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Dimanche 1 mai 2016 - par Jean-Philippe Barde

PREDICATION EPU VERSAILLES 1ER MAI 2016
Jean-Philippe Barde


Ap 21, 1-25
Jn 14, 15-29
« Je m’en vais et je reviendrai vers vous » (Jn 14, 28)
Dans les lectures de la liste de la FPF pour ce dimanche, j’ai introduit quelques modifications ; d’abord en prolongeant un peu le texte de Ap 21, du verset 1 au v. 24 (au lieu de 10 à 23), ainsi que le texte de Jean (15-29 au lieu de 23-29). Ensuite, en omettant le long texte du Livre des Actes (15, 1-29), afin de pouvoir concentrer la méditation de ce matin.
Car en ce dimanche de la sixième semaine de Pâques, voici deux textes immenses, selon toute vraisemblance du même auteur : Jean. Jean l’évangéliste, mais aussi le prophète, auteur du livre de l’Apocalypse. Ces deux textes nous mettent en présence de la vision eschatologique de la Bible, de l’accomplissement, cette tension qui traverse toutes les Écritures, depuis le livre de la Genèse.
Nous sommes dans le temps liturgique de Pâques ; dans ce contexte, les chapitres 14 à 17 de l’Évangile de Jean sont à la fois un testament de Jésus, avant sa passion, un passage de témoins, et l’annonce du Saint Esprit : « Je ne vous laisserai pas orphelins ».
Au chapitre 13, Jésus célèbre la Pâque juive et, avec le geste ineffable du lavement des pieds des disciples, annonce déjà sa passion. Au chapitre 14, Jésus précise un peu plus aux disciples qu’il va partir, mais qu’il reviendra, qu’il ne les abandonnera pas, qu’il leur enverra l’Esprit de vérité, le Consolateur, le Saint Esprit.
Avec cette parole : « Je m’en vais et je reviendrai vers vous » (Jn 14, 28), et que j’ai choisi pour thème de cette prédication, Jésus annonce à la fois sa résurrection, mais aussi son retour et son règne éternel annoncés dans le Livre de l’Apocalypse, et singulièrement dans les chapitres 21 et 22.
Ainsi, tout en nous plongeant dans le message pascal, ces textes s’inscrivent au cœur de la vision eschatologique de la venue et de l’accomplissement du Royaume, de la restauration d’Israël, des nouveaux cieux et de la nouvelle terre, de la Jérusalem céleste.
Vision et espérance qui, soulignons le, traversent toutes les Écritures. Selon toute vraisemblance, Jean était un « Cohen », un prêtre juif, probablement un grand prêtre. Jean est aussi, le disciple, l’auteur du 4ème Évangile ; enfin, le prophète, le témoin de la future gloire de son Seigneur et qui nous transmet l’ultime révélation des choses à venir. Grand prêtre, évangéliste, disciple, prophète : comme nous le verrons, quelle extraordinaire récapitulation des écritures !

2
En disant cela, je me sens bien petit devant ces textes qui, en révélant des horizons glorieux mais aussi des combats, nous ouvrent à une intelligence renouvelée des Écritures. En présence d’une telle immensité, c’est avec une grande humilité que je voudrais ce matin essayer de vous transmettre quelques bribes de cette espérance, de cette tension eschatologique qui ne doit cesser d’être la notre :
« Je m’en vais et je reviendrai vers vous » L’Apocalypse, 66ème livre de la Bible, est un livre à la fois célèbre et mal connu, peut-être aussi mal aimé, où que l’on préfère occulter, mettre de coté. Sans doute par une mauvaise interprétation de son titre, puisque le mot Apocalypse en Grec ne signifie pas « « fin du monde ou destruction », mais : « révélation, dévoilement ». Le premier verset de ce livre commence effectivement par les mots : « Révélation de Jésus-Christ ».
Même s’il annonce des évènements redoutables et des tribulations, L’Apocalypse est d’abord le livre de l’ultime révélation du dessein de Dieu. Les traductions anglaises de la Bible l’intitulent effectivement, et plus judicieusement : « Révélation ».
Dans l’imaginaire populaire, le mot Apocalypse est indissolublement lié à : catastrophe, cataclysme, dévastation, malheur, terreur et mort…Lorsque l’on parle de « vision apocalyptique », ce n’est jamais pour susciter l’espérance. On évoque souvent des apocalypses (au pluriel) avec, par exemple, une filmographie abondante : « Apocalypse now », « Les cavaliers de l’Apocalypse », « Apocalypse Hitler », « Apocalypse Verdun » etc. L’histoire du 20ème siècle et l’actualité récente, qu’ils relèvent de la géopolitique ou des menaces sur la planète, font véritablement de « l’apocalypse-catastrophe » une préoccupation réelle, voire une obsession de nos contemporains, un concept négatif une vision profondément pessimiste de l’avenir. Un futur sans espérance…
Or dans la Bible, le livre de l’Apocalypse, dernier livre du NT, est l’annonce et la révélation non d’une fin, mais d’un accomplissement, d’une radicale nouveauté. C’est un livre, non pas de cataclysmes ou de destructions (même s’il y a vision de violents combats), mais un livre d’espérance, d’attente de victoire ; vision de l’ultime et complète espérance du retour du messie. Ce Livre nous annonce que « Jésus Christ viendra régner 1000 ans sur la terre avec les rachetés, avant de vivre avec eux l’éternité du bonheur qui leur est réservée ». (Alexander p. 24). Les Écritures comportent deux apocalypses : celle du Livre de Daniel et l’Apocalypse de Jean. Mais cette annonce cette tension eschatologiques, de la restauration d’Israël, traversent toutes les Écritures. Le livre de Daniel (7, 13-14) annonce la venue du fils de l’homme : « …et voici que sur les nuées du ciel, arriva comme un fils d’homme ; il s’avança vers l’Ancien des jours, et on le fit approcher de lui. On lui donna domination,

3
honneur et royauté ; et tous les peuples, les nations et les hommes de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle qui ne passera pas, et sa royauté ne sera jamais détruite ». On peut également citer, entre autres, Es 60 (« Lève-toi, sois éclairée car ta lumière arrive et la lumière de l’Eternel se lève sur toi (v.1) » et Es 66, 22 : « Car, comme les nouveaux cieux et la nouvelle terre que je vais créer subsisteront devant moi, dit l’Eternel, ainsi subsisteront votre postérité et votre nom ».
Ce ne sont que quelques exemples, parmi bien d’autres, qui font écho au livre de l’Apocalypse.
Dans son ouvrage sur l’Apocalypse1 John H. Alexander, écrit : « De la Genèse à l’Apocalypse, l’histoire de l’humanité se déroule, gigantesque parenthèse entre l’éternité du passé et celle du futur. Étudier et découvrir la Genèse, c’est mieux saisir le sens de l’Apocalypse ; méditer l’Apocalypse, c’est mieux comprendre les secrets de la Genèse ».
Sur un total de 405 versets, l’Apocalypse contient 285 citations textuelles du Premier Testament : « C’est donc le livre du NT où la densité vétéro-testamentaire est la plus forte (en moyenne cinq citations pour sept versets) »2
- Ces annonces du Royaume et du jugement sont explicites et répétées dans le Nouveau Testament. Déjà, Jean-Baptiste annonce le jugement : « …Repentez vous, car le Royaume des cieux est proche…Il a son van à la main… (Mt 3)».
À l’époque de Jésus, alors que la domination romaine, brutale et cruelle, fait naître l’espoir d’une libération divine, les apocalypses juives sont nombreuses. Les questionnements des disciples de Jésus sur le « quand et le comment » s’inscrivent dans le contexte de ces inquiétudes et de cette attente apocalyptique. De fait, les Évangiles font de nombreuses allusions aux derniers temps. Dans MARC 13, Jésus fait référence aux révélations du prophète Daniel, que nous venons de citer, ainsi que dans Mt 24 : « …C’est pourquoi, lorsque vous verrez l’abomination de la désolation dont a parlé le prophète Daniel…(24, 15 ) ».
Dans Luc 21, Jésus annonce également « …il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles… (v. 25)»
En fait, la plupart des paraboles de Jésus sont des paraboles du Royaume et de la fin des temps, par exemple :
- Les huit paraboles du Royaume dans Mt 13 : le semeur – le grain de sénevé –
le levain – l’ivraie – le trésor caché – la perle de grand prix – le filet.
- les chapitres 24 et 25 de Matthieu :
1 J.H. Alexander, L’Apocalypse, verset par verset, Maison de la Bible, Genève-Paris 1996
2
(J.H. Alexander, p. 31).
4
- « Pour ce qui est du jour et de l’heure, personne ne le sait...(24, 36).
- La parabole des dix vierges (« sages » et « folles » Mt 25) : il faut être
prévoyant, car au temps voulu, la porte sera définitivement fermée (« je ne
vous ai jamais connues… ») ;
- la parabole des talents (Mt 25, 14) ;
- la parabole des noces où le Roi invite tout le monde à son banquet, mais il
faut s’y préparer en revêtant l’habit de noces (Mt 22)…
Toutes ces parabole nous disent : « tenez vous prêts » et nous préviennent que c’est folie que de se dire : « j’ai le temps… ». Au contraire, il ne faut pas rater le rendez vous…rester vigilants, veiller et prier, discerner les signes, même si nous ne connaissons ni le jour, ni l’heure…
On nous met en garde : il y aura de faux Christ, de faux prophètes, des imposteurs,
des gourous, des magiciens, des idéologues, des idoles païennes envahissantes :
idoles de l’argent, du pouvoir, du sexe, de la technique, des nouvelles religions
offertes au super marché de la spiritualité, « New Age » sectes diverses etc.
En ces temps présents, il suffit d’ouvrir les yeux, on s’y croirait…
Déjà, cette attente de la révélation est inscrite dès le livre de la Genèse : « Que la
lumière soit ! » (Gn 1, 3). Selon la tradition juive, cette lumière serait déjà une
annonce de la venue du messie, prévue par Dieu de toute éternité : annonce de celui
qui dira : « Je suis la lumière du monde ». Annonce de Celui « …qui est, qui était et
qui vient » et « qui fera toutes choses nouvelles » nous dit le livre de l’Apocalypse.
____________
Ces quelques remarques ne font qu’effleurer l’infinie richesse de ces textes. Mais
quelle peut-être le message, l’interpellation pour nous, aujourd’hui ?
Je crois que nous est posée la question de notre positionnement dans le
temps et le projet de Dieu : si notre ultime attente est le retour du Seigneur, il nous
incombe de préparer ce retour, préparer ses chemins : c’est ce à quoi nous exhorte
toute la Bible.
En effet, frères et sœurs, quelle est notre attente ? Notre ministère, notre
sacerdoce universel d’annoncer le Royaume n’est-il pas précisément cette
préparation à accueillir l’Épouse décrite dans le Livre de l’Apocalypse ?
« 9
Puis un des sept anges qui tenaient les sept coupes remplies des sept dernières
plaies vint et me parla, en disant : Viens, je te montrerai l'épouse, la femme de
l'Agneau » (Ap 21, 9).
Ultime révélation…Mais qui est l’Épouse ? L’Église (pour autant qu’on puisse la
définir), comme on le pense souvent ? Le texte de l’Apocalypse nous dit autre
chose : « Et je vis la ville sainte la nouvelle Jérusalem qui descendait du ciel d'auprès
5
de Dieu, préparée comme une fiancée parée pour son époux (Ap 21, 2)». La suite
du chapitre 21 décrit la Jérusalem précieuse et magnifique qui descend du ciel.
L’épouse est la Jérusalem céleste, au milieu des nouveaux cieux et de la nouvelle
terre. Déjà, le Premier Testament présente la terre d’Israël comme une épouse, et la
ville de Jérusalem comme une fiancée qui se prépare pour son époux.
L’Épouse, dans sa perfection, est la création nouvelle, préparée pour le Christ qui y
habitera.
Cette création que nous ne cessons actuellement de défigurer matériellement, par
les destructions de notre planète, mais aussi spirituellement par notre péché et
toutes sortes compromissions spirituelles. Cette création qui, nous dit Paul dans
Romain 8, est en attente du retour du Christ :
« 19Aussi la création attend-elle avec un ardent désir la révélation des fils de Dieu.
20Car la création a été soumise à la vanité — non de son gré, mais à cause de celui
qui l'y a soumise — 21avec une espérance : cette même création sera libérée de la
servitude de la corruption, pour avoir part à la liberté glorieuse des enfants de Dieu.
22Or, nous savons que, jusqu'à ce jour, la création tout entière soupire et souffre les
douleurs de l'enfantement ».
Et l’apôtre Pierre nous dit : « Mais nous attendons, selon sa promesse, de nouveaux
cieux et une nouvelle terre où la justice habitera (1P 3, 13) ».
Le Pasteur Philippe André a intitulé son ouvrage, commentaire de l’Apocalypse, du
beau titre : « Un jour, mon prince viendra 3
».
Quel est donc ce « prince » ?
Le livre de l’Apocalypse, nous l’avons vu, clôt le canon des Écritures par une
magistrale récapitulation de l’attente eschatologique de la Parousie :
• retour du Christ qui, en célébrant la Pâque juive avec ses disciples, leur
annonce : « je m’en vais et je reviendrai vers vous ».
• mais aussi annonce de la Jérusalem céleste, qui sera la complète et définitive
restauration d’Israël.
On ne peut dès lors que se poser la question : cette vision prophétique, de
dévoilement du livre de l’Apocalypse n’est-elle pas l’ultime révélation, à la fois du
retour de Jésus et de la venue du messie d’Israël ? Un seul et unique
accomplissement ?
Ainsi se trouvent récapitulées toutes les Écritures, Premier et Nouveau Testaments.
Ainsi est confirmée et définitivement scellée notre indissoluble destinée spirituelle
avec le peuple d’Israël.
3
Philippe André, Un jour, mon prince viendra, étude sur l’Apocalypse, Édition Foi et Victoire, 2010.
6
L’ange dit à Daniel : « Toi Daniel, tiens secrètes ces paroles et scelle le livre
jusqu’aux temps de la fin » (Daniel 12,4).
Mais dans le livre de l’Apocalypse, Dieu dit à Jean : « Ne scelle point les paroles de
la prophétie de ce livre, car le temps est proche » (Ap, 22, 10).
Ce qui était resté scellé, est maintenant dévoilé. Plus besoin de temple pour telle
ou telle religion, peuple ou confession : la nouvelle Jérusalem est le temple ultime et
la demeure du peuple de Dieu rassemblé et réconcilié dans Yeshua, le Messie
d’Israël :
« Je n'y vis pas de temple, car le Seigneur Dieu Tout-Puissant est son temple, ainsi
que l'Agneau (v. 22)».
L’histoire biblique commence par un jardin (Éden) et se termine, ou plutôt s’accomplit
dans une ville donnée par Dieu et qui est son temple définitif.
« Je m’en vais et je reviendrai vers vous »
Notre attente, frères et sœurs, est celle du Messie d’Israël en qui tout sera réconcilié,
Juifs et non Juifs.
Notre attente est celle de cet accomplissement à venir, toujours imminent, de la
nouvelle création.
Notre attente est la préparation des chemins du Seigneur.
Notre attente est ce cri, cet appel : « Maranatha ! Viens Seigneur Jésus !».
Notre attente est cette certitude manifestée chaque fois que nous célébrons la Sainte
Cène : « Toutes les fois que vous mangez de ce pain et que vous buvez de cette
coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne (1 Co 11, 26)».
Frères et sœurs, préparons nous pour les noces de l’Agneau, le retour de l’Époux.
« Celui qui était assis sur le trône dit : Voici, je fais toutes choses nouvelles. Et il dit :
Écris, car ces paroles sont certaines et vraies » (Ap 21,5).
AMEN !

Publié le 06/05/2016 @ 17:37  Prévisualiser  Imprimer l'article

Dimanche 14 février 2016 - par Jacques Bosch

Prédication de Jacques Bosch au Centre Huit – 14 février 2016

Ps 138 p154 str123
48-05 p736 str123
48-07 p766 124
Thème : « La tentation de Jésus ».
Deutéronome 26 v4 à 10
Romains 10 v8 à 13
Luc 4 v1 à 13


Evangile selon Luc chapitre 4, versets 1 à 13

Frères et sœurs,
La tentation, bien sûr vous connaissez, nous connaissons et, peut-être même sûrement, il vous est arrivé, il nous est arrivé d’y succomber.
Colères, gourmandises, mensonges, convoitises et ce que l’Eglise a appelé « la tentation de la chair »…
La liste pourrait être longue de ce que Luther appelait : « les péchés de poupée ».
Nous connaissons bien cette petite voix intérieure qui n’approuve pas, qui met en garde et que l’on essaye par des raisonnements plus ou moins spécieux de faire taire … et qui finit par se taire …. au grand détriment de la morale, de la bienséance, voire de la loi civile … sans oublier la Loi de Dieu.

La tentation à laquelle Jésus se trouve confronté est, comme nous allons le voir, d’une toute autre nature.
Tout d’abord se pose la question : Qui est l’auteur de la tentation ?
Qui tente Jésus ? Satan ? Dieu ? Jésus lui-même ?
Les 3 évangiles synoptiques n’hésitent pas et désignent le Diable. Encore que Marc soit sur ce point plutôt succinct !
Nombreux ont été les peintres en particulier au Moyen Age qui ont illustré, représenté la tentation de Jésus, influencés qu’ils étaient par leur imagination plus au moins délirante, rejoignant l’iconographie religieuse de l’époque. C’est ainsi que plusieurs toiles nous montrent Jésus aux prises avec un Diable cornu à longue queue et aux pieds fourchus.
On peut espérer que personne aujourd’hui ne se représente plus de cette façon la tentation de Jésus, que plus personne n’affuble Satan de cette image caricaturale qui le rendrait si facilement identifiable alors qu’il préfère, comme le dit Paul, se déguiser en ange de lumière beaucoup plus difficile à démasquer. C’est ainsi qu’il va soumettre Jésus à une épreuve d’autant plus difficile et insidieuse qu’elle aura les apparences de sa mission divine.

La scène que nous rapportent les évangiles, ce combat intérieur auquel est soumis Jésus n’a certes pas eu de témoins et l’on peut s’interroger sur les sources d’information de Marc d’abord, puis des autres évangélistes.
Jésus leur en a-t-il parlé ? Y a-t-il fait des allusions ?
La question reste ouverte.
Jésus est au désert où, après son baptême au Jourdain, l’Esprit l’a poussé.

Le désert – ce lieu où l’homme éprouve la solitude la plus totale, solitude qui peut rapprocher de Dieu ainsi qu’en ont fait l’expérience bien des grands mystiques, mais qui peut aussi  par le dénuement et la vulnérabilité qu’elle entraîne, amener l’homme à douter de la présence de Dieu et à éprouver un sentiment d’abandon.

Au désert pendant 40 jours
Notons tout d’abord la force symbolique du chiffre 40.
40 jours de pluie au déluge.
40 années pendant lesquelles, après sa sortie d’Egypte, le peuple d’Israël, délivré de l’esclavage, est conduit vers la terre promise, en suivant le chemin fixé par Dieu, d’étape en étape au travers du Sinaï au pied des monts de l’Horeb.
40 années pendant lesquelles sous la conduite de Moïse le peuple passe d’épreuve en épreuve mais aussi de délivrance en délivrance : la faim … la soif … la manne … les cailles … l’eau.
Autant de péripéties au cours desquelles Israël se révolte parfois et doutant de la présence de Dieu, en vient à être tenté de demander à Dieu la preuve de sa présence.
« Dieu est-il parmi nous ou n’y est-il pas ? »
La tentation s’inverse : ce n’est ni Dieu ni Satan qui tente Israël mais …. c’est Israël qui tente Dieu.

Au désert, le peuple, privé de tous les éléments de repères et de sécurité de vie dans un environnement normal, sans chemin balisé, sans provision, le peuple est appelé :
à marcher au jour le jour par la foi et non par la vue.
à marcher en s’appuyant sur la promesse et la parole reçue avec l’aide de signes de la présence de Dieu.
Au désert, Jésus est dans une situation analogue.
Il a reçu le baptême, il a entendu la parole : « Tu es mon Fils bien aimé, aujourd’hui je t’ai engendré »
Mais il est pleinement homme et vit les contingences matérielles de son humanité et tout d’abord la faim.
Ce besoin physique devient impérieux et le désert n’offre aucune ressource matérielle pour apaiser la faim.
Alors qu’il s’agisse de l’intervention de Satan, en tant que personne identifiable.
Ou que d’un dialogue intérieur ait pu germer, dans l’esprit de Jésus, l’idée :
si tu as  vraiment entendu la parole d’onction de l’Esprit, « tu es mon Fils bien aimé » ?
si tu es vraiment le Fils de Dieu ?
alors rien ne t’empêche d’ordonner à ces pierres de devenir des pains !
Ne pourrait-on pas oser dire que le Fils de L’Homme est tenté de demander au Fils de Dieu de lui donner la preuve de sa divinité ?
Inutile, je pense, de souligner l’importance de la conjonction « si », elle constitue l’arme la plus efficace de la tentation, du tentateur ?
Si tu es le Fils de Dieu … (Je sais que tu l’es) …. Alors comporte-toi en conséquence !
Demander un signe extraordinaire, en quelques sorte une preuve de ta filiation, de ta mission n’entrainerait-elle pas la mort de ta foi car elle serait la négation de ta confiance ?
La réponse de Jésus le rend vainqueur de cette première tentation :
« L’Homme … et Jésus est pleinement homme, ne vivra pas de pain seulement mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ».
Si Jésus avait suivi l’idée que Satan a peut-être fait germer dans son esprit
Cette idée, qui en soit n’avait rien de mauvais car elle reposait sur une totale confiance en l’amour de son Père, pouvait sembler être dans le droit fil de sa vocation. Elle lui permettait en outre de ne pas mourir de faim et donc de remplir son ministère.
Si Jésus avait mis son Père à l’épreuve en demandant un signe miraculeux …
L’exaucement aurait été la preuve qu’il était bien le Fils de Dieu mais sa foi, sa confiance en la parole reçu serait devenue sans objet.
A contrario,  le non exaucement, le silence de Dieu, le refus du miracle n’aurait-il pas entraîné la mort du Fils.
Et pourtant, Jésus le réalisera plus tard ce miracle de la multiplication des pains mais
non pas pour lui-même : pour 5000 hommes.
non pas à partir des pierres du désert mais de 5 pains et de 2 poissons, mis à disposition par un jeune garçon.

Les deux autres tentations, rapportées par Matthieu et Luc, que Satan propose à Jésus :
Sauter du haut du Temple face à la foule
Recevoir la puissance, la gloire, des royaumes terrestres
semblent, à première vue, non seulement compatibles elles aussi avec sa mission, mais même de nature à la faciliter.
La deuxième en particulier, s’appuie sur des passages de l’Ecriture dont Satan se fait le porte parole :
« Il donnera des ordres à ses anges de te garder et de te porter sur leurs mains ».
Ces deux tentations visent de donner à Jésus une investiture terrestre de sa messianité et par là même à confondre ses opposants, à les rallier à son autorité, à lui donner gloire et puissance, en un mot à asseoir tout de suite son règne.

L’Eglise chrétienne a, très vite et tout au long de son histoire, cédé elle aussi à ces tentations de puissance, de gloire, de goût du surnaturel …
Mais cette puissance, cette gloire, l’usage de forces surnaturelles, Jésus les refuse comme il refusera de descendre de la Croix …
… préférant respecter la liberté de chaque homme de le suivre, de choisir entre le Bien et le Mal, la vie et la mort, choix souvent difficile. Quant à cette liberté, n’est-elle pas jugée redoutable, inconfortable et souvent peu appréciée ?
Au début de notre méditation, nous avons posé la question : Qui est le tentateur ?
Dans la traduction de la TOB du « Notre Père », lorsque nous prions : « Ne nous soumets pas à la tentation », nous semblons affirmer que Dieu serait un tentateur.
Or l’épître de Jacques nous dit :
« Chacun est tenté par sa propre convoitise qui l’entraîne est le séduit. Les épreuves, les tentations surviennent toutes seules mais Dieu peut les utiliser pour parler aux hommes.
La traduction Segond du « Notre Père » semble avoir résolu la difficulté :
« Ne nous laisse pas succomber à la tentation ».
Pour terminer, un théologien a proposé d’éclairer le débat en ajoutant quelques mots à la traduction de la TOB qui devient :
« Ne nous soumets pas à la tentation … de douter de ta présence et de ton amour ».

Amen. Jacques Bosch
 

Publié le 15/02/2016 @ 20:24  Prévisualiser  Imprimer l'article
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