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Dimanche 4 octobre 2009 - par Flemming Fleinert-Jensen

PREDICATION AU TEMPLE DE VERSAILLES LE 4 OCTOBRE 2009

Jean 4, 21-24 1 Jean 4, 11-16

Un mot inexplicable
Tout le monde utilise le mot Dieu, mais personne ne sait expliquer son sens. L'athée refuse Dieu parce que ce mot ne lui dit rien. L'agnostique n'exclut pas que le mot Dieu ait un sens, mais ce sens est tellement difficile à saisir qu'il s'abstient de prendre parti et se drape dans une docte ignorance. Le croyant, qu'il soit juif, chrétien ou musulman, admet qu'il est impossible de dire ce qu'est Dieu, parce que, comme disent quelquefois les orthodoxes, Dieu est au-delà de Dieu, mais ils sont persuadés que Dieu, tel que ce mot est transmis dans leurs traditions respectives, a du sens.
Pour ne s'en tenir qu'au langage de l'Eglise, le paradoxe est donc le suivant : comme dans la Bible, nous utilisons sans cesse le mot Dieu sans pouvoir le définir. Cela est aussi vrai sur le plan personnel que sur le plan théologique et liturgique. Mais nous le faisons, et je le répète, parce que nous sommes persuadés que ce mot a du sens et que ce sens a été confirmé par la vie, la mort et la résurrection du Christ.

Un chemin
Dieu ne peut jamais être conçu comme une donnée objective accessible à tout le monde. Dieu indique plutôt une orientation, une direction à suivre que le Christ a représentée en disant << je suis le chemin, la vérité et la vie >>. Dieu en tant que Dieu demeure cette plénitude secrète qui nous accompagne et qui nous attend au bout du chemin, mais d'ores et déjà nous profitons de ses bienfaits.
La foi chrétienne est donc un chemin et ce n'est sans doute pas par hasard que le christianisme, tout au début, fut appelé la Voie. Un chemin est fait pour être emprunté, mais si l'on ne l'emprunte pas, on ne saura jamais où il mène. Cela s'applique aussi au christianisme. Si on le considère uniquement comme un phénomène culturel ou intellectuel, on reste à la case départ. S'il faut d'abord réfléchir sur la possibilité de croire en Dieu, on n'avancera jamais d'un pouce. Le seul moyen pour éviter de rester en dehors comme un observateur circonspect, voire blasé, est de s'engager sur la voie chrétienne, se laisser guider par la voix chrétienne, tout en admettant que le mot Dieu garde son côté incompréhensible.
On peut dire à propos de Dieu ce que dit Montherlant, dans La Reine morte, à propos du roi Ferrante : << Définir le roi, c'est vouloir sculpter une statue avec l'eau de la mer >>.
S'engager sur la voie chrétienne, qu'est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire : vouloir vivre avec soi-même et avec les autres selon l'esprit du Christ. C'est une volonté qui, ensuite, s'efforcera de discerner les modalités de cette vie selon l'Esprit, ce qui, loin s'en faut, n'est pas toujours aisé, compte tenu de la complexité des situations que nous vivons et du fait qu'il s'agit d'une vie qui, à la fois, recouvre et dépasse ce qu'on appelle couramment les valeurs humanistes. Autrement dit, avant de rejeter la foi chrétienne comme quantité négligeable, il faudra d'abord tester sa puissance de vie et voir si ce qui est dit là notamment sur la puissance de l'amour ne révèle pas un pan du secret de la vie.

L'esprit et la parole
Ces remarques nous amènent maintenant aux textes du jour et notamment à l'extrait de 1 Jean chapitre 4.
<< Dieu, nul ne l'a jamais contemplé >>. Répétons-le : Dieu ne peut jamais devenir une donnée objective. Ex 33, 20 : << Tu ne peux voir ma face, car l'homme ne saurait me voir et vivre >>. La sainteté de Dieu versus le péché de l'homme. C'est le péché qui sépare l'homme de Dieu et qui fait que nous ne pouvons jamais nous représenter Dieu.
Dieu (est) esprit (Jn 4). Le mot esprit n'est pas non plus aisé à comprendre, d'autant plus que l'esprit est invisible. On peut à juste titre parler de la vie spirituelle qui se manifeste par ses fruits, mais le souffle qui l'anime est impalpable. Il ne peut pas non plus devenir une donnée objective. Il n'empêche que le sens du mot Dieu est à chercher dans le registre de l'esprit, aussi parce que c'est là que les chemins de Dieu et de l'homme se croisent, étant donné que l'esprit est justement ce qui distingue l'homme par rapport au reste de la création. Ce n'est ni la matière, ni la vie qui caractérisent l'homme. Son corps fait partie de la matière et il partage le souffle de vie avec les autres êtres vivants, mais l'esprit lui est propre, car qui dit esprit dit aussi parole, capacité de parler, d'écouter, de comprendre, de se souvenir, de vouloir, d'avoir conscience de soi. Et c'est cela le propre de l'homme – même si Aristote pensait que le propre de l'homme est le rire !
Si on dit que le sens du mot Dieu est à chercher dans le registre de l'esprit, on dit donc aussi qu'il est à chercher dans le registre de la parole. Mais il ne s'agit ni de la parole qui veut expliquer l'inexplicable, ni de la parole des philosophes et de leurs écoles, mais d'une parole de vie qui, indépendamment des cogitations humaines, s'adresse à l'homme comme venant d'une instance extérieure.

L'amour
C'est cette parole invisible mais audible qu'il faut tester : << Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous >>. Dieu et l'amour sont indissociables. Jean va jusqu'à dire, à deux reprises, que Dieu est amour. Ce n'est une définition ni de Dieu, ni de l'amour, mais une conviction qui consiste à dire que l'amour ne serait pas possible sans Dieu.
Dans le monde, l'amour a forcément des limites. Il se heurte à des écueils intérieurs ou extérieurs qui l'arrêtent. Seul l'amour de Dieu est sans limites. Il se heurte aussi aux résistances humaines, et la croix du Christ en est le symbole emblématique, mais même l'amour crucifié ne s'arrête pas. Même la mort ne peut l'arrêter, car il est intarissable, il est le mystère insondable qui donne le sens le plus profond à la vie. Les échecs de l'amour humain ne le démentent pas ; au contraire, ils le confirment, car sinon on ne parlerait pas d'échecs.
Aujourd'hui, nous ne parlerons pas du caractère spécifique de l'amour chrétien par rapport à l'amour naturel, aussi appelé préférentiel. Retenons seulement ceci : si le mot Dieu tel qu'il est transmis dans la tradition judéo-chrétienne vous fait problème, dites-vous bien que ce n'est pas étonnant, car Dieu échappe à l'emprise de la pensée et du langage. Mais dites-vous aussi que le sens du mot Dieu se trouve du côté de l'amour comme le secret de l'existence, et pour éviter que cette affirmation reste sur le plan conventionnel et se réduise à un énoncé théologiquement correct, engagez-vous sur ce chemin et testez la force vitale de cette parole : << Aimez-vous les uns les autres >>, car l'amour demeure le lieu secret de Dieu dans l'homme.
Cela me rappelle une anecdote concernant la philosophe juive Hannah Arendt. Elle avouait à un rabbin sa difficulté à croire en Dieu et à sa grande surprise, le rabbin lui répondit : << Cela ne fait rien. Faites comme si >> !
A nos contemporains qui ont du mal à croire en Dieu, il faut peut-être dire : << Ce n'est pas trop grave. Faites comme si >>. Le premier pas est de s'embarquer, d'emprunter le chemin que la parole chrétienne indique. Quant au reste, on fait en sorte que ça suive ! Car la foi n'est pas un acte purement intellectuel, mais une démarche nourrie de l'expérience du sens de la vie et ensuite confirmée par la parole du Christ, par l'esprit qui la portait et l'animait.
L'expérience humaine n'est pas seule. Elle est confirmée par l'expérience chrétienne. L'expérience chrétienne n'est pas seule non plus. Elle est confirmée par l'expérience humaine. Foi et vie, vie et foi vont ensemble. Elles peuvent se corriger mutuellement, mais elles pointent dans la même direction. Car Dieu est le Dieu de la vie.


Flemming Fleinert-Jensen

Publié le 11/11/2009 @ 10:48  Prévisualiser  Imprimer l'article

25 décembre 2006 - par Gaspard Visser‘t Hooft

Prédication du 25 décembre 2006

Matthieu 2, 1-12

NOEL

Est-ce que je me trompe si je dis que nous sommes parfois enclins à considérer Noël de la façon suivante : voilà maintenant deux mille ans qu'un événement tout-à-fait inouï eut lieu - inouï, magnifique et mystérieux, une sorte de résumé de tout ce qu'il y a de plus beau et de plus vrai dans le domaine du spirituel - mais dont les effets, au fur et à mesure que le temps passe, vont en diminuant. Il y a deux mille ans, un gros pavé de spiritualité a été jeté dans la mare de notre monde, ce qui dans un premier temps a provoqué de grandes vagues, mais le temps passant, ces vagues, en s'éloignant sous forme de cercles concentriques de l'endroit où la pierre avait été jetée, se sont tellement réduites qu'il n'en reste que des rides à peine perceptibles. En somme, le monde se déchristianise, les hommes deviennent de plus en plus matérialistes et égoïstes - et Noël, ce n'est qu'un beau petit reste de cette spiritualité si massive et si solide de nos aïeux, à laquelle il fait bon tâter une fois par an - oui, tâter, puisqu'il en reste si peu. Et pour combien de temps encore, avant qu'il n'y ait plus personne pour rappeler qu'à Noël il n'y a pas que le Papa Noël des publicités et des super marchés, mais aussi le petit Jésus de l'Evangile ? Oui, fêter Noël, en se souvenant du vrai sens de Noël, c'est une façon de résister à ces autres vagues, qui nous viennent d'autres côtés et qui risquent de nous submerger - mondialisation, esprit de consommation, et que sais-je encore - se souvenir du vrai sens de Noël, c'est y résister, vague et lointain reflet de cette courageuse résistance qui marqua la foi si virile de nos ancêtres, dans le désert ou ailleurs. Résister ! Oui, fêter Noël, comme nous le faisons aujourd'hui, c'est aussi une question de fidélité par rapport à eux…
Sommes-nous parfois enclins à considérer Noël de la façon que je viens de dire ? C'est-à-dire de façon avant tout nostalgique ? Autrefois, tout était mieux…. Chers amis, il existe certes une certaine conception de l'histoire du salut qui favorise cette tendance. C'est celle qui fixe les grands moments de l'histoire de Dieu avec les hommes à des dates bien précises dans une chronologie linéaire. Avant Jésus-Christ, les prophètes annonçaient la venue de Jésus-Christ, en l'an zéro Jésus-Christ, le fils de Dieu, est venu, le jour de l'Ascension il est reparti et maintenant, nous attendons son retour, seulement là, nous ne savons pas la date. Et est-ce que nous y croyons vraiment - qu'il re-viendra, après tant de siècles où nous avons vu les choses se dégrader ? Et s'il est vrai qu'il revient, que pour le moins cela s'accompagne de catastrophes et d'apocalypses qui soient à la mesure du mal et de la méchanceté que nous voyons partout sévir. Cela aussi, penser la fin ainsi, c'est un peu une tendance de notre époque - bien que ce mal et cette méchanceté que nous voyons partout ne nous affectent pas trop, tout compte fait, nous qui avons de quoi bien manger, bien nous loger, etc... Non, cette façon de fixer les grands moments de l'histoire de Dieu avec les hommes à des points fixes d'une chronologie linéaire est beaucoup trop simpliste pour être vraie, elle est assez récente aussi, et n'est certainement pas biblique. Et de toute façon, vous le savez, ceux qui pensent qu'il est de première importance de pouvoir dater de façon précise la naissance de Jésus s'enlisent dans une dispute sans fin. Si l'on veut que Jésus soit né sous le règne du roi Hérode, comme l'affirme l'Evangile de Matthieu, il faut qu'il soit né au plus tard en l'an 4 avant Jésus-Christ, puisque c'est à cette date que le roi Hérode est mort. Enfin, on n'en sort pas…
Non, vouloir fixer les grands moments de l'histoire de Dieu avec les hommes sur la ligne droite d'une chronologie, c'est soumettre Dieu à notre conception du temps. Et ça, c'est rabaisser Dieu, car Dieu échappe à notre façon de penser le temps et l'espace. C'est Lui qui a créé le temps. Il en est donc le maître. Il en fait ce qu'Il veut.
Pour dire, chers amis, que Noël n'est pas du tout lié à une date dans le temps - une seule date, loin derrière nous. Une date, remplie à craquer de spiritualité, et dont il ne reste, deux mille ans après, que quelques petits restes, dans un monde de brutes. Noël ne nous appelle pas à la nostalgie. C'est tout le contraire ! Tout le contraire : Noël nous appelle à l'attente, à l'espérance, à l'accueil de ce qui est vraiment nouveau. Noël, ce n'est pas Dieu qui est venu - à l'accompli, et maintenant nous ne savons pas trop où Il est, ce qu'Il fait, avant qu'Il ne " retourne ", " re-vienne "… Ce n'est pas qu'Il est venu (verbe à l'accompli), à telle ou telle date, dans un lointain passé. Noël nous dit tout autre chose. Noël nous dit comment Il vient (verbe au présent), et où nous pouvons le trouver, Lui qui vient. " Voici ton salut qui vient " - a dit le prophète Esaïe. Il écrivait avant la naissance de Jésus-Christ. " Grâce et paix vous sont données, de la part de Celui qui est, qui était et qui vient ", a dit l'apôtre Jean, qui écrivait cent ans après la naissance de Jésus-Christ. Les deux disent : il vient. Non pas re-vient, mais vient. Pour dire qu'on ne peut pas fixer la venue de Dieu, en Jésus-Christ, à la date de sa naissance - date qui de toute façon est contestée. Non, Noël nous dit autre chose - une chose qui nous touche de beaucoup plus près, qui touche nos personnes, nous qui vivons aujourd'hui. Noël nous raconte comment Dieu vient visiter nos vies, et où nous pouvons le trouver, dans nos vies, aujourd'hui. Cantonner la venue de Dieu dans le passé - un passé qui au fond ne nous concerne plus guère, ce n'est pas autre chose qu'un subterfuge, une façon de fuir l'appel de Dieu qu'Il nous adresse aujourd'hui, à nous qui vivons dans notre temps, qui n'est pas un temps pire que celui de nos aïeux - pas meilleur, mais certainement pas pire. Comme si la question était là…
Comment Dieu vient-Il visiter nos vies - aujourd'hui ? Où pouvons-nous le trouver ?
Voilà le vrai sens de Noël. Voilà le magnifique mystère de Noël - aussi plein et dense aujourd'hui qu'il l'était hier, et avant-hier et il y a dix siècles, vingt siècles : Dieu vient à nous en prenant sur Lui notre condition humaine, en devenant homme - plus, en devenant ce que nous les hommes sommes devenus. Et c'est bien cela, ce que les récits de Noël nous racontent, en nous présentant Dieu sous l'aspect d'un nouveau-né, faible, vulnérable - c'est ce qu'accentue l'évangéliste Luc, dès le départ menacé par le mal et par la méchanceté - c'est ce qui est accentué aussi dans l'Evangile selon Matthieu, que nous venons de lire. Voilà le vrai message de Noël, qui est un message réconfortant - oui, réconfortant. Alors, pourquoi fuir l'appel qu'il comprend ?
En Jésus, Dieu prend sur Lui notre condition humaine - notre nature, notre chair, disaient les réformateurs. Oui, celui qui est là, l'enfant couché dans la crèche, c'est notre pauvre chair et sang, comme il est dit dans un fameux cantique de Luther. Faible, vulnérable, menacé. C'est notre chair qu'il sanctifie par son obéissance et sa souffrance, c'est notre chair - c'est nous, qui mourons avec lui sur la croix et qui avec lui sommes ensevelis…
Oui, il a pris sur lui notre condition humaine, afin qu'avec lui nous ressuscitions et ayons la vie éternelle.
Dieu vient à nous. Il ad-vient. Regardez la crèche : dans le corps - chair et sang - de ce petit, Fils incarné de Dieu le Père, c'est votre chair, votre misère, votre peur - oui, c'est toute votre misère qui s'y trouve portée, pardonnée, sanctifiée. Vous dites : Je suis moi, donc avec tout ce qui est moi, nature, chair et sang, tout ce que vous voulez - je suis, avec tout ce qui est moi, mauvais, minable, méprisable - et si vous ne le dites pas vous-mêmes, d'autres ne manquent pas de le dire pour vous, à commencer par ceux qui ne font que critiquer, nja-nja-nja - nja-nja-nja… L'Evangile de Noël vous dit : Dieu vient à toi, et tout ce qui est toi - condition, nature, chair et sang - toi, Il t'accueille, Il te recueille. C'est lui qui porte ce qui fait toi, c'est Lui qui te porte.
Et aussi, l'Evangile de Noël nous appelle à revisiter nos vies. Oui, chers amis, examinez un peu vos vies passées, comme des troupes qu'on passe en revue. Racontez-moi un peu vos vies. Je vous écoute. Vous avez fait ceci, vous avez fait cela - c'est bien, c'est beau, c'est tout ? " Non, ce n'est pas tout - mais vous savez, pour le reste… Ce n'est pas grand chose. Je ne vais tout-de-même pas vous embêter avec tous ces moments - ces nombreux moments de ma vie, où j'étais triste, sombre, déprimé, ces longs moments de ma vie dénués de tout intérêt, d'ennui, de routine… La vie, il y a des hauts, rares certes, et des bas, beaucoup plus nombreux, et qui durent beaucoup plus longtemps. Ces creux - en effet, quel intérêt ? " L'Evangile de Noël vous répond : Dieu, qui en Jésus prend sur lui, porte notre condition humaine - oui, aussi ! notre pauvreté, notre faiblesse, était là, précisément là, dans ces moments pauvres, ces creux de vos vies que vous méprisez (" quel intérêt ? "). Le monde court à droite, à gauche pour vivre des moments riches et pleins et forts - Jésus est là, dans les moments pauvres de nos vies. Oui, ça aussi - c'est l'Evangile de Noël…
Et puis vous dites : " Oh, vous savez, j'ai eu mes rêves, comme tout le monde. Des illusions. Tout chantait autour de moi, tout était beau, eh bien oui, j'aurais pu chanter, crier, pleurer, écrire mille poèmes, tellement j'avais de l'amour à vendre. Non, pas à vendre, simplement à donner, gratuitement, j'en avais les bras pleins. Mais bon, c'était vite vu. Quelques réflexions de la part d'autres, de gens très proches même, en qui j'avais confiance, de qui je dépendais car j'étais encore jeune, des gens raisonnables - quelques réflexions qui me heurtaient comme des coups de massue : ne fais pas l'imbécile, n'exagère pas, calme-toi - et me voilà rangé, raisonnable, comme tout le monde. Ce n'était que de beaux rêves, mais ce n'est pas avec des rêves qu'on avance dans la vie. " L'Evangile vous répond - l'Evangile d'aujourd'hui, celui selon Matthieu - vous répond : en Jésus-Christ, Dieu était là, dans vos rêves, dans vos illusions, dont tout le monde se moque, à commencer par vous-même. Regardez comme on parle de Lui dans ce récit qui est comme un beau rêve : des mages de l'Orient viennent lui apporter de magnifiques cadeaux. Et pourtant voilà, le rêve, qui n'est pas qu'un rêve, est menacé dès le départ. Menace représentée, symbolisée par le roi Hérode, rusé, cruel, se croyant certainement fort raisonnable - raison d'état…
Dieu, en Jésus-Christ était là, dans les creux de nos vies, dans nos rêves aussi, dont tout le monde se moquait. Alors, quand maintenant nous relisons nos vies, voilà que tout-à-coup nos vies semblent s'être élargies, et oh combien enrichies. Avant, c'était comme une peau de chagrin, à force de mépriser, et d'éliminer des pans entiers de nos vies passées (" quel intérêt ? " Ou " Ce n'étaient que des illusions… "). Il n'en restait plus grand'chose, de ces vies passées qui étaient les nôtres. Maintenant, tout devient riche de sens, d'avenir, d'éternité - oui, même ces longs moments de nos vies qui nous semblaient auparavant si dénués d'intérêt. C'est là où il était, même si au moment même, nous ne l'y voyions pas. L'Evangile de Noël nous appelle à relire, à récapituler nos vies, et voilà le miracle : il s'avère que toute notre vie, même dans ces moments les plus creux, voire les plus douloureux, était remplie de promesses. Des creux ? - Il faut des creux dans la terre, pour que des semences puissent germer. Des souffrances ? - Peut-être, peut-être - chacun de vous le dira pour soi-même - peut-être en êtes vous sortis plus forts, plus patients, plus solidaires avec toute l'humanité en souffrance que vous ne l'étiez avant ? Je n'en sais rien. A vous de voir. Mais sachez-le, dans ces moments de vos vies, que vous ne vouliez pas me raconter, parce que vous vous disiez que cela n'avait aucun intérêt - eh bien, lui, l'enfant de Noël, le Fils incarné de Dieu le Père, était là. Et c'est pareil pour ces moments que vous passiez à rêver - à rêver sur ce qui est bien, et beau, où vous auriez voulu embrasser le monde entier, tellement vous étiez remplis de joie, d'enthousiasme et d'amour. Que vous étiez vulnérable à ces moments-là ! Et vous l'aviez vite compris. Baf ! Ne fais pas l'imbécile. Vos belles illusions, dès le départ étaient menacées. Dieu, en Jésus-Christ était là…
Pour dire, chers amis, que Noël n'est pas l'affaire d'un passé qui au fond ne nous concerne plus. Au contraire, Noël, c'est Dieu qui vient (verbe au présent), pour nous réconforter aujourd'hui, et qui nous appelle à revisiter nos vies, afin d'y reconnaître, et d'y recueillir les nombreux signes de sa présence. Dans ces creux de nos vies - Il était là. Dans ces rêves d'amour, rêves dès le départ menacés par les bonnes raisons des gens raisonnables - Il était là. Noël, c'est Dieu qui vient visiter nos vies, notre aujourd'hui et notre passé, afin de les conduire à la plénitude de Sa vie.
Voilà que ton salut vient. De la part de Celui qui est, qui était et qui vient.
Amen

Gaspard Visser‘t Hooft
Publié le 07/11/2009 @ 15:28  Prévisualiser  Imprimer l'article
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