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Dimanche 21 décembre 2008 - par Gaspard Visser‘t Hooft

Dimanche 21 décembre 2008
Luc 1, 20 - 56

" Mon esprit exalte le Seigneur " - dit Marie, et un peu plus loin : " parce que le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses… ". Le " Tout-Puissant " - voilà, chers amis, encore un bel exemple d'une mauvaise traduction. Le mot grec est " dynatos ", ce qui veut dire " puissant ", non pas tout-puissant. Dieu est dynatos. Du mot " dynatos ", ou pour être plus précis " dynamis ", vient aussi le mot français " dynamique ". Donc " parce que le puissant, le dynamique, a fait pour moi de grandes choses… ". Dieu tout-puissant - c'est quoi, ce " tout " ? C'est une abstraction. Peut-être Dieu ne veut-Il pas toujours être " tout-puissant " ? Tout-puissant, cela fait " seul-puissant ". Eh bien, justement, peut-être ne veut-Il pas être tout-puissant, seul-puissant, seul dynamique, afin de nous laisser un peu de " dynamis " à nous, les hommes, qu'Il a créés à son image, et qu'Il veut sauver ? Certes, Dieu est puissant - Il s'est montré plus puissant que toutes les puissances que nous connaissons - plus puissant même que ces puissances-là qui, elles, aspirent à la toute-puissance. Pensons à l'Egypte, dont Il a fait sortir son peuple " avec une main forte " - Egypte, symbole de l'aspiration à la toute-puissance, toute-puissance qui ne se réalise qu'en rendant non-puissants, non-dynamiques les autres. Dieu est plus puissant - tout-puissant ? Ne faisons pas dire au texte ce qu'il ne dit pas… Dieu est puissant, plus puissant parce qu'Il fait du nouveau, parce qu'Il crée, parce qu'Il fait surgir de la vie là où nous ne l'attendons pas, où nous ne l'attendons plus. Voilà comment Il s'est montré à nous tout au long de cette longue histoire qui commence avec la Genèse et qui continue jusqu'à aujourd'hui. Il a donné des fils à des femmes stériles, Il a guéri des malades, Il a ressuscité des morts. Il libère un peuple de l'esclavage. Il chasse des puissants de leur trône. Nous ne savons pas plus de Dieu que ce qu'Il lui a plu de nous révéler lui-même. Mais ce qu'Il nous a révélé, n'est-ce pas énorme ? Qu'il est un Dieu - oui, puissant, dynamique, qui crée la vie, même là où nous ne voyons que mort et désolation. Voilà ce qu'a compris, tout-à-coup, cette jeune fille juive, Myriam, qu'on appelle Marie, voilà pourquoi elle se met à le louer, le puissant, le " dynamique ", le " dynatos "…
Marie n'était pas stérile, elle - pourtant, en chantant son cantique de louange, qui fait écho, très clairement écho au cantique d'Anne, dans le premier livre de Samuel, elle s'identifie à cette série de femmes stériles que Dieu a rendu porteuses de vie : Sara, mère d'Isaac, Rebecca, mère d'Esaü et de Jacob, Rachel, mère de Joseph et de Benjamin, la femme de Manoah, mère de Samson, Anne, mère de Samuel… Son émerveillement n'est pas moindre : " Dieu a porté son regard sur son humble servante ". Marie était une femme - à l'époque, vous le savez, en terre sainte comme partout, les femmes étaient considérées comme des personnes presque de second ordre. Elle était toute jeune, dans les 14-15 ans tout au plus - les filles se mariaient très tôt à l'époque. Fiancée, elle vivait encore chez ses parents. Elle était d'un milieu sans doute très modeste - en tous cas, le lieu où elle habitait, Nazareth, était une petite bourgade tout-à-fait insignifiante. Et c'est à elle que Dieu fait la grâce d'être la mère du Seigneur de la vie ! C'est la même surprise, c'est le même émerveillement. Pourquoi elle ? Pourquoi pas la reine, la femme du roi ? Pourquoi pas une respectable matrone de Jérusalem, femme du grand-prêtre, ou d'un grand savant ? Pourquoi elle - une enfant encore - tout ce qu'il y a de plus marginal dans la société de l'époque ? Eh bien, justement parce que Dieu est puissant, parce qu'Il est dynamique, parce qu'Il fait surgir de la vie là où nous ne l'attendions pas. Pour qu'il y ait surprise et émerveillement - émerveillement pour Marie, et pour les générations qui la suivent. Emerveillement et espérance pour toutes les générations, et surtout pour celles et ceux pour qui l'élan de la vie semble être bloqué à cause d'une stérilité physique et/ou morale, à cause d'une situation de marginalité, dans laquelle une société cruelle les fait sombrer…
Voilà pourquoi !
Et voilà pourquoi il y a lieu de chanter, et de louer Dieu ! Chers amis, regardons maintenant de plus près cette louange de Marie. Car ce magnifique chant nous montre - je dirais déjà par sa seule structure - ce qui se passe quand une femme, un homme se sait tout-à-coup touché par la grâce de Dieu, comment cette personne, de ce fait, arrive à s'ouvrir à la vie. Car n'est-ce pas là, au fond, le grand malheur des malheureux que leur malheur les renferme sur eux-mêmes ? Que ce malheur soit souffrance physique et/ou morale, ou que ce malheur soit pauvreté, chômage, exclusion suite à un rejet à la marge de la société. Et ce renfermement sur soi-même, c'est un manque de vie. Car vivre, c'est respirer librement, marcher la tête levée, en sachant que le monde, avec tout ce qu'il contient de beau et de passionnant, est là pour toi, autant qu'il est là pour les autres.
La voilà, Marie, qui se sait tout-à-coup touchée par la grâce de Dieu, et qui, à travers sa louange, son magnifique chant, petit à petit s'ouvre aux autres, au monde où partout elle voit les signes de la puissance, du dynamisme de Dieu - qui s'ouvre même à l'histoire de son peuple, dont elle se reconnaît maintenant tout-à-fait partie prenante - histoire qui en réalité n'est autre qu'une histoire d'amour entre Dieu et un peuple. Regardons un peu de près son chant : " Mon âme exalte le Seigneur et mon esprit s'est rempli d'allégresse - parce qu'Il a porté son regard sur son humble servante. Toutes les générations me proclameront bienheureuse. Le puissant a fait pour moi de grandes choses ! " La grâce commence par nous toucher personnellement, individuellement, chacun de nous. Elle nous touche dans notre " moi " le plus intime. C'est pourquoi nous pouvons dire : " Dieu m'a fait grâce à moi ". C'est pourquoi nous pouvons aussi nous émerveiller : pourquoi moi ? Tout cela, Marie l'exprime bien au début de son chant. Mais les choses n'en restent pas là. La grâce n'est pas une chose qu'un moi renfermé sur lui-même garde pour soi-même. La grâce, au contraire, ouvre ce moi renfermé sur lui-même. Sans abolir le moi, la personne, elle ouvre le moi, la personne à l'espace qui l'entoure - les autres, le monde - ce qui permet au moi, à la personne de s'émerveiller encore davantage : partout elle voit Dieu, le puissant, le dynamique, à l'œuvre, partout elle y voit des signes de sa grâce. Nous avons vu Marie d'abord s'émerveiller de la grâce qui lui est faite - à elle - mais ensuite, n'est-ce pas comme si son émerveillement s'élargissait, gagnait en dimension - une dimension aussi vaste que le monde entier ? Nous suivons toujours le mouvement de son chant : " Sa bonté s'étend de génération en génération, Il a dispersé les hommes à la pensée orgueilleuse, jeté les puissants à bas de leur trône et Il a élevé les humbles, les affamés Il les a comblés… " Partout dans le monde elle voit Dieu, le puissant, le dynamique, à l'œuvre, renversant radicalement les situations, libérant de la vie là où elle manque, faute de base matérielle - là où elle manque, puisqu'opprimée par certains. Partout, elle le voit à l'œuvre - à son émerveillement grandissant…
Et enfin, elle s'ouvre à cette autre dimension qui est celle du temps, en se reconnaissant pleinement partie prenante de l'histoire de son peuple. Là aussi elle repère partout des signes de la puissance, du dynamisme de Dieu : " Il est venu en aide à Israël, son serviteur (…) en faveur d'Abraham et de sa descendance pour toujours. " En quoi est-ce que cela la concernait - elle, femme, enfant - toute cette histoire de promesses et d'alliances que nous lisons dans ce nous appelons l'Ancien Testament ? En quoi est-ce que cela la concernait au fond ? Cette histoire, n'était-elle pas comme la chasse gardée de certains, des grands, des savants, des bien-pensants - et tout au moins des hommes ? En quoi est-ce qu'elle concerne beaucoup de personnes en marge de notre société ou de notre Eglise, avec son histoire ?
La grâce l'a ouverte à cette histoire de Dieu avec son peuple, parce qu'elle a compris que c'était là que Dieu, le puissant, le dynamique, plus qu'ailleurs, s'était montré tel qu'Il est, en arrêtant ceux qui veulent se mettre en avant et en rejoignant ceux qui traînent derrière sur la route… Marie était une femme comme les autres - nulle part dans l'Ecriture Sainte il n'est d'ailleurs question d'une assomption de Marie - elle était une femme comme les autres, mais par la grâce de Dieu, elle a été la mère du Seigneur de la vie. Nous ne l'avons pas appelé par son nom : c'est Jésus-Christ, le Seigneur de la vie, car à travers lui, Jésus-Christ, et lui seul, à travers sa vie et sa mort, par l'événement de sa résurrection, Dieu nous a donné cette assurance définitive : rien ne peut empêcher la vie de surgir, là où c'est son bon vouloir de la faire surgir - rien, même pas la mort.
Rejoignons Marie, notre sœur dans la foi, dans sa louange. Emerveillons-nous avec elle, et avec elle ouvrons-nous à la vie, à toujours plus de vie - car la vie n'est jamais derrière nous, mais toujours devant nous…

Gaspard Visser‘t Hooft
Publié le 07/11/2009 @ 14:12  Prévisualiser  Imprimer l'article

Jeudi 25 décembre 2008 - par Gaspart Vissert\'Hof

Jeudi 25 décembre 2008

Culte de Noël
Matthieu 1, 1-25
Lecture ennuyeuse, que cette longue généalogie par laquelle Matthieu commence son Evangile ? Peut-être, et pourtant c'est un message très fort que l'évangéliste nous donne ici. Car une généalogie, c'est comme un récit historique en condensé. Et c'est même plus que cela. Le récit historique s'arrête à certains phénomènes seulement - ceux que les historiens considèrent comme significatifs : des événements tels que des guerres, des grandes inventions, la naissance et la mort de certaines grandes idées - les fameux " ismes " : féodalisme, absolutisme, jacobinisme, communisme, libéralisme, etc., et enfin la vie d'une poignée de grands hommes et de grandes femmes : têtes couronnées, militaires, inventeurs, peintres… Oui, l'histoire dite officielle s'arrête à certains faits, gestes, personnes seulement, là où la généalogie fait son petit bonhomme de chemin à travers des générations d'hommes et de femmes souvent tout-à-fait inconnus, qui vivent loin de là où se passe la grande histoire - au son des trompettes - et qui n'en sont que peu affectés dans leur vie de tous les jours, qui consiste en les mêmes simples besognes et les mêmes simples plaisirs que ceux de tous les hommes depuis la nuit des temps. Or voilà - c'est exactement cela, cette généalogie de Jésus, que nous trouvons au tout début du premier Evangile : à la fois un résumé de l'histoire d'Israël telle que nous la raconte l'Ancien Testament, et plus que cela, puisqu'elle contient toute une série de noms de personnes complètement inconnues. Dans cette généalogie, voilà les noms qui nous rappellent l'histoire officielle : Abraham, Isaac, Jacob, Juda - après, ça s'arrête. Suivent les noms de quelques générations de personnes dont on ne sait rien. La grande histoire resurgit avec Booz et Rahab, Ruth et Jessé, pour enfin apparaître dans tout son éclat avec le roi David. Après lui, Salomon et toute l'histoire qui nous est racontée dans les livres des Rois : une bonne dizaine de générations de rois plus ou moins importants, mais toujours des rois - histoire qui s'arrête brusquement avec l'Exil à Babylone. Après cela, deux noms qu'on cite encore ici et là dans l'Ancien Testament, mais sans plus, et enfin, voilà l'obscurité complète. Huit générations, d'Abioud à Jacob, le père de Joseph, dont nous ne savons strictement rien. Chers amis, cette généalogie nous montre mieux que tout autre exposé ce qu'il faut comprendre par l'histoire de Dieu avec les hommes, autrement dit " l'histoire du salut ". Histoire qui par moments croise les grands faits de l'histoire officielle, mais qui se poursuit le plus souvent de façon souterraine, à travers des générations et des générations de personnes parfaitement inconnues. C'est que Dieu est un Dieu libre, souverain, qui se moque un peu de ce que nous mettons dans nos manuels d'histoire. Et puis, comme il est dit quelque part: " les hommes voient ce qui leur saute aux yeux, mais le Seigneur voit le cœur ". Et enfin - surtout - Dieu est un Dieu fidèle, qui n'oublie pas ses promesses, qui ne perd pas de vue le but de son histoire avec nous, les hommes - son histoire du salut. Car voilà, cette histoire de Dieu avec les hommes, cette histoire du salut a un but, un " sens ", ce que l'histoire officielle n'a pas. Il fut un temps où l'on croyait qu'elle allait quelque part, l'histoire officielle, qu'elle avait un but. Ceci allait de pair avec l'idée du progrès, enfant des Lumières. Et puis il y eut les " lendemains qui chantent " des mouvements de gauche, et les trente glorieuses : toujours plus de prospérité… Aujourd'hui, nous n'y croyons plus guère. L'un dira " progrès ", l'autre répondra " Auschwitz ". L'un dira " lendemains qui chantent, croissance économique ", l'autre dira " terre ravagée " et " crise économique ". Où allons-nous ? L'histoire, ça mène où ? C'est à désespérer, si l'on y pense un peu. C'est pourquoi on préfère ne pas y penser - mieux vaut se bricoler pour soi-même et pour ses intimes des petits espaces de relatif bien-être - et puis voilà.
L'histoire de Dieu avec les hommes - cette histoire-là, qui, pour nous chrétiens, est la vraie histoire, l'histoire qui compte - a un but, a un sens, par le seul fait que Dieu l'a mise en mouvement avec une grande promesse : je vous donne un Sauveur, et en lui, moi, le Dieu de la vie, je serai avec vous. Et par le fait que Dieu s'est toujours révélé comme un Dieu qui tient ses promesses, comme un Dieu fidèle. Le but de son histoire, ce sera donc l'accomplissement de sa promesse. Pour Matthieu - pour nous - ce but a un nom. Matthieu nous le donne à la fin de sa généalogie - généalogie qui est l'expression de l'histoire de Dieu avec les hommes, histoire du salut - ce nom, c'est Jésus-Christ.
Jésus-Christ qui est " Dieu-avec-nous " - Emmanuel - le Dieu de la vie avec nous. Qui est avec nous quand nous sommes dans la joie, qui est avec nous quand nous sommes dans la peine. Qui est avec nous même dans notre mort. C'est le message de la croix. Et c'est parce qu'il est ainsi Emmanuel - Dieu avec nous - et parce que c'est lui le but de toute l'histoire, que nous pouvons relire l'histoire comme le fait l'évangéliste Matthieu. Oui, c'est parce que c'est là le " sens " de toute l'histoire, que d'aller vers lui, Jésus-Christ, qui est " le Dieu de la vie avec nous ", que nous pouvons enfin nous réconcilier avec nos propres histoires individuelles. Car là-bas, sur la croix, tout ce qui a été rejeté hors de l'histoire officielle, tout ce qui a été relégué au second plan, dans l'anonymat, tout ce qui - en général - a été méprisé, insulté, ignoré, renvoyé à l'obscurité se voit rassemblé comme le sont des brebis perdues qu'on est venu chercher pour les ramener à leur troupeau, se voit réintégré dans le grand mouvement de Dieu qui veut que toute chose soit amenée à la lumière, à la vie - en somme, dans son Royaume. Oui, Jésus-Christ sur la croix, c'est " Dieu avec nous " - c'est-à-dire " Dieu avec nous tous " et " Dieu avec tout en nous ". C'est Dieu qui s'identifie avec notre peine, notre mort - peine de se trouver à côté de ce qu'on appelle la vie, de là où ça se passe, là où l'on déborde de santé, de jeunesse, là où la vie palpite, là où c'est plein de rires, où l'on est entouré de gens intéressants, où l'on a l'impression d'influer sur le cours des choses, où l'on a les moyens de s'offrir des cadeaux de luxe, des voyages, là où l'on vous estime - peine de se trouver à côté de tout cela, rejeté, méprisé, fatigué à en mourir - mort… C'est Dieu qui s'identifie avec cette peine - avec tous ceux qui ont de la peine, et avec tout ce qui peine en nous. Et en s'identifiant à eux, à tout cela - il les recueille, il rassemble tout cela, Ses bras étendus englobent l'univers. Ce geste dit : personne n'est perdu, rien n'est perdu, rien n'est peine perdue…
Oui, voilà le but de l'histoire - de la vraie histoire, qui est histoire de Dieu avec les hommes. Voilà son " sens ". En Jésus-Christ, Emmanuel, tout est sauvé, parce que tout trouve sa place dans ce qui, avant même la fondation du monde, fut le projet de Dieu, comme le font les lettres dans un poème d'amour, comme le font les notes de musique dans un psaume de louange. Ce qui inspire l'évangéliste Matthieu pour relire l'histoire comme il le fait, en ne s'arrêtant pas seulement sur les grands faits de l'histoire officielle - Abraham, Jacob, David - mais en intégrant dans son tableau historique un grand nombre de personnages complètement inconnus par ailleurs. On les avait relégués au second plan, en dehors de l'histoire officielle ? Matthieu les réintègre dans le tableau - oui, parce qu'il sait que Dieu veut qu'aucun homme ne se perde. Parce qu'il connaît l'issue de l'Evangile : Jésus-Christ sur la croix, moment où Dieu descend au plus profond de l'obscurité de la mort pour y retrouver tous ceux qui étaient perdus, tout ce qui était perdu, afin de le ramener à la lumière, à la vie, de le rassembler et de le réintégrer dans son Royaume.
Dites-moi, cela ne vous arrive jamais de vous poser la question : dans le grand cortège des choses qui passent, au son des trompettes, dans toute cette série d'événements qui font l'histoire - et qu'ils se succèdent vite, ces événements ! que ça change vite ! - que suis-je là-dedans, moi ? Petit homme, petite femme ? Il y eut peut-être un moment dans ma vie où je croyais faire partie du mouvement, être au milieu d'où cela se passe, mais combien vite je me suis vu écarté de là - pas à la hauteur, pas assez de diplômes, pas assez de force, pas assez séduisant, trop vieux, trop vieille… Que suis-je, moi, dans cette histoire qui se moque bien de moi, et qui continue, qui s'en va, là devant - me laissant, moi, derrière, sur la route, seul, en peine ? L'Evangile nous dit, dès le tout début : ne te laisse pas décourager par ce qu'on appelle l'histoire officielle, l'histoire des gens bruyants et orgueilleux. Il existe une autre histoire, c'est l'histoire de Dieu avec nous, les hommes, autrement dit l'histoire du salut. Et cette histoire-ci ne laisse personne derrière sur la route. Dans cette histoire-ci - la vraie histoire - tu as une place, une place unique, une place nécessaire, indispensable, une place que personne ne pourra te prendre. C'est l'histoire de Dieu qui rassemble les siens, si humbles soient-ils, si vieux soient-ils, si malheureux soient-ils, même s'ils sombrent dans l'obscurité de la mort - car la mort n'est plus un obstacle à la puissance du Dieu de la vie.
Et puis, dites-mois, cela ne vous arrive-t-il pas aussi de revisiter votre vie passée, rétrospectivement, et de vous dire : mon Dieu, combien nombreuses et combien longues furent ces époques de ma vie dont on peut dire qu'elles étaient complètement dépourvues d'intérêt. Ces jours, ces semaines où il ne se passe rien - tout est grisaille, tout est routine, tout est dépourvu de sens. Ou bien il se passe beaucoup - quelle agitation ! C'est la course continuelle, l'agenda est rempli à craquer, ça sonne sur le fixe, ça sonne sur le portable, et voilà qu'encore un message entre dans la boîte-mails. Il se passe beaucoup, et une petite voix en nous dit - on essaye de la faire taire, mais on n'y arrive pas - pourquoi ? Pourquoi tout ça ? Est-ce que cela a vraiment un sens ? Où ça va ?
Chers amis, voilà la bonne nouvelle de Noël, qui est la bonne nouvelle de l'Evangile : le sens de nos vies est caché et gardé en Jésus-Christ. C'est là le but de l'histoire, de nos histoires individuelles : un jour nous comprendrons que beaucoup de choses que nous méprisions, que nous rejetions, que nous ignorions ou voulions ignorer - que ce soit des personnes et des catégories de personnes, à commencer par nous-même (" que suis-je ? ") ou que ce soit des époques de nos propres vies - avaient leur place dans l'histoire de Dieu avec les hommes, l'histoire du salut - cette histoire qui a un sens, qui a un but. Lequel ? Que tout ce qui était perdu soit à ramené à la lumière, à la vie, rassemblé dans le Royaume de Dieu, et cela pour l'éternité.

Amen

Gaspard Visser‘t Hooft
 
Publié le 07/11/2009 @ 14:01  Prévisualiser  Imprimer l'article
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