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Dimanche 15 avril 2018 - par Ruth-Annie Coyault

Dimanche 15 avril 2018

Joie d’être témoin du Ressuscité…

Luc 24, 35-48 Jésus apparaît aux disciples

 

Ils racontèrent ce qui leur était arrivé en chemin, et comment ils l'avaient reconnu à la fraction du pain. Tandis qu'ils parlaient de la sorte, lui-même se présenta au milieu d'eux et leur dit : Que la paix soit avec vous.  Saisis de frayeur et de crainte, ils pensaient voir un esprit. Mais il leur dit : Pourquoi êtes-vous troublés et pourquoi ces raisonnements s'élèvent-ils dans vos cœurs ?

Voyez mes mains et mes pieds, c'est bien moi ; touchez-moi et voyez ; un esprit n'a ni chair ni os, comme vous voyez que j'en ai. Et en disant cela, il leur montra ses mains et ses pieds.

Comme, dans leur joie, ils ne croyaient pas encore, et qu'ils étaient dans l'étonnement, il leur dit : Avez-vous ici quelque chose à manger ? Ils lui présentèrent un morceau de poisson grillé. Il le prit et le mangea devant eux. Puis il leur dit : C'est là ce que je vous disais lorsque j'étais encore avec vous ; il fallait que s'accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les prophètes et dans les psaumes. Alors il leur ouvrit l'intelligence pour comprendre les Écritures.

Et il leur dit : Ainsi il est écrit que le Christ souffrirait, qu'il ressusciterait d'entre les morts le troisième jour et que la repentance en vue du pardon des péchés serait prêchée en son nom à toutes les nations à commencer par Jérusalem. Vous en êtes témoins.

 

Prédication

Je répète assez souvent que l’évangile est une bonne nouvelle réaliste, la foi en Jésus ne fait pas des chrétiens des gens qui « planent », la vérité c’est que nous sommes nourris par une parole qui nous ramène sans cesse sur la terre ferme avec ses circonstances réelles, et c’est dans ces circonstances qu’elle nous fait entendre le message d’espérance qui vient du Seigneur.

Et justement, au jour de la résurrection, ce sont des disciples aux prises avec les circonstances de la vie qui accueillent de façon mitigée le Christ ressuscité : ils sont enfermés dans la maison, ils se cachent à vrai dire, de peur de subir le même sort que le Seigneur, et quand les frères revenus du village d’Emmaüs les rejoignent, ils ont du mal à croire leur témoignage. La confrontation avec la mort est passée par là et a entamé leur foi, c’est compréhensible. Comment se rappeler les paroles du Seigneur quand on l’a vu mourir et qu’on est menacé de mourir aussi ? D’ailleurs les persécutions auront lieu, l’évangéliste Luc va les raconter dans le livre des Actes. Dans ces circonstances troublées/difficiles où les disciples ne comprennent pas, ne se rappellent pas les Écritures et ont du mal à croire, le Ressuscité paraît et va leur donner la paix. La résurrection, c’est d’abord la manifestation du Christ qui vient donner la paix au milieu des circonstances difficiles ; c’est en cela que Jésus est véritablement le prince de la paix qui vient apaiser le cœur des hommes quand il est troublé. La résurrection n’est pas racontée comme un mystère à vénérer aveuglément sans rien comprendre. Bien au contraire, quiconque croit au Christ a quelque chose à comprendre de sa résurrection, parce que c’est pour nous que Jésus est ressuscité, ce n’est pas pour nous épater ou nous distraire que sa résurrection est racontée, Pâques est un événement en faveur les humains, pour que tout homme vive de la victoire de Dieu et de son Christ à la croix et qu’il soit encouragé dans ce qu’il vit personnellement.

La résurrection n’est pas racontée pour nous persuader que notre Dieu est le plus fort/merveilleux/grand, non, je crois que l’évangile témoigne de la résurrection comme une expérience vécue avec le Christ vivant qui va tout changer… Car les disciples qui s’enfermaient dans la maison vont devenir, dans le livre des Actes, des témoins audacieux qui vont défier les autorités religieuses et dire la vérité de ce qu’ils ont vécu avec Jésus. Les risques seront toujours aussi importants, mais dans le cœur, la présence du Ressuscité et sa paix ont tout transformé

 

Le réalisme biblique, c’est aussi de raconter une manifestation du Christ qui fait peur au lieu de susciter d’emblée une joie qui évince le questionnement et le raisonnement. L’humain raisonne, dit l’évangile, et les disciples réagissent de ce point de vue-là, la logique leur fait penser qu’un homme mort ne peut pas se relever vivant, parlant, mangeant comme si de rien n’était… Les raisonnements des disciples sont les nôtres aujourd’hui, ce n’est pas évident pour notre esprit cartésien d’accueillir le mystère de la résurrection, et l’évangile reconnaît cette difficulté, et il en témoigne en racontant l’effroi des disciples qui croient voir un fantôme…

Le Christ qui demande à manger à ses disciples pour prouver qu’il n’est pas un fantôme, ce n’est pas la preuve apportée à la matérialité physique de la résurrection, au sens que le Christ serait redevenu vivant dans le corps qu’il avait avant sa mort. Je crois que l’évangéliste Luc veut montrer la réalité de la résurrection, au sens que le Jésus crucifié à Golgotha est réellement revenu à la vie, il vit et il est présent parmi ceux qui croient en lui, même s’il n’est plus dans le corps que les disciples ont connu auparavant. D

’où leur épouvante quand ils le voient : d’un côté ils le reconnaissent, et de l’autre côté ils ne reconnaissent pas Jésus, car le Christ est à jamais transformé par l’événement de la résurrection, un peu comme sur la montagne de la transfiguration Jésus change d’aspect en présence de Moïse et Élie...

 

La résurrection de Jésus n’est donc pas une affirmation attractive du christianisme pour dire : ‘Regardez en quel Dieu nous croyons, il ressuscite les morts et a tout pouvoir sur la mort !’  La résurrection, c’est une bonne nouvelle qui permet à l’homme d’espérer et d’avoir la paix au milieu des circonstances qu’il traverse. Mais pour vivre de cette espérance et de cette paix que le Ressuscité donne, il faut croire, or cette bonne nouvelle de la résurrection n’est pas évidente à accepter, comme le montre l’attitude des disciples, et il n’y a aucun jugement dans le récit de l’évangéliste Luc, il montre simplement une difficulté de la foi à laquelle tout croyant est confronté, y compris les fidèles et les intimes du Seigneur… On peut être un bon croyant et pourtant avoir une réelle difficulté à croire que le Seigneur est vivant et réellement présent à nos côtés…

 

Le texte dit que la joie des disciples est mêlée de doute, elle est même la cause du doute, littéralement : « Comme ils ne croyaient pas encore, à cause de la joie… » C’est trop beau pour être vrai, c’est carrément impossible ! Et justement, on s’attendait plutôt à ce que cette joie manifeste la foi et non le doute sur le fait que Christ est réellement ressuscité, d’autant plus que son apparition vient confirmer ce que les disciples d’Emmaüs sont en train de leur raconter !

La résurrection est bien souvent le sujet qui révèle les limites de la foi. C’est le cœur de la proclamation de la bonne nouvelle : Jésus est ressuscité, la vie triomphe de la mort, le salut est entré dans l’humanité. Mais malgré la joie que procure cette proclamation, la résurrection se heurte à nos objections/réflexions/raisonnements, c’est ce que l’évangile de ce matin nous laisse entendre. Il y a la joie et il y a le doute dans le cœur des disciples, dans nos cœurs…

Comment alors être témoins du Ressuscité avec des pensées contradictoires ?

C’est l’histoire de Thomas à qui le Seigneur a dit : « Heureux ceux qui n’ont pas vu, mais qui ont cru… » Heureux ceux qui ont fait confiance au Seigneur, parce que finalement, la foi ne dépend pas de ce qu’on voit. Les disciples finiront par croire grâce à la Parole du Seigneur qui va leur rappeler les saintes Écritures, leur ouvrir l’intelligence et aussi poser des gestes concrets (en mangeant) pour réveiller leur mémoire. Réveiller la mémoire de ce qui était annoncé dans les prophéties bibliques, réveiller la mémoire de ce que les disciples ont vécu et entendu de la part du Seigneur, la mémoire du dernier repas que Jésus a d’ailleurs commencé à réveiller avec les 2 disciples d’Emmaüs, il leur a partagé le pain et leurs yeux se sont ouvert (il est important ce verbe ouvrir, c’est une clé pour comprendre le texte). Et maintenant c’est la suite du repas d’Emmaüs, Jésus mange ce que les disciples lui proposent pour que leurs yeux s’ouvrent et qu’ils le reconnaissent, qu’ils voient enfin que ce Jésus qui mange le poisson devant eux, ce n’est pas un autre Jésus, ce n’est pas un esprit ou une fabrication mentale, c’est le Seigneur, Celui-là même qui a partagé leur quotidien.

« C’est bien moi » dit Jésus, et dans le texte grec, il dit : « Moi JE SUIS moi-même », JE ne suis pas une autre personne, JE suis le même, Celui qui était mort et qui est vivant, JE SUIS le même hier, aujourd’hui et éternellement.

 

On a beaucoup épilogué sur le Christ en chair et en os qui mange du poisson pour prouver à ses disciples qu’Il est bien ressuscité dans son corps, la matérialité de la résurrection pose problème dans nos cœurs qui émettent des objections comme les disciples : un corps mort, c’est un corps mort, on a du mal à concevoir que la chair pourrie, décomposée redevienne une chair saine et vivante… Alors oui, on est désemparé devant ce Jésus aux mains percées qui mange du poisson, mais je crois que l’évangéliste Luc a choisi d’exprimer une réalité spirituelle avec la matérialité du corps

Ce Ressuscité qui porte les marques de la mort atroce qu’il a subie, qui ne disparaît pas comme il l’a fait avec les deux disciples à Emmaüs, ce Ressuscité debout au milieu des siens et qui se nourrit du pain des hommes, il nous parle d’un Sauveur qui ne veut ni la gloire du ciel ni les démonstrations de puissance qui frappent les regards. Lui qui a multiplié les pains et nourri des milliers d’hommes, le voilà qui tend les mains pour recevoir de ses disciples un peu de poisson. Le Seigneur veut simplement être notre Sauveur, présent au milieu de nous, il ne nous emmène pas au ciel, mais il nous ramène à la réalité de la terre. Et dans son corps qui a souffert, il mange ce qu’on lui donne, pour dire à ses disciples, à nous, qu’il n’oublie rien de nos souffrances sur cette terre. Le Ressuscité restera à jamais le Crucifié qui souffre avec nous, qui partage nos misères et qui nous donne sa présence, pour que la tristesse se change en joie, et que le doute fasse place à la foi.

 

La joie du salut et le manque de foi en ce salut…

La joie du Christ et le manque de confiance en Christ… Ça ne colle pas ensemble, pourtant l'évangile nous dit que cette contradiction habite le cœur des disciples, elle habite nos cœurs de chrétiens, elle exprime la part de fermeture qu’il y a en nous, et le Christ est venu pour nous « ouvrir l’intelligence », car sans lui, sans son Esprit, nul ne peut comprendre et accueillir sa résurrection...

Notre réalité est habitée par des souffrances qui nous empêchent parfois de croire, qui suscitent des objections. Nous aimons Jésus, nous avons la joie d'être ses disciples et de le servir, mais à côté de cette joie, il y a des questions existentielles, des vraies questions, des vrais problèmes pour lesquels on sait bien que Jésus n'est pas là en chair et en os pour tout solutionner… Il est ressuscité, Il a vaincu la mort, c'est ce que nous croyons, mais nous sommes encore confrontés à cette mort, et dans les souffrances qui nous accablent, dans les épreuves les plus rudes qui nous donnent le sentiment d’être abandonnés de tous et même abandonnés de Dieu, comment croire que le Christ ressuscité est réellement présent à nos côtés ? En esprit, théoriquement oui, on veut bien accepter l’idée que Jésus est là, mais dans la réalité concrète, est-il là ? Le Seigneur pleure-t-il avec moi quand je souffre ? Si c’est le cas, j’aimerais qu’il m’ouvre les yeux, que je voie et que je comprenne ce que le Christ ressuscité fait pour moi…

La foi ne naît pas à partir d’une démonstration de preuves tangibles, le texte de ce matin montre justement que la preuve la plus tangible (le Ressuscité en chair et en os) ça ne marche pas ! Il n’y a que la Parole de Dieu et l’enseignement du Christ qui font naître la foi. Il faut que le Seigneur nous ouvre aux réalités spirituelles, qu’il ouvre nos yeux et notre intelligence, comme il a fait à Emmaüs et à Jérusalem. Les disciples joyeux et sceptiques à la fois ont eu besoin que le Seigneur les enseigne à nouveau pour que la foi reprenne le dessus sur les raisonnements et les objections. « La foi, disait l’apôtre Paul, vient de ce qu'on entend, et ce qu'on entend vient de la parole de Christ. » (Romains 10, 17).

 

Conclusion :

Comme le Seigneur a rejoint les disciples dans leurs circonstances compliquées faites de peur, d’enfermement et de doute, il nous rejoint aujourd’hui, avec ce que nous sommes et ce que nous vivons, il nous appelle à être ses témoins. Avec nos doutes, nos peurs, notre esprit fermé qui a du mal à comprendre, le Seigneur se manifeste à chacun et nous envoie pour être ses témoins.

Le Seigneur a communiqué la paix à ses disciples, il leur a rappelé ses paroles et leur a laissé une mission en disant : « C’est vous qui êtes témoins de tout cela. » Nous qui avons entendu la Parole du Seigneur, c’est nous qui sommes témoins maintenant. Témoins du Christ crucifié et ressuscité, témoins auprès de ceux qui croient comme auprès de ceux qui ne croient pas, témoins pour ceux qui cherchent à comprendre et pour ceux qui contestent les vérités bibliques, témoins auprès de ceux qui souffrent et qui espèrent que Christ les ressuscitera dans toutes les souffrances qu’ils endurent…

Oui, le Seigneur nous ouvre l’intelligence pour que nous soyons ses témoins. Témoins dans la joie, témoins dans la confiance au Christ ressuscité. Amen.

 

Publié le 10/05/2018 @ 13:14  Prévisualiser  Imprimer l'article

Dimanche 08 avril 2018 - par Ruth-Annie Coyault

Prédication du dimanche 8 avril 2018 à Versailles

Jean 20, 19-31 Thomas et le Ressuscité

 

Le soir de ce même jour qui était le premier de la semaine, alors que, par crainte des Juifs, les portes de la maison où se trouvaient les disciples étaient verrouillées, Jésus vint, il se tint au milieu d'eux et il leur dit : « La paix soit avec vous. »Tout en parlant, il leur montra ses mains et son côté. En voyant le Seigneur, les disciples furent tout à la joie. Alors, à nouveau, Jésus leur dit : « La paix soit avec vous. Comme le Père m'a envoyé, à mon tour je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et leur dit : « Recevez l'Esprit Saint ; ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. »

Cependant Thomas, l'un des Douze, celui qu'on appelle Didyme, n'était pas avec eux lorsque Jésus vint. Les autres disciples lui dirent donc : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur répondit : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je n'enfonce pas mon doigt à la place des clous et si je n'enfonce pas ma main dans son côté, je ne croirai pas ! » Or huit jours plus tard, les disciples étaient à nouveau réunis dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vint, toutes portes verrouillées, il se tint au milieu d'eux et leur dit : « La paix soit avec vous. » Ensuite il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici et regarde mes mains ; avance ta main et enfonce-la dans mon côté, cesse d'être incrédule et deviens un homme de foi. » Thomas lui répondit : « Mon Seigneur et mon Dieu. » Jésus lui dit : « Parce que tu m'as vu, tu as cru ; bienheureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru. »

Jésus a opéré sous les yeux de ses disciples bien d'autres signes qui ne sont pas rapportés dans ce livre. Ceux-ci l'ont été pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour que, en croyant, vous ayez la vie en son nom.

 

Prédication

La tentation du Christ glorieux : n’est-ce pas celle de tout chrétien à un moment ou un autre de son engagement avec le Seigneur ? Le Jésus sanguinolent de La passion du Christ de Mel Gibson, le Jésus criblé d’épines du retable d’Issenheim, ça va pendant la semaine sainte, mais après on revient au Jésus glorieux et victorieux qui est sorti du tombeau, qui est vivant et qui a visage humain. Car le Jésus crucifié/défiguré par les souffrances de la passion, c’est un visage de la foi beaucoup trop choquant pour être celui avec lequel les chrétiens aimeraient cheminer au quotidien, d’ailleurs certains ont du mal lorsqu’on mentionne un peu trop à leur goût le sang et le sacrifice de Jésus…

Le Christ ressuscité est de loin préféré au Christ crucifié, et le texte de ce matin constitue une exhortation à corriger cette préférence, car Jésus est Sauveur en vertu de sa mort et de sa résurrection. Le Christ sauveur, ce n’est pas seulement celui qui a vaincu la mort, c’est aussi et avant tout celui qui est mort à la croix… Le Ressuscité est le Crucifié, la gloire du Christ est indissociable de ses souffrances, et le témoignage de la foi ne peut être rendu qu’à ce Christ-là qui a souffert pour le salut du monde, qui est mort et ressuscité. C’est pour cela que l’évangile décrit cette scène où le Ressuscité salue ses disciples en montrant ses blessures, pour rappeler que le Ressuscité est et demeure le Crucifié. La foi au Christ sauveur consiste à croire en ce Christ-là, crucifié et ressuscité, sinon il y a quelque chose de bancal dans l’espérance que l’on place en Jésus.

Or voici qu’il y a un disciple, Thomas, qui s’est taillé un Sauveur à sa mesure, un sauveur qu’il veut toucher du doigt, saisir, avoir sous la main, un sauveur qui doit correspondre au souvenir qu’il en a, à l’image qu’il s’en fait. Pour Thomas, le Sauveur porte la marque des clous, et Thomas, nous dit le texte, est celui qu’on appelle Didyme (didumos), c’est-à-dire le jumeau, donc on peut dire que d’une certaine manière, Thomas cherche un sauveur jumeau de sa pensée, qui ressemble en tous points à celui qu’il s’imagine.

N’est-ce pas la même chose pour nous ? Ne cherchons-nous pas un Seigneur qui soit tel que nous nous le représentons ? Un sauveur qui nous corresponde et soit à portée de main, palpable comme au soir de la résurrection, un sauveur modulable qui est tantôt figure d’humilité lorsque nous l’imaginons comme l’ami des plus petits et des exclus, et tantôt figure d’autorité quand nous voulons qu’il soit le tombeur des pharisiens et de leur hypocrisie…

 

Le Christ de Thomas n’est pas un Christ glorieux avec un corps parfait qui n’est pas marqué par ce qu’il a souffert, c’est un Christ torturé/supplicié qui a été transpercé avec une lance, et il en est sorti du sang et de l’eau, signe qu’il était bel et bien mort. Thomas veut voir le Crucifié qui est mort à Golgotha, il ne s’attend pas à voir le Vivant, il cherche à toucher les blessures qui attestent de la mort, il ne peut croire que Jésus soit vivant… Dimanche dernier, nous avons proclamé que Christ est ressuscité : croyons-nous vraiment qu’il est vivant ? N’avons-nous pas des doutes comme Thomas ? Ne sommes-nous pas confrontés à l’évidence de la mort qui empêche d’accueillir le mystère de la résurrection ?

 

Jésus ressuscité montre ses mains et son côté percés, il manifeste sa présence aux disciples de telle sorte qu’ils se souviennent qu’il est Celui qui les a aimés et a souffert pour eux. Quand le Christ se fait présent dans les difficultés de notre quotidien, dans une situation d’épreuve comme celle que les disciples ont pu connaître au moment de la passion, il nous rappelle tout l’amour qui l’a conduit à la croix pour que nous nous sachions aimés, pour que nous mettions notre foi en lui et reprenions courage.

Face aux épreuves de la vie, souvenons-nous que Jésus est le Crucifié qui a souffert par amour pour nous, il ne nous laissera pas tomber, il nous donne sa présence pour nous aider à traverser ces épreuves, pour que nous sachions qu’il est aussi le Ressuscité (le victorieux qui a vaincu la mort), et il est avec nous, Dieu est avec nous, comme dit le psaume 46 : « Dieu est pour nous un refuge et un appui, un secours qui ne manque jamais dans la détresse. C’est pourquoi nous sommes sans crainte quand la terre est bouleversée, et que les montagnes chancellent au cœur des mers, quand les flots de la mer mugissent, écument, se soulèvent jusqu’à faire trembler les montagnes. » (Psaumes 46, 2-4). En Christ Ressuscité qui se manifeste après sa résurrection, Dieu nous dit qu’il est avec nous...

 

Thomas n’a donc pas tort de se représenter le Ressuscité avec les marques des blessures de sa crucifixion, il a pleinement raison de rechercher ce Jésus blessé à mort pour nos péchés ; la résurrection n’efface pas les souffrances du Christ à la croix, au contraire, elles resteront à jamais marquées dans le cœur des fidèles. Le problème de Thomas, c’est qu’il croit au Crucifié, mais pas au Ressuscité... Il y a quelque chose de bancal dans sa foi… Or Pâques, c’est la proclamation de la mort et de la résurrection du Seigneur. Mais Thomas ne reçoit pas le témoignage des autres disciples, et il n’y a pas d’annonce de la bonne nouvelle sans témoignage…

À cause de son refus de recevoir le témoignage des autres disciples, Thomas devient la figure de celui manque de foi, et il se fait reprendre par le Seigneur. La foi, lui dit Jésus, ne consiste pas à ne croire que ce qu’on voit, la foi naît dans le cœur à partir du témoignage que l’on entend... C’est pourquoi le témoignage a été écrit, comme il est dit à la fin du texte, pour que les gens croient, et l’apôtre Paul écrit lui aussi dans sa lettre aux chrétiens de Rome : « La foi vient de ce qu’on entend, et ce qu’on entend vient de la parole du Christ. » (Romains 10, 17). La foi ne vient ni des évidences ni des démonstrations sur lesquelles nous aimerions adosser notre conviction, la foi vient du témoignage qui est rendu au Christ.

 

L’Évangile de Jean invite le lecteur – nous – à recevoir le témoignage sur Jésus pour qu’à son tour il transmette ce qu’il a reçu : c’est la mission. Il ne s’agit pas de croire pour croire, mais de croire et partager la bonne nouvelle : c’est le passage du témoin. Celui/celle qui a cru est d’office envoyé/e par le Seigneur, engagé/e à rendre témoignage au Ressuscité. C’est pourquoi Jésus se manifeste parmi ses disciples avec un ordre de mission : « Comme le Père m'a envoyé, à mon tour je vous envoie. » Et c’est intéressant de voir de quelle manière il équipe les disciples pour cette mission.

 

Le Seigneur commence par donner la paix à ses disciples. Bien sûr, c’est une salutation bien connue au Proche-Orient et ailleurs, on se souhaite la paix, mais ici la salutation fait écho à une autre parole du Christ prononcée au cours de ses derniers entretiens avec les disciples : « Je vous laisse ma paix, je vous donne MA paix. » (Jean 14, 27). Donc ce n’est pas n’importe quelle paix que les disciples reçoivent, c’est le don spécifique qui vient du Seigneur, et nous savons combien cette paix diffère de la paix des hommes qui est souvent piégée par des tractations douteuses, monnayée, imposée par les armes…

La paix que les disciples reçoivent dans la salutation du Seigneur Jésus est un don essentiel. Ce don de la paix permettra aux disciples de rester sereins dans l’annonce de l’évangile, alors même qu’il y aura des persécutions.

Il faut que le Seigneur nous donne sa paix pour que nous puissions porter sa Bonne nouvelle aux autres. Quand la paix du Christ est dans notre cœur, elle prédispose et prépare au témoignage, elle fortifie face à l’adversité, pour que les secousses de la vie ne nous jettent pas par terre…

 

Lorsque Jésus ressuscité apparaît aux disciples et les envoie en mission, ils sont dans une situation extrêmement troublée, ils s’enferment à double tour par crainte des Juifs, ils se cachent pour ne pas être mis à mort comme Jésus. Pourtant, dans ces circonstances difficiles, les disciples vont trouver la force de sortir et de prêcher la Bonne nouvelle, parce qu’au fond de leurs cœurs, la paix du Seigneur a fait son œuvre et les a rendus prêts à être ses témoins…

 

Pour équiper ses disciples pour la mission, le Christ ressuscité leur communique le Saint-Esprit : Jésus souffle sur les disciples, et ça rappelle le geste du Créateur au commencement : Dieu souffle dans les narines du premier être humain, et il devient un être VIVANT. C’est la création nouvelle ici qui s’accomplit en Christ. Les disciples sont recréés, renouvelés dans leur vie, dans leur manière d’être. C’est un nouveau départ qui est donné à chacun, et nous découvrons ici l’identité profonde et particulière que le Seigneur nous donne en tant que chrétiens : le chrétien, c’est celui sur qui le Christ a soufflé, c’est celui sur qui repose l’Esprit du Père, l’Esprit communiqué par Jésus.

Nous sommes donc dépositaires de l’Esprit de Dieu que nous portons en nous comme l’Esprit qui nous fait vivre, et l’Esprit ne nous fait pas vivre n’importe comment, Il nous fait vivre comme des CRÉATURES NOUVELLES.

Le Seigneur n’envoie donc pas les disciples totalement désarmés, il les envoie apaisÉs et renouvElÉs.

 

Le 3ème équipement pour la mission, c’est le pouvoir de pardonner : il n’est plus question ici de guérir ou de chasser les démons comme c’était le cas lors du tout premier envoi en mission dans les Évangiles de Matthieu (10, 1), Marc (6, 7-13) et Luc (9, 1). La mission se focalise sur la relation avec le prochain. Guérir, faire des miracles, chasser les démons, c’est bien, pardonner c’est mieux…

Guérir, faire des miracles, chasser les démons, c’est au pouvoir de Dieu, pardonner c’est en notre pouvoir, dit Jésus. Si nous le voulons, nous pouvons remettre la dette ou la retenir… Les disciples – NOUS pouvons délier/libérer ou bien lier/enfermer les autres dans ce qu’ils ont fait… Le pouvoir de pardonner est entre nos mains, à nous d’en faire usage…  Car toute personne a besoin d’être pardonnée un jour. On peut ne pas être guéri physiquement de la maladie dont on souffre, mais quand on est pardonné, c’est une force de guérison intérieure, une force de vie incommensurable qui change tout… Jésus fait donc prendre conscience à ses disciples – à nous – que le pardon est une puissance qui guérit, le pardon est au cœur de la mission, il fait la force de notre témoignage.

 

L’exhortation de l’évangéliste Jean traverse les siècles et nous est adressée aujourd’hui :

 

☞ Comment voyons-nous le Christ ?

☞ La gloire de la résurrection efface-t-elle dans notre esprit les souffrances de la croix ?

☞ Voulons-nous ouvrir nos cœurs et recevoir en nous l’Esprit de Dieu qui fait naître la foi, ou bien avons-nous besoin de voir pour croire ?

 

Dieu ne juge personne, mais il chemine avec chacun, jusqu’à ce que les doutes soient surmontés et que la foi naisse dans le cœur.

Thomas voulait des preuves palpables ou rien. Pourtant, quand le Seigneur se présente à lui, il n’avance plus la main pour toucher la marque des clous. Thomas voit le Seigneur et croit, mais là encore, il a fallu qu’il obtienne une preuve visuelle pour croire, or il aurait dû croire le témoignage de ses camarades... D’où le reproche que Jésus lui fait : « Parce que tu m'as vu, tu as cru ; bienheureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru. »

 

Le Seigneur se révèle aujourd’hui, Il se révèle dans le cœur et Il n’attend jamais de voir pour croire, Il n’attend pas de voir de quoi l’homme est capable pour croire qu’il peut devenir son témoin, Dieu fait confiance à l’homme et l'envoie...

De quelle manière allons-nous répondre à la foi que Dieu place en nous ? Certes, la tentation de faire le saint Thomas est forte (demander des preuves de son existence, de son amour et de la résurrection de Jésus), mais entendons bien ce que dit Jésus : « Bienheureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru. »

 

Conclusion :

Pâques est passé, le Christ, notre espérance, n’est plus dans la tombe. Il est vivant et Il nous attend : il s’agit maintenant de mettre notre foi en lui et de témoigner.

Pour les disciples comme pour nous aujourd’hui, c’est une vie nouvelle qui commence avec le Christ, une vie de témoins du Ressuscité. Dans cette vie nouvelle, le Seigneur n’impose rien, Il rappelle simplement l’amour du Père qui nous accorde sa confiance, qui n’exige aucune garantie, aucun test de qualification, aucune preuve que nous serons des témoins fiables.

Dans la confiance la plus totale, le Christ souffle sur toi et Il t’envoie : sa paix est avec toi, reçois son Saint-Esprit. Va, et sois son témoin. Amen.

 

Publié le 10/05/2018 @ 13:12  Prévisualiser  Imprimer l'article
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