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Dimanche 04 février 2018 - par Ruth-Annie Coyault

Prédication du dimanche 4 février 2018 à Versailles

Culte avec le groupe œcuménique de prière de Notre-Dame

 

Marc 1, 29-39 Guérisons à Capharnaüm

Et aussitôt, sortant de la synagogue, il vint dans la maison de Simon et d'André, avec Jacques et Jean. Or la belle-mère de Simon était au lit avec la fièvre, et aussitôt ils lui parlent à son sujet. S'approchant, il la fit se lever en la prenant par la main. Et la fièvre la quitta, et elle les servait.

Le soir venu, quand fut couché le soleil, on lui apportait tous les malades et les démoniaques, et la ville entière était rassemblée devant la porte. Et il guérit beaucoup de malades atteints de divers maux, et il chassa beaucoup de démons. Et il ne laissait pas parler les démons, parce qu'ils savaient qui il était.

Le matin, bien avant le jour, il se leva, sortit et s'en alla dans un lieu désert, et là il priait. Simon et ses compagnons le poursuivirent et, l'ayant trouvé, ils lui disent : « Tout le monde te cherche. » Il leur dit : « Allons ailleurs, dans les bourgs voisins, afin que j'y prêche aussi, car c'est pour cela que je suis sorti. » Et il s'en alla à travers toute la Galilée, prêchant dans leurs synagogues et chassant les démons.

 

PRÉDICATION

Nuit de guérisons à Capharnaüm. On est souvent mal à l’aise avec les guérisons miraculeuses et les exorcismes dont parle la Bible, parce qu’un Jésus qui enseigne, qui débat avec les rabbins et défend les plus faibles est plutôt sympathique, mais un Jésus qui vient à bout des toutes les maladies et des possessions démoniaques, c’est plus que ne peut faire un simple mortel, c’est un Messie qui maîtrise le surnaturel, et c’est trop déconcertant… On en vient à ses dire que tous ces exorcismes et ces miracles, nous n’en faisons pas l’expérience dans notre quotidien, donc ils ne font pas sens pour nous, on ne voit pas bien comment ils sont encourageants pour notre foi. Pourtant, derrière les guérisons que Jésus va accomplir dans cette nuit à Capharnaüm, l’évangile veut nous livrer un message pour notre foi.

L’évangile de Marc parle de la croix tout en déconstruisant la figure du disciple, pour montrer que c’est l’événement de Pâques qui permet de comprendre qui est réellement le Christ, c’est l’événement de Pâques qui fait naître la foi, c’est à partir de cet événement qu’on devient un disciple au service de Jésus-Christ. Et c’est pour cela que la guérison de la belle-mère de Pierre est racontée comme une mort et une résurrection : elle était couchée avec de la fièvre, et le Christ la fait se lever, avec le verbe de la résurrection (egeiro), pour dire que par l’œuvre de Jésus à la croix, l’humain qui était mort dans ses péchés est relevé, est rendu à la vie...

Les guérisons multiples à Capharnaüm sont porteuses du message selon lequel Jésus est mort sur la croix pour sauver les pécheurs. Le récit contient des détails qui connectent avec la mort et la résurrection de Jésus, pour que le lecteur comprenne que le cœur de la proclamation de la bonne nouvelle, c’est que le salut de tous les hommes est donné par Jésus à la croix où il meurt. À la croix, le Christ a porté les maladies de notre âme, les infirmités de notre péché, il a vaincu la puissance de l’ennemi qui veut envahir et abîmer l’existence humaine, et c’est cette victoire du Christ que l’évangéliste Marc proclame à travers les guérisons et les exorcismes nombreux qui sont accomplis à Capharnaüm. À la croix, le Christ a défait le prince des ténèbres, il a livré un combat victorieux contre la nuit du mal, la nuit du péché, la nuit de la souffrance des hommes, et c’est pour cela que nous est racontée toute une nuit (opsias) de guérisons qui se termine à l’aube (proi), exactement comme la nuit de la passion et l’aube de la résurrection du Christ :

-       de nuit (opsias) Jésus est arrêté, après avoir pris la cène avec ses disciples (Marc 14, 17),

-       de nuit il est mis au tombeau par Joseph d’Arimthée (Marc 15, 42),

-       et à l’aube (proi) du troisième jour, Jésus est ressuscité (Marc 16, 2-9)…

Dans l’histoire de Pâques, les premiers témoins sont des femmes, et à Capharanüm, Jésus commence par guérir une femme qui entre aussitôt à son service (diakonéo), exactement comme les premiers témoins de la résurrection dont il est dit qu’elles servaient le Seigneur (Marc 15, 41)… Nous sommes au premier chapitre de l’évangile, et il y a une femme guérie par le Seigneur qui se met à son service, et à la fin de l’évangile, on retrouve une autre femme qui a été guérie par le Seigneur, c’est Marie de Magdala (Marc 16, 9).

L’histoire de la croix est bel et bien là dans ce récit de guérison surprenant où ceux qui devraient parler pour exprimer leur joie d’avoir été guéris se taisent, et ceux qui parlent sont muselés par le Seigneur parce que ce sont des démons, et parce qu’ils le connaissent. Ça c’est étonnant : les démons veulent parler de Jésus parce qu’ils le connaissent, et les disciples qui marchent avec lui et l’accompagnent dans la mission ne disent rien… Les démons ont reconnu tout de suite Celui qui est venu pour les chasser, ils ont reconnu le Christ qui va les vaincre à la croix, comme dit l’apôtre Paul dans sa lettre aux Colossiens : « Il a dépouillé les dominations et les autorités, et les a livrées publiquement en spectacle, en triomphant d'elles par la croix… » (Colossiens 2, 15).

Donc les démons tremblent devant Jésus, ils parlent non pas parce qu’ils le reconnaissent comme Seigneur à qui ils se soumettent, mais parce qu’ils veulent lui faire une mauvaise publicité comme ça a été le cas avec le démoniaque assis à la synagogue dans le récit précédent, il disait à Jésus : « Je sais qui tu es, tu es le saint de Dieu, tu es venu pour nous perdre… » (Marc 1, 24). Les démons veulent parler de Jésus d’une manière subversive qui peut être contre-productive pour la mission, or il ne faut pas parler trop tôt, car le Christ n’a pas encore été révélé, il faut attendre la croix, l’aube de Pâques et le tombeau vide pour pouvoir dire qui est Jésus et ce qu’il a fait. Les esprits démoniaques veulent précipiter les choses, mais Jésus les fait taire, parce qu’il ne veut pas de cette publicité, il ne veut pas qu’on parle de sa puissance et de son autorité, ça ferait oublier qu’il est le serviteur souffrant qui est venu pour faire la volonté de son Père… Jésus ne veut pas que les démons parlent de lui parce que leurs paroles ne lui rendent pas témoignage. Le vrai témoignage qui révèle le Christ arrive à la fin, lorsque le soldat au pied de la croix voit le Seigneur mourir et déclare : « Assurément, cet homme était Fils de Dieu. » (Marc 15, 39).

Le silence imposé aux démons est donc une façon de nous faire comprendre d’une part que ce ne sont pas les esprits mauvais qui peuvent confesser le Christ (l’empire du diable ne glorifie pas le Fils de Dieu !) ; et d’autre part, on ne peut parler du Seigneur qu’après la croix et à partir de la croix, c’est-à-dire lorsque tout est accompli, lorsque le Messie a remporté la victoire. On ne peut parler de Jésus que pour dire son œuvre salutaire qui passe par Golgotha, si on parle de lui pour dire autre chose, alors ce ne sont que des mots vides de sens qui ne contribuent pas à dire la bonne nouvelle de Jésus-Christ, ce n’est que vanité et poursuite du vent, comme dit l’Ecclésiaste… Si on parle de Jésus pour dire combien il est gentil, compatissant, sympa avec les pauvres, etc., c’est bien, mais on ne dit pas l’essentiel, à savoir qu’il est mort à la croix et ressuscité le troisième jour et qu’il a donné sa vie pour nous… Si on évite ou si on n’arrive pas à dire le cœur de la foi chrétienne en parlant de Jésus (et le témoignage chrétien n’est pas si évident que cela), c’est qu’on n’a pas encore compris qui est Jésus ni ce qu’il a fait pour nous, alors il faut se taire et attendre que le Christ nous soit révélé dans le cœur, par la foi, comme le soldat au pied de la croix, et là nous pourrons parler…

Vous avez remarqué que les disciples sont actifs auprès de Jésus, ils s’affairent pour aller le chercher quand il s’éloigne pour prier. On peut entendre ci que le disciple est celui qui cherche le Seigneur ou qui parle au Seigneur pour les autres. D’une certaine manière, ils sont médiateurs entre le Christ et leurs semblables, c’est le principe de l’intercession : nous cherchons la face du Seigneur et nous lui nous parlons de tous ceux qui ont besoin de lui.

Autre détail important : ce sont les gens qui viennent à Jésus et lui amènent les malades, lui n’a rien demandé, et toute la ville est venue devant sa porte, et après on ne voudra plus qu’il parte, mais Jésus n’accède pas à la demande de ceux qui veulent le garder pour eux, il s’en va annoncer l’évangile ailleurs. Je crois que l’évangéliste Marc veut affirmer ici que Jésus-Christ est la bonne nouvelle que le monde attend, c’est pourquoi toute la ville est là.

Jésus est celui qui sauve et guérit l’homme, l’évangile nous exhorte donc à aller vers lui, pour apporter au Sauveur toutes nos maladies, nos infirmités, tout ce qui nous déforme spirituellement et nous empêche de le servir. Allons à Jésus avec tout ce qui fait de notre vie un enfer, tout ce qui nous consume de l’intérieur et nous maintient couchés dans la souffrance… Allons à Jésus et confions-lui tout ce qui nous brûle à l’intérieur, dans notre cœur/corps/âme, car c’est pour cela qu’il est venu, pour accueillir cette souffrance et nous guérir, pour être à l’écoute de nos douleurs et nous procurer la paix, pour nous tendre la main, nous relever et nous sauver…

Ouvrez la porte de vos cœurs, dit le Seigneur, allez à lui tels que vous êtes. Oui, présentons-nous devant lui en toute sincérité, ne lui cachons pas ce qui nous affecte et nous angoisse, car son cœur à lui est ouvert pour chacun de nous. Le Christ a souffert les ténèbres de Golgotha pour mettre fin à notre nuit intérieure, il est venu pour que le jour se lève dans nos vies, il est venu dire à l’homme qui souffre/qui est tourmenté par la culpabilité et le mal que la grâce est disponible. Le Ressuscité a vaincu la mort pour venir tendre la main à tous ceux qui sont couchés dans la mort : la mort d’une situation sans issue, la mort du péché qu’on a commis et dont la conscience nous pèse, la mort d’une épreuve ou d’une situation de santé dont nous savons que l’issue est fatale… Le Ressuscité est venu pour donner à tous l’espérance et l’assurance que l’existence humaine est sous le regard de Dieu, elle fait l’objet de toute son attention, même si l’homme pense parfois que Dieu ne se soucie pas de lui.

La vie de l’homme avec ses douleurs, c’est le terrain par excellence du kérygme, c’est le lieu de la proclamation de la bonne nouvelle. La bonne nouvelle que Jésus annonce n’est pas une proclamation désincarnée qui vise juste à procurer des satisfactions intellectuelles pures et simples, ce n’est pas un discours pour fanfaronner du haut de la chaire et puis après chacun rentre chez soi, la bonne nouvelle que Jésus prêche est un message qui rejoint chacun dans le concret de sa vie. C’est dans la réalité de notre existence que l’évangile est une bonne nouvelle et que l’exhortation biblique prend tout son sens, pour encourager celui qui souffre et lui redonner espoir…

Il faut que la parole du Christ entre dans les maisons pour parvenir à ceux qui attendent une bonne nouvelle de la part de Dieu. C’est pour cela que Jésus sort de la synagogue et se rend à la maison (là où la bonne nouvelle est au contact du réel), c’est pour cela aussi que l’évangile lui fait passer cette nuit de guérisons qui s’achève au matin quand le jour va se lever, pour dire qu’en Jésus-Christ un jour nouveau se lève, une vie nouvelle commence. Ce n’est plus la vie dans la servitude du péché, c’est la vie dans le service joyeux de notre Sauveur. Ce n’est plus la vie couchée dans la maladie et la mort (au sens spirituel), c’est la vie debout avec Jésus qui nous relève. Ça ne signifie pas que la maladie et la mort disparaissent comme par enchantement (ce n’est pas ce que l’évangile dit !), ça veut dire que toute épreuve, y compris la maladie et la mort, est portée dans la foi, avec la force du Seigneur qui rejoint l’homme dans ce qu’il traverse et ne le délaisse pas dans la nuit de ses souffrances.

Conclusion :

Les exégètes ont pensé que Jésus s’était affranchi des liens avec sa parenté pour vivre pleinement sa mission et qu’il a vécu dans une famille adoptive, celle de Simon Pierre. En guérissant la belle-mère de Pierre, Jésus ne fait que soulager une fièvre, rien de bien miraculeux à vrai dire, mais l’évangile en parle comme d’un signe qui a son importance, car il annonce Pâques, dès le premier chapitre. Cette guérison est un signe qui, comme la tempête apaisée, proclame la victoire du Christ sur les forces de mort, c’est un signe qui nous dit que Jésus s’est relevé de la mort pour relever tous ceux qui souffrent et qui meurent. Telle est la bonne nouvelle de l’évangile aujourd’hui.

C’est à la croix que le salut du monde a été acquis, et c’est dans l’humble demeure d’une famille de pêcheurs/pécheurs que le salut de Dieu est entré, de sorte que la guérison d’une femme a ouvert la voie à un ministère féminin de diacre, et ça c’est une sacrée bonne nouvelle pour l’église !

Mon frère, ma sœur, Jésus est venu dans ta nuit pour te ressusciter, pour te remettre debout là où tu en as besoin. Le Seigneur est au milieu de nous, et tu peux aller à lui maintenant, pour être guéri/libéré/sauvé. Tu peux lui ouvrir ton cœur maintenant, car il n’attend que ça pour te donner la vie. Amen.

 

Publié le 12/02/2018 @ 21:09  Prévisualiser  Imprimer l'article

Dimanche 28 janvier 2018 - par Ruth-Annie Coyault

Culte du 28 janvier 2018. L’autorité de Jésus : Quoi entre toi et moi ?
Dt 18,15-20 ; Ps 95 ; 1 Co 7,32-35 ; Marc 1, 21-28

Le récit de Marc se place tout au début du ministère de Jésus. On connaît la concision de l’évangéliste Marc. Il va droit à ce qu’il considère comme l’essentiel. Pas de récit de la naissance de Jésus. Le récit de la tentation est réduit à 2 versets. Quel est cet essentiel pour Marc ? Quel est le contenu de son premier chapitre ?

1.    Replacer le texte dans les autres textes : une lecture dite canonique pour mieux souligner le message, la pointe du texte

L’évangile s’ouvre sur l’annonce de Jean-Baptiste : « Il vient après moi celui qui est plus puissant que moi et je ne suis pas digne de délier, en me baissant, la courroie de ses souliers. Moi je vous ai baptisé d’eau ; lui, il vous baptisera du Saint Esprit.  Puis vient le baptême de Jésus dans le Jourdain. Jean témoigne avoir  « vu les cieux s’ouvrir et l’Esprit descendre su lui comme une colombe. Une voix fit entendre des cieux ces paroles : Tu es mon Fils bien-aimé, en toi j’ai mis toute mon affection ».

Puis Jésus est poussé par l’Esprit au désert. Il y est tenté 40 jours. En 1 verset, on apprend que Jean est arrêté et que c’est le début du ministère de Jésus. Il commence ici en Galilée : « le temps est accompli (c’est le kairos de Dieu), le royaume de Dieu est proche. Repentez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle ».

Il appelle deux pêcheurs de la mer de Galilée : Simon et André, puis deux autres : Jacques et Jean. Ils laissent tout et le suivent.

Et voici notre texte. Le retrouve-t-on ailleurs ? Comment commencent les autres évangiles ? Chez Matthieu, non, chez Jean, non plus. Chez Luc oui, mais ce n’est qu’au chapitre 4. Pourquoi Marc place-t-il dans son premier chapitre, ce texte et que veut-il souligner ?

On va le voir, la question fondamentale posée dès le chapitre 1 concerne l’identité de Jésus de Nazareth. Quoi entre nous et toi ? « ti êmiv kaï soï ?» Tout l’évangile de Marc pose cette question et tente de répondre. Qui est-ce ? En quoi est-il différent de nous ? Il a une famille, un métier, il n’est ni spécialement fort ou instruit. Il n’est pas riche. Alors quoi ? Pourquoi parle-t-il ainsi ? D’où lui vient cette autorité ? Car, pense le peuple qui l’écoute, « il ne parle pas comme les scribes » Ils sont frappé de sa « doctrine ».

Jésus par son baptême, a initié le passage de la mort à la vie. Il annonce sa mort et sa résurrection qui vont le révéler parfaitement au croyant : A l’avant dernier chapitre (15), le centurion reconnaît au pied de la croix de Jésus, alors que Jésus vient d’expirer (Mc 15, 39) : « Assurément, cet homme était Fils de Dieu ». Progressivement, tout au long de l’évangile de Marc, (comme tout au long de nos vies), l’identité de Jésus, vrai homme et vrai Dieu va se révéler.

2.    La question essentielle pour Marc : qui est cet homme qui parle avec autorité ?

Récit : Les quatre premiers disciples et Jésus se rendent à la synagogue de Capernaüm, le jour du sabbat.  Jésus enseigne, selon la coutume juive. Il commente la Torah. Ici Marc ne rappelle pas de quel texte il s’agit. Mais il écrit : « ils étaient frappés de sa doctrine ; car il enseignait comme ayant autorité, et non pas comme les scribes ». Son autorité, sa doctrine ? » Oui, il enseigne (didaskei, Mc 1,21,22). C’est répété deux fois. Les scribes (les grammatikoï, les grammairiens…) enseignent eux aussi, ce sont des savants. Mais ici, avec ce Jésus sorti dont ne sait où, l’enseignement  est différent ( sa doctrine, sa didakê): « Il enseigne comme ayant autorité, et non pas comme les scribes ».

L’autorité ? exousia : le mot signifie « le pouvoir de faire une chose, d’où la liberté, la faculté, le pouvoir de faire », c’est un terme juridique. Il se compose de ek, hors de, à partir de, et de ousia : « l’essence, l’existence première ». Au lieu de parler ici d’autorité, on pourrait traduire « il enseigne à partir de l’essence », ou « il enseigne sur l’essence, sur l’essentiel », ce qui va faire sortir de soi, de son humanité limitée, et même de son tombeau. L’autorité fait grandir, dit-on souvent. C’est un peu cela ici.  

La prédication de Jésus ne laisse personne indifférent, et suscite même une réaction violente d’un homme que Marc dit « impur dans son souffle, dans son esprit » (en pneumati akatharto). Il s’écrie d’une voix forte : « quoi pour nous et pour toi ? Quoi en nous et en toi ? (ti êmiv kaï soï ?)». Qu’est-ce qui est si différent entre nous et toi ? En Marc 5,7, on a exactement les mêmes mots pour l’homme de Gadara, de l’autre côté de la mer. C’est aussi un homme « impur dans son pneuma ». Il sort des sépulcres. Dans ces 2 cas, c’est l’homme à l’esprit impur qui pose la question.

On peut remarquer que dans l’évangile selon Jean, tout au début aussi, après le prologue, la même question est posée par Jésus à Marie, à Cana : « Quoi entre toi, Marie, ma mère, et Moi, Jésus ? Mon heure, mon kaïros n’est pas encore venu ! »

Que ce soit ces deux hommes impurs qui posent la question de la distance entre eux et Jésus, ou Jésus qui pose à Marie la question de la distance entre elle et Lui, c’est bien l’identité de Jésus qui est en jeu ici. Qui est-il ? Il n’est pas seulement le fils de Marie, il est celui à qui les démons, la mer et le vent obéissent.

« Je sais qui tu es, le Saint de Dieu » (v 24) : « oida sé tis eï, o agios tou théou ». C’est juste. Jésus est Le Saint (sacré, consacré, mis à part par l’onction, par l’Esprit Saint, l’auguste de Dieu). Jésus vient en effet de recevoir l’onction du Saint Esprit au baptême. Les cieux se sont ouverts et la voix du Père a authentifié le choix, l’a consacré, comme l’annonçait Esaïe : « Il m’a consacré, mis à part, je suis le Saint, pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres ». Par son essence même, il est mis à part. Il est différent, Tout autre. Il est au milieu, rien ne diffère, cependant tout est Autre : Sa Parole, son enseignement, ses actes en témoignent : « Il dit et la chose arrive, il ordonne et elles existent » disait le psalmiste. Cette Parole est accomplie en Jésus. Sa Parole fait advenir, exister, sortir de la mort. Elle a autorité.

Mais qui a cette connaissance ici ? C’est un homme impur en son pneuma, mais surtout il dit : « Je sais ». Et il ajoute : « tu es venu pour nous perdre ». Qui parle en cet homme ? Qui semble blasphèmer ? Il suggère que Jésus est venu non pour sauver, libérer, guérir, mais perdre ! Mais qui Jésus est-il venu perdre ? Non pas les pécheurs, mais l’auteur du mal, son armée, celui qui est nommé dans la Bible, le diviseur, le menteur, l’accusateur, le démon, le diable…C’est celui qui est à la source de la révolte contre Dieu. C’est le menteur qui donne une image fausse de Dieu : celle d’un Dieu qui se venge, qui envoie la souffrance et le malheur, l’auteur de la mort. Ce menteur projette son image à lui sur celle de Dieu. Bien au contraire, Dieu est créateur et Père, il a envoyé cet homme de Nazareth, Son Fils bien-aimé, pour sauver, guérir et libérer.

Alors que personne encore ne sait qui est Jésus réellement, la voix qui sort de cet homme dit savoir qui il est, le Saint, choisi par Dieu pour perdre les puissances de morts. La voix qui parle ainsi révèle son origine. Ce « nous », c’est celui qui détient cet homme dans les tombeaux, dans la mort. C’est un esprit de mort, de ténèbres, qui secoue l’homme avec violence, crie en sortant de lui, à la voix de Jésus.

Jésus, par ces quelques mots « Tais-toi, sors de cet homme » (v 25), libère l’impur dans son pneuma. Il le fait sortir du tombeau. C’est le même mot que prononce Jésus devant le tombeau de Lazare, son ami : « Lazare sors, sors de la mort, relève toi » (Jn 11,43).  

3.     Qui Jésus est-il venu sauver et libèrer ?

Dans ce texte, il est parlé d’un homme impur dans son pneuma. Il l’est tellement que le mal parle à travers lui et qu’il vit dans des lieux de mort. Le possédé de Gadara l’est aussi. Mais les rapprochements que nous avons faits au début, avec Lazare en particulier qui sort du tombeau, et tout le reste de l’évangile,  montre que Jésus est venu pour tous les hommes, d’hier et d’aujourd’hui.

En tout homme et toute femme, se font entendre des voix de mort ou de tentation de mort, plus ou moins fortes : des voix de doute sur la bonté de Dieu, sur Sa paternité, sur le Salut apporté par Jésus. Il y a aussi des voix insidieuses de tentation pour faire pencher vers ce qui ne conduit pas à la vie, mais enchaîne peu à peu et sépare de Dieu. Il y a aussi cette tristesse qui le matin, pointe son nez, le découragement, l’amertume, la comparaison mortifaire, le regret… Combien sont nombreuses en chacun de nous ces voix qui ne mènent pas à la vie. Nos paroles le montrent bien souvent. Si nous les laissons s’installer chez nous, elles nous envahissent peu à peu. « Qui me délivrera de ce corps de mort ? » s’écrie Paul (Rm 7,24). Et très vite il répond au verset suivant: « Grâces soient rendues à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur ! ».

Comme Paul, nous pouvons nous écrier aussi « qui me délivrera ? », mais très vite aussi nous devons affirmer « Grâces soient rendues à Jésus Christ ».

Quand j’étais petite, nous avions un disque pour enfant qui disait « Quand le diable vient te dire, sois méchant  il faut lui dire : non non non, vilain satan, je marche en avant »…

Aujourd’hui encore, par notre baptême, nous avons été plongés dans la mort et la résurrection de Jésus-Christ. En Lui, par Lui et pour Lui, nous nous regardons comme morts au péché et vivants pour Dieu, en Jésus-Christ » (Rm 6,11). Nous avons reçu autorité en Son Nom pour refuser d’écouter ces voix, les refuser dès qu’elles tentent de s’infiltrer et de s’installer en nous. Dans les premiers temps de l’Eglise, le baptisé adulte prononçait avec force sa renonciation à Satan. C’est encore le cas aujourd’hui, en particulier dans l’Eglise catholique, même pour des enfants. Chaque confession de foi de chaque dimanche, est aussi le renouvellement du choix que nous faisons pour nos vies.

Peut-être me direz-vous ? Mais Dominique, on ne croit plus au diable, aujourd’hui ! Tout cela, ce sont des représentations de temps d’obscurantisme. Eh bien, je vous dirai que tout me dit le contraire. Dès que j’ouvre ma radio, ma télévision, mon smart phone, dès que j’écoute un peu ceux qui m’entourent, qui souffrent, tout le mal qui sévit sur la terre, cet esprit et ces structures de mort et d’injustice dont parlait le Pape Jean-Paul II, je dis non. Le diable n’a sans doute pas les pieds crochus et les représentations du Moyen Age ne sont sans doute pas exactes. Mais la réalité est là. Il y a des puissances de mort à dénoncer avec l’autorité de Jésus.

Ce texte est là pour ouvrir une réflexion à poursuivre ensemble. Aujourd’hui, l’Eglise occidentale s’interroge sur ce thème de l’autorité de Jésus, de sa parole sur le mal qui est en nous et autour de nous. L’Eglise veut retrouver sa mission première qui est d’annoncer la Bonne Nouvelle d’un Dieu qui ne fait pas que parler, mais qui agit, et transforme le cœur de l’homme.

L’annonce de la bonne nouvelle du salut au monde, à nos enfants, collègues, amis non croyants, petits enfants, est joyeuse car Jésus libère aujourd’hui encore de ce qui nous entrave. Il parle encore avec autorité, et redonne la vraie essence, l’être fondamental de vie à chacun. Il fait sortir des tombeaux et ouvre à la vie, au pardon, à la réconciliation, vis-à-vis de nos familles, de nos couples, amis, paroisses et entre les Eglises. « Car rien n’est impossible à Dieu, en Jésus ressuscité et vivant aujourd’hui parmi nous. »

A chacun de nous est posée cette question : Crois tu que ce Jésus parle encore avec autorité, que sa parole est agissante  et libère comme elle le faisait en Galilée, au bord du lac ? Veux-tu entrer dans cette espérance et cette assurance de la foi en Jésus Sauveur et libérateur ?

Silence et cantique.

Je vous invite à dire maintenant ensemble à voix forte, « Je crois en Dieu… », comme une proclamation de notre foi et une ouverture nouvelle à l’action de Dieu dans nos vies.

 

 

 

 

Publié le 07/02/2018 @ 19:25  Prévisualiser  Imprimer l'article
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