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Dimanche 07 janvier 2018 - par Ruth-Annie Coyault

 

Prédication du dimanche 7 janvier 2018 à Versailles

Culte du Nouvel An

Psaume 90, 12-17 ; Luc 5, 1-11 Avance en eau profonde, avec Jésus…

 

PRÉDICATION

Le psaume 90, c'est le psaume de l'homme en attente : en attente d'espérance, en attente de changement, en attente de jours meilleurs. Dans ce psaume attribué à Moïse, l’homme a vécu des situations de souffrance des expériences difficiles qui lui ont fait comprendre qu’on n’est pas éternel.

Parfois, l’homme est dans la toute-puissance, il se comporte comme s’il n’allait pas mourir demain, il grille la vie par les deux bouts comme on dit, mais ici le psalmiste adopte une posture d’humilité, il a une conscience aigüe du fait que l’homme est mortel, et il est très lucide, alors il demande à Dieu de lui apprendre, pour qu’il n’oublie pas que chaque jour est d’autant plus précieux que nous sommes mortels… Chaque jour est à vivre avec sagesse, sans faire trop de bêtises, pour éviter justement de perdre la vie bêtement ; et en même temps, chaque jour est à vivre dans l’espérance, puisque le psalmiste demande à Dieu : « Est-ce que Tu vas nous en vouloir encore longtemps ? »

 

Dans la compréhension du rédacteur du psaume, le malheur frappe l’homme parce que Dieu lui en veut, Dieu le punit pour ses péchés, alors il implore la clémence de Dieu pour que le malheur s’éloigne de lui et qu’il voit des jours meilleurs.

‘Quand est-ce que ça va s'arrêter, Seigneur ? Quand est-ce que je vais enfin souffler, me reposer, me réjouir de la vie ?’

 

Le psaume 90, c'est le psaume de l'homme qui est tourné vers Dieu pour demander que le fardeau de l'existence s'allège, que la peine soit soulagée, que le dos courbé puisse enfin se redresser pour qu’il puisse dire sa reconnaissance à son Créateur.

 

C'est une prière très concrète qui ne fait pas de tournures compliquées pour demander à Dieu : ‘Ce que nous demandons, c'est que Tu bénisses le travail de nos mains pour que nous puissions vivre comme il faut et assurer l'avenir de nos enfants (il parle des descendants).’ Car si le travail de nos mains est infructueux comme la nuit de pêche de Pierre qui rentre bredouille, quelle angoisse ! Quel tourment pour celui ou celle qui a une famille à nourrir ! Quelle souffrance quand on endure des années de malheur qui n’en finissent pas, chaque année on espère, on prie pour que la nouvelle année soit meilleure…

 

Nous regardons l'année qui est passée, avec ses joies et ses peines, et peut-être que notre prière rejoint celle du psaume 90, car nous voudrions que le moins bon soit derrière nous et que Dieu nous fasse entrer dans la nouvelle année comme on entre dans une nouvelle vie débarrassée de toutes les galères passées :

 

- Si la maladie pouvait être loin derrière nous !

- Si les conflits pouvaient s'arrêter et nous laisser enfin tranquille !

- Si les problèmes pouvaient trouver une solution venant de Dieu pour que s’arrête enfin le calvaire qui dure depuis si longtemps !

- Que Dieu nous comble et nous rassasie de ses bienfaits !

- Qu’un nouveau départ nous soit donné en cette nouvelle année, pour nous et nos enfants, c'est ce que nous voulons !

 

Ce nouveau départ, c’est avec le Seigneur qu’on le prend, dans la foi et la confiance, comme Pierre qui retourne à la pêche, qui recommence exactement la même chose qu’il a faite pendant toute la nuit, mais cette fois-ci il le fait de jour et avec Jésus. Image d’un jour nouveau qui commence pour Pierre, un jour où il va laisser derrière lui sa vie passée avec ses échecs et ses douleurs, pour suivre Jésus.

Pierre laisse monter le Christ dans la barque dont il tire sa subsistance, dans la barque de son existence, il laisse le Seigneur prendre les commandes de sa vie et lui dire ce qu’il doit faire : « Avance en eau profonde, et jette les filets » ordonne Jésus.

 

Et Pierre obéit. L’échec le rend humble devant le Seigneur : il a beau connaître son métier, il ne réussira jamais une aussi belle pêche que celle qu’il va faire avec Jésus, et c’est un grand enseignement pour nous, car l’Evangile nous dit ici que nos échecs passés sont portés avec le Seigneur qui ne nous laisse pas nous dépatouiller seuls dans notre existence, Il nous rejoint dans nos souffrances et nous encourage à repartir : ne pas se décourager, ne pas se replier sur soi-même, ne pas se foutre en l’air, mais repartir avec le Seigneur…

 

Repartir avec le Seigneur en lâchant au passage certaines choses auxquelles on s’accroche peut-être trop et qui pourraient nous entraîner à la dérive, nous faire sombrer…

 

Pierre a lâché sa compétence de marin pécheur pour faire confiance au Seigneur qui est le Maître de la vie. Ça ne signifie pas qu’on renonce à nos compétences professionnelles ou qu’on renonce à ce qu’on est au nom de Jésus, pas du tout. Il s’agit de lâcher les fausses assurances, l’orgueil de celui qui croit tout savoir, il s’agit de lâcher la vanité humaine pour s’abandonner à la parole du Seigneur qui nous dit : ‘Ne renonce pas, avance encore, va plus loin là où l’eau est profonde, affronte le problème, mais cette fois je serai avec toi.’

 

Repartir avec le Seigneur en cette nouvelle année, en lâchant les poids morts qui peuvent nous faire couler, c’est faire le choix de déposer les idées noires, les pensées tourmentées, les échecs auxquels on est resté accroché pendant si longtemps, sans pouvoir s’en défaire…  Pierre a choisi de laisser derrière lui les déboires de la veille pour écouter la Parole du Christ, et il a vu la gloire de Dieu face à face. Il a si bien vu la gloire de Dieu qu’il en a eu peur !

 

Mais ce n’est pas facile de lâcher prise, pourtant, c’est peut-être la seule manière de vraiment prendre ce nouveau départ avec le Seigneur…

Peut-être que toi et moi nous devons lâcher prise quelque part en cette nouvelle année :

-       lâcher tout ce qu’on retient avec force au point de se faire du mal à soi-même ;

-       cesser les combats inutiles et destructeurs pour se concentrer sur les combats qui sont pour la vie ;

-       prendre du détachement par rapport à tout ce qui provoque des angoisses et des dépressions ;

-       laisser derrière nous les situations de souffrance et d’échec qui nous ont tellement tourmentés en 2017…

Pour que ces situations n’aient plus d’emprise sur nous et que nous puissions vraiment repartir avec Jésus, en écoutant sa Parole, afin de vivre pleinement les bénédictions que Dieu a préparées pour nous.

 

Ces deux textes du Psaume 90 et de Luc 5 nous exhortent à l’humilité et à la confiance en ce début d’année. Quand nous entrons dans la nouvelle année, il y a le rituel des bonnes résolutions : ‘Cette année, je vais faire ceci ou cela, je vais me concentrer sur ce que j'ai un peu négligé l'année dernière, je vais faire plus attention à ma famille, je vais réaliser tel rêve que je caresse depuis longtemps, etc.’

Et puis, avec le recul et la prudence des témoins bibliques, on va parfois dire comme l’apôtre Paul : ‘Si Dieu veut, je ferai ceci ou cela, si le Seigneur nous prête vie, nous réaliserons tel projet.’  Car l’expérience de la finitude nous rend sages, il vaut mieux ne présumer de rien, car personne ne sait ce que demain nous réserve…

Pour nous chrétiens, les bonnes résolutions sont toujours placées devant le Seigneur de qui nous attendons tout. Nous savons que sans Lui, nous ne pouvons rien faire, ni par rapport à nos projets, ni par rapport à la mission de l’église qui est d’annoncer la Bonne nouvelle.

 

Conclusion :

Nous sommes le 7 janvier 2018, et c'est le moment de se rappeler tout ce que Dieu a fait en 2017. Réveillons la mémoire pour redresser notre prière et l’orienter dans l’espérance, comme le psalmiste : oui, certainement, Dieu nous accordera son amitié, Il nous révèlera sa grandeur dans cette nouvelle année, Il nous soutiendra dans notre labeur et dans nos peines, Il ne manquera pas d’être présent comme Il l’a toujours été. 

Que l’année qui est commencée soit une occasion pour chacune et chacun d’expérimenter une fois encore, comme Pierre dans la barque, que le Seigneur est là, c’est Lui qui conduit toutes choses, et Il ne nous mène pas à l’échec et au désespoir, Il nous mène à la vie et Il nous donne sa victoire dans les combats quotidiens.

Alors, mes amis, embarquons avec le Christ pour la nouvelle année, prenons le large avec le Maître qui nous appelle ! Ne nous arrêtons pas aux échecs et aux découragements de 2017, repartons avec Jésus qui saura rendre cette année fructueuse et pleine de bénédictions. Amen.

 

Publié le 22/01/2018 @ 20:49  Prévisualiser  Imprimer l'article

Dimanche 25 décembre 2017 - par Ruth-Annie Coyault

Dimanche 25 décembre 2017

Culte de Noël

 

Matthieu 1, 18-25 L’annonce faite à Joseph

Voici comment arriva la naissance de Jésus-Christ. Marie, sa mère, était fiancée à Joseph ; avant leur union elle se trouva enceinte (par l'action) du Saint-Esprit. Joseph, son époux, qui était un homme de bien et qui ne voulait pas la diffamer, se proposa de rompre secrètement avec elle. Comme il y pensait, voici qu'un ange du Seigneur lui apparut en songe et dit : Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ta femme, car l'enfant qu'elle a conçu vient du Saint-Esprit, elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus, car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés.

Tout cela arriva afin que s'accomplisse ce que le Seigneur avait déclaré par le prophète : Voici que la vierge sera enceinte ; elle enfantera un fils Et on lui donnera le nom d'Emmanuel, ce qui se traduit : Dieu avec nous.

A son réveil, Joseph fit ce que l'ange du Seigneur lui avait ordonné, et il prit sa femme chez lui. Mais il ne la connut pas jusqu'à ce qu'elle eût enfanté un fils, auquel il donna le nom de Jésus.

 

PrÉdication

On oublie parfois et même souvent qu’il y a dans l’Évangile de Matthieu une annonce faite à Joseph. On est tellement habitué à l’annonce faite à Marie dans l’évangile de Luc, et on connaît par cœur la réponse de la vierge à l’ange Gabriel : « Je suis la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole. » (Luc 1, 38). Dans la belle histoire de Noël, Joseph reste toujours un peu effacé, alors qu’il joue un rôle important. Saint Joseph, mari et père oublié ou presque, on ne voit plus que la vierge et l’enfant… pour la plus grande joie des femmes qui ont le beau rôle ! D’ailleurs, dans notre confession de foi, il n’est question que de Marie, la vierge qui a mis au monde le Seigneur.

Le récit de la nativité chez Matthieu fait une sorte de zoom sur Joseph à qui la naissance de Jésus est annoncée, comme à Marie. Dans l’évangile de Luc, c’est Marie seule qui reçoit la visite de l’ange Gabriel, Joseph est le grand absent ; il sera quand même mobilisé pour la logistique (départ à Bethléem, accouchement, fuite en Égypte). L’évangile de Matthieu fait un zoom sur l’homme de foi confronté à l’inattendu de la bonne nouvelle, un zoom sur le croyant à qui Dieu fait entendre sa voix, c’est un zoom sur nous qui entendons cette bonne nouvelle de la naissance du Sauveur aujourd’hui, pour nous dire qu’elle nous concerne tous, même ceux qui ne sont pas aux premières loges pour évangéliser, pour porter le message d’amour de notre Seigneur. Même si on ne comprend pas ce que Dieu attend de nous ni ce qu’il fait, même si on a l’impression qu’on ne sert à rien et que Dieu n’a pas besoin de nous, détrompons-nous : la bonne nouvelle nous concerne tous, et le Seigneur a besoin de tous, chacun lui est utile pour que sa Parole de vie soit annoncée, et c’est avec la situation personnelle de chacun que le Seigneur travaille.

 

Mais comment être l’instrument de Dieu quand on est dans une situation compliquée comme celle de Joseph ? En effet, il a une fiancée enceinte avant la vie commune, donc un enfant qui n’est pas de lui, c’est le déshonneur assuré… Au mieux, ce sera la honte de sa vie, au pire la femme qu’il aime sera lapidée, et elle mourra avec le bébé qu’elle porte, car c’était l’usage à l’époque : si une fille n’était pas trouvée vierge le jour de son mariage, elle était lapidée (Deutéronome 22, 20-21), et si elle était convaincue d’adultère, elle périssait avec son amant (Deutéronome 22:22 ; Lévitique 20:10). Les adultères étaient tués à coups de pierres, pour extirper le péché du milieu du peuple...

 

Face à cette tragédie annoncée, Joseph tente de trouver une solution : il va rompre en secret, pour éviter le déshonneur et la lapidation de Marie. C’est tout à son honneur de se soucier d’une femme qui est enceinte d’un autre, et donc d’une femme infidèle ; Joseph est un homme bon, et par amour pour Marie, il veut que leur histoire se termine de la meilleure façon, c’est-à-dire sans le scandale pour l’un et l’autre.

Mais ses intentions, si bonnes et raisonnables soient-elles, ne sont pas le plan de Dieu… Ce sont les pensées d’un homme blessé dans son amour et qui ne voit pas ce que le Seigneur est en train d’accomplir à travers Marie. Joseph a bon cœur et aime Dieu, mais il a besoin d’aide maintenant, pour comprendre que Dieu est en train d’agir dans sa vie d’une façon particulière, pour donner au monde un Sauveur. Joseph a besoin d’aide pour voir au-delà des apparences l’œuvre de Dieu qui s’accomplit sous ses yeux, une œuvre à laquelle il est appelé à participer…

 

Méfiez-vous des apparences, la réalité n’est pas toujours ce qu’on croit… Parfois on juge trop vite son prochain, on va un peu vite à la rupture parce qu’on a été blessé, mais l’évangile nous rappelle que ce prochain avec qui on est en rupture est l’instrument de Dieu, tout comme nous… Il a certainement péché, fait de grosses gaffes qui ont pu choquer/scandaliser, mais ce n’est pas de notre jugement que Dieu a besoin, c’est de notre pardon et de notre amour… Pour comprendre cela, Joseph est visité dans son sommeil par l’ange du Seigneur, et à son réveil, il n’est plus le même homme : il voulait rompre secrètement avec Marie, le voilà qui s’empresse de l’épouser ! Il craignait le déshonneur d’avoir une femme infidèle et un enfant bâtard, et le voilà qui s’engage à devenir mari et père !

 

L’empressement de Joseph n’est pas celui de la raison, car la raison lui dictait la rupture. Son empressement est celui de la foi qui accueille le songe comme une révélation de Dieu. En effet, par le moyen du songe, Joseph a vécu une expérience avec Dieu. Cette expérience a changé son entendement et lui permet d’accueillir la vie qui grandit dans le ventre de Marie comme l’œuvre de Dieu, et non pas comme le fruit d’un adultère. Joseph a cessé de se fier à sa seule raison pour croire, pour faire confiance à Dieu. Même s’il ne comprend pas, il croit. Désormais, la grossesse de Marie, qu’il prenait pour une scandaleuse tromperie, lui apparaît comme l’accomplissement du plan de Dieu pour sauver son peuple.

Il semble bien naïf, le Joseph… Cependant le songe qu’il fait nous apprend une chose importante : la révélation divine se fait entendre dans nos cœurs lorsque nous suspendons notre raisonnement pour laisser Dieu nous parler, pour faire confiance au Seigneur.

Lorsque nous sommes malades et que le médecin nous prescrit un médicament, nous suivons ses recommandations et nous prenons ce qu’il nous a prescrit parce que nous lui faisons confiance. La foi constitue aussi un acte de confiance. L’être humain ne peut pas comprendre tout ce que Dieu fait, mais il peut l’accueillir avec joie et reconnaissance, parce qu’il fait confiance à Dieu, comme le malade a confiance en son médecin.

 

Parfois, nous voulons un Dieu dont nous avons tout compris, un Dieu dont les actions sont logiques, raisonnables, explicables, un Dieu qui dépend de nous. Au lieu de cela, Dieu nous envoie un Sauveur qui n’est pas le fils de son père, un enfant qu’il faut accueillir comme Roi alors qu’il n’a même pas de sang royal, un Roi dans la galère depuis le berceau… Nous sommes comme Joseph, confrontés au mystère de la naissance du Christ : comme Joseph, nous avons nos résistances et nos raisonnements, parce que ça ne va pas de soi d’accueillir la bonne nouvelle de l’évangile telle quelle, une bonne nouvelle qu’on ne comprend pas et qui bouleverse notre existence.

Noël, ce n’est pas seulement l’histoire de Marie qui enfante le Sauveur. C’est aussi l’histoire d’un homme que Dieu appelle et qui se voit confier une mission délicate, périlleuse. Noël, c’est l’histoire d’un homme qui accueille le Sauveur dans sa vie, dans sa maison, dans son cœur, et ce n’est pas simple pour lui…

 

Nous avons vu que la première réaction de Joseph est de vouloir rompre avec Marie. C’est un homme juste, nous dit le texte : apprenant que sa fiancée est enceinte, il ne veut pas ébruiter l’affaire, de peur que Marie soit diffamée et lapidée selon la loi de Moïse. Joseph est juste parce qu’il veut respecter la loi, sans jeter la honte sur la femme qu’il aime. Il cherche une application de la loi qui ne nuira pas à sa bien-aimée. Il choisit de protéger Marie du déshonneur et de la mort, Joseph est juste parce qu’il choisit de protéger la vie, il choisit la vie, comme dit Dieu dans le livre du Deutéronome, mais ça ne suffit pas…

 

Joseph pense quand même que Marie est coupable d’adultère, alors qu’elle a seulement accepté d’être l’instrument de Dieu, il ignore qu’il est en train de prendre une décision qui risque de faire échouer le plan de Dieu. Joseph est juste, c’est un bon croyant, un homme plein de bonnes intentions, un homme sincère et respectueux de la loi autant que de sa fiancée. Mais ça ne suffit pas.

À tous ces bons sentiments, il faut que Dieu ajoute sa révélation au moyen du songe, pour que Joseph discerne quelle est la volonté du Seigneur concernant l’enfant qui va naître. À sa logique d’homme qui veut agir de manière juste et sans péril pour la femme qu’il aime, Dieu ajoute la foi qui ne s’embarrasse pas des rigidités et des enfermements de la loi. Dieu ajoute l’éclairage de son Esprit à l’homme partagé qui aime, qui doute et qui souffre en silence… Dieu ajoute, c’est ce que signifie le nom de Joseph : (Yossef = Genèse 30, 24). Dieu ajoute ce qu’il faut dans le cœur de Joseph pour que le trouble cesse et qu’il retrouve l’espérance. L’espérance de fonder une famille avec Marie, non pas comme il aurait voulu, avec un enfant issu de ses entrailles, mais en accueillant le don de Dieu, un fils qui n’est pas que pour lui-même, mais pour le salut de tous les hommes, un fils qui est Dieu avec nous, Emmanuel.

 

Quand on parle de l’ange du Seigneur dans la Bible, ça signifie que c’est Dieu lui-même qui intervient. Le Seigneur vient donc personnellement auprès de Joseph pour lui demander trois choses :

 

è d'abord, ne pas rompre avec Marie, parce qu’elle porte en elle l’enfant divin qui doit sauver le monde.

 

è Ensuite, Dieu demande à Joseph de devenir le père de cet enfant qui n’est pas le sien, afin que ce dernier puisse entrer dans la lignée de David. Une lignée qui compte du beau monde, avec Juda qui a fait des enfants à sa belle-fille Tamar, Rahab la prostituée qui cacha les espions à Jéricho, Ruth l’étrangère issue d’une lignée incestueuse (les moabites sont nés de l’inceste de Loth avec ses filles), David qui tua un de ses plus fidèles soldats pour lui prendre sa femme Bethsabée… Bref, le Fils de Dieu va naître dans une famille qui n’est pas parfaite, une famille comparable à beaucoup d’autres qui ont aussi leurs secrets, leurs drames, leurs blessures… Le Seigneur veut naître au cœur de nos familles telles qu’elles sont, il n’est pas dans le jugement et la rupture…

 

è Enfin, le Seigneur ordonne à Joseph de donner à l’enfant le nom de Jésus, qui veut dire « le Seigneur sauve », pour montrer quelle sera sa mission parmi les hommes.

 

Rien n’oblige Joseph à faire comme l’ange du Seigneur lui a demandé. Rien ne l’oblige à épouser une femme enceinte d’un autre. Rien ne l’oblige à donner son nom à un enfant dont il n’est pas le père. Il peut choisir d’écouter sa propre justice et dans ce cas, tout s’arrête : plus de mariage, et plus de naissance dans la lignée de David… la prophétie ne s’accomplit pas.

Mais à son réveil, le cœur de Joseph a été saisi par l’Insaisissable, et sa conception de la justice n’est plus la même. En effet, sommes-nous justes parce que nous appliquons la loi et rien que la loi, ou bien parce que nous laissons Dieu nous faire entendre ce qu’il attend de nous ?

Joseph se réveille, revêtu d’une audace sans précédent : bravant la loi écrite, il laisse de côté son orgueil de fiancé qu’il croyait bafoué, il obéit à la parole qu’il a entendue de la part de Dieu, il prend Marie pour femme et devient le père de Jésus.

Le témoignage de Matthieu au sujet de la naissance de Jésus veut montrer que le songe de Joseph débloque tout et permet à la prophétie de suivre son cours. Et cela nous rappelle un autre Joseph à qui Dieu avait aussi révélé la destinée de son peuple, par des songes : il s’agit du fils de Jacob.

Joseph est la figure du croyant à qui est annoncée la venue du Sauveur : un enfant va naître, un enfant qui vient de Dieu, c’est vraiment une bonne nouvelle, mais comment faire avec les aspects incompréhensibles de cette bonne nouvelle ? Comment faut-il considérer la personne qui est porteuse de cette bonne nouvelle ? Comment l’écouter sans la juger, sans la soupçonner de raconter des mensonges ? Comment accueillir un enfant dont notre raison nous dit qu’il n’est pas né par l’action du Saint-Esprit ? C’était difficile pour Joseph, et ça l’est pour nous aujourd’hui. Alors le Seigneur vient nous aider à recevoir cette bonne nouvelle qui suscite tant de questions.

Le Seigneur s’approche de nous pour nous parler, parce qu’il veut sauver le monde avec nous, il veut agir avec tous les Joseph de notre siècle, tous les hommes et toutes les femmes de foi qui veulent bien écouter sa voix et répondre à son appel, tous les hommes et toutes les femmes de foi qui acceptent que Dieu ajoute la force de sa révélation aux limites de leurs raisonnements.

 

Conclusion :

Dans nos cœurs aujourd’hui, comme dans le cœur de Joseph jadis, une voix retentit : c’est la voix du Seigneur qui lutte avec nos résistances/nos raisonnements, c’est la voix de Dieu qui affronte les forces du refus et de l’incrédulité tapies en nous.

Joseph, serviteur exemplaire, homme de Dieu silencieux, humble et efficace, incarne l’obéissance de la foi qui accueille la promesse de Dieu et qui fait ce qu’il faut pour que la volonté de Dieu s’accomplisse. Joseph, l’homme juste, le collaborateur de Dieu, a reçu la parole du Seigneur, une parole qui l’a atteint au plus profond de son existence, une parole qui l’a marqué et l’a mobilisé au service de Dieu. Et maintenant, c’est nous que le Seigneur veut visiter, mobiliser, envoyer pour porter cette bonne nouvelle : « Aujourd’hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. » (Luc 2, 11). Amen.

 

Publié le 22/01/2018 @ 20:46  Prévisualiser  Imprimer l'article
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