qui il est pour que les gens croient en lui et qu’en croyant, ils retrouvent le chemin vers le Père…

 

« C'est moi qui suis la porte des moutons. Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits ; mais les moutons ne les ont pas écoutés. » On peut donner à cette parole de Jésus un sens historique, c’est-à-dire que tous les prédicateurs et autres maîtres à penser qui sont venus avant lui n’ont été que des gens malhonnêtes dont les mauvaises intentions ont été démasquées, et le peuple de Dieu a rejeté leur parole. Mais on peut entendre le texte d’une autre manière, car dans la version grecque, il est dit littéralement : ‘Tous ceux qui sont venus devant moi sont voleurs et brigands.’  Tous ceux qui veulent passer devant le Christ, tous ceux qui veulent mettre en avant leur propre parole et leur propre personne, au lieu de mettre en avant la Parole et la personne du Christ, ceux-là sont des voleurs et des bandits qui viennent pour leur propre intérêt, pour dépouiller et détruire le troupeau de Dieu... C'est très dur d'entendre ça, mais cela nous interpelle sur notre façon de vivre en église, notre façon d’être avec nos frères et sœurs, et sur la place que nous accordons au Seigneur : est-ce que je laisse le Christ parler à son église et dire son amour à ses brebis, cet amour qui va jusqu’au don de sa vie ? Est-ce que je laisse le troupeau de Dieu entendre la voix de son berger ou bien je passe devant lui pour faire entendre ma propre voix ?

 

Regardez la bergerie que décrit le rédacteur de l’évangile : il y a une porte et même un gardien, mais la bergerie est ouverte à tous vents, puisqu’on peut y entrer en escaladant sur le côté. La bergerie, qu’on peut voir comme une image de la communauté des croyants/l’église, est donc présentée comme un lieu ouvert, exposé aux intrusions et aux bandits… Ce qui assure la sécurité du troupeau, ce n’est pas la porte qui ferme à clé ou encore les murs bétonnés avec des grilles métalliques aux fenêtres : la bergerie n’est pas une prison, le troupeau est libre d’aller et venir, il entre et il sort avec le berger. C’est une image pastorale tout à fait banale, mais dans l’enseignement que Jésus donne ici, elle devient capitale pour comprendre la relation entre le Seigneur et ses disciples. La sécurité du troupeau ne dépend pas des mesures de sécurité, elle repose entièrement sur la capacité des brebis à écouter et à suivre la voix de leur berger...

Si l’on considère la bergerie de l’évangile comme la figure de l’église, on peut dire alors que l’église n’est pas une prison où tout est verrouillé, c’est un lieu ouvert où chacun est accueilli. Étymologiquement, l’église, c’est la communauté de ceux qui sont appelés hors de (ecclesia, ekkaleo), c’est-à-dire que les chrétiens n’ont pas vocation à l’enfermement, ils ont vocation à sortir, comme les moutons que le berger mène dehors. Nous avons vocation à aller dehors, au lieu de rester enfermés dans nos convictions, nos pratiques, nos traditions… C’est bien d’être convaincu, c’est bien d’avoir des traditions, il n’est pas question ici de les fustiger comme si elles étaient mauvaises, mais il ne faut pas y rester enfermé… C’est d’ailleurs très intéressant de noter que le texte grec dit littéralement que lorsque le berger a jeté dehors (ekballo) ses propres moutons, il marche lui-même en tête du troupeau. Le verbe employé est extrêmement significatif, il veut dire : chasser, renvoyer, jeter dehors, extraire, expulser. C’est le verbe des exorcismes, abondamment utilisé quand Jésus chasse les démons ; c’est aussi l’un des verbes du jugement de Dieu, quand Jésus dit : « Maintenant a lieu le jugement de ce monde ; maintenant le prince de ce monde sera jeté dehors » (Jean 12, 31), il annonce un jugement irrévocable de Dieu contre l’adversaire/le diabolos dont le châtiment est écrit depuis toujours, et qui est destiné à être chassé, parce qu’il n’a pas sa place parmi les enfants de Dieu... Donc le berger dans la parabole pousse dehors ses propres moutons, comme une chose nécessaire. L’église n’a pas vocation à être un bunker théologique, une prison communautaire qui tient les fidèles et qui empêche les suspects d’entrer…

L’église est ouverte, et ce qui nous préserve des influences néfastes, ce n’est pas le rejet de l’autre ni le repli identitaire, c’est la voix/la Parole/l’enseignement de Jésus, notre berger… Nous sommes en sécurité lorsque nous écoutons le Seigneur, parce que sa Parole protège notre intelligence/entendement du pouvoir que peuvent exercer certaines idées… Face à un discours redoutablement bien tourné et dont l’objectif est de séduire et de détourner la foi loin de l’enseignement de Jésus, la seule mesure efficace consiste à écouter la voix du Seigneur… « Tendez l'oreille, venez à moi, dit Dieu par la bouche du prophète Esaïe, écoutez-moi et vous vivrez. » (Esaïe 55, 3). Écouter Dieu et son Christ qui nous parlent : c’est vital pour la foi…

 

Nous voyons dans le texte qu’entre le Berger et sa brebis, il y a une relation de connaissance réciproque qui est essentielle et qui fait la force et la protection de la brebis. Jésus dit que le berger connaît chaque brebis par son nom, ça rappelle Moïse à qui Dieu dit : « Je te connais par ton nom » (Exode 33, 17), ou encore la vocation du prophète Jérémie : « Avant que je t'eusse formé dans le ventre de ta mère, je te connaissais... » (Jérémie 1, 5) ; ça rappelle aussi la prophétie d’Ésaïe où Dieu dit : « Je t'appelle par ton nom : tu es à moi ! » (Ésaïe 43, 1). Comme Dieu connaît chacune de ses créatures, Jésus le berger connaît chacune de ses brebis personnellement, et elles répondent à son appel parce qu’elles reconnaissent sa voix. Si nous appliquons cela à l’église, on dira que le Maître connaît ses disciples, chacun dans sa situation personnelle, et ses disciples connaissent son enseignement, ils savent discerner sa voix parmi toutes celles qui s’élèvent, ils reconnaissent sans difficulté l’enseignement qui contredit la parole du bon Berger et ils ne suivront pas… Le berger n’a donc pas besoin d’interdire à ses brebis d’écouter la voix des étrangers, il sait qu’elles ne l’écouteront pas, parce qu’elles connaissent bien leur propriétaire. Jésus, le Maître, n’a pas besoin d’interdire à ses disciples d’écouter tel discours, de lire tel ouvrage ou de prendre connaissance d’une croyance/philosophie/doctrine : « Je connais mes brebis et elles me connaissent » dit le Seigneur. Celles et ceux qui ont fait le choix d’appartenir au Christ connaissent la voix du Christ, son enseignement, sa parole, ils ne seront pas entraînés à tout vent de doctrine ou de philosophie…

 

N’allons pas conclure rapidement que cette parabole du berger qui conduit son troupeau est une vision un peu naïve de l’église. L’Evangile est extrêmement réaliste, il ne nous promet pas une vie sans difficulté. La vie en abondance qui est donnée par le bon Berger n’est pas le retour naïf en Éden, c’est une vie avec ses combats/ses épreuves/ses souffrances, mais c’est une vie dont les combats sont portés par la voix/Parole réconfortante et encourageante du Christ, c’est une vie dont les combats sont habités par l’espérance…

 

Conclusion :

Jésus est le berger ET la porte. Il conduit, il protège, il donne la vie à toutes les brebis, il est leur accès à la bergerie et au pâturage, il est leur accès à Dieu, il EST Dieu venu prendre soin et sauver son troupeau…

Jésus est la porte de Dieu, ouverte pour tous les pécheurs, quel que soit ce que nous avons fait. Il est la porte ouverte pour ceux qui trouvent l’existence absurde et ceux qui cherchent à donner un sens à leur vie : pour tous, la porte est ouverte.

Jésus est le Berger qui attend sa brebis pour la faire entrer dans l’enclos. Il ne méprise ni ne rejette personne, mais il fait entendre sa douce voix : veux-tu entrer et écouter la voix du Seigneur ? Elle retentit aujourd’hui pour toi et pour moi. Elle ne juge pas, elle ne condamne pas, elle te porte et te fait entrer dans la vie du Père…

Si les circonstances sont tristes ou difficiles, quel que soit ce qui nous accable, nous sommes dans la main de notre berger. Quel que soit l’obscurité du chemin où nous marchons, et même si nous passons par la sombre vallée de la mort comme dit le psaume 23, Jésus-Christ notre berger est avec nous pour nous faire entrer dans les demeures éternelles.

La situation actuelle est-elle sans issue ? S’agit-il d’un terrible dilemme ? Est-ce l’échec ou la ruine des projets qu’on a portés ? Est-ce un enfant, un être cher qui est sujet de souffrance ? Dans toutes ces situations, nous ne sommes pas seuls : Christ est le berger qui nous connaît, il ne nous abandonnera pas... Il ouvrira encore la porte de son amour pour nous donner force, consolation et espérance. Jésus est le berger qui marche devant son troupeau, cela signifie qu’il conduit toutes choses. Il est notre secours et notre paix. Nous pouvons placer notre foi en lui, car il est venu pour nous donner la vie abondante qui déborde jusque dans l’éternité. Amen.

 

Publié le 13/05/2017 @ 12:02  Prévisualiser  Imprimer l'article
DébutPrécédent [ 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 ] 10 pages suivantesSuivantFin
Archives
05-2017 Juin 2017 07-2017
L M M J V S D
      01 02 03 04
05 06 07 08 09 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30    


^ Haut ^