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Dimanche 27 aout 2017 - par Ruth-Annie Coyault

Dimanche 27 août 2017

Matthieu 16, 13-20 Le royaume de Dieu, clefs en main

 

Arrivé dans la région de Césarée de Philippe, Jésus interrogeait ses disciples : « Au dire des hommes, qui est le Fils de l’homme ? » Ils dirent : « Pour les uns, Jean le Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. »

Il leur dit : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » Prenant la parole, Simon-Pierre répondit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. »

Reprenant alors la parole, Jésus lui déclara : « Heureux es-tu, Simon fils de Jonas, car ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et la Puissance de la mort n’aura pas de force contre elle. Je te donnerai les clés du Royaume des cieux ; tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aux cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié aux cieux. »

Alors il commanda sévèrement aux disciples de ne dire à personne qu’il était le Christ.

 

PRÉDICATION

Jamais le Seigneur n’a adressé une telle parole à un autre disciple. C’est une parole de vocation assortie de la promesse unique de recevoir les clés du royaume. Quand on entend ça, on se dit que Pierre a reçu des pouvoirs particuliers, une sagesse ou un don du Saint-Esprit que les autres disciples n’ont pas reçu... Notre esprit résiste difficilement à la tentation de faire de Pierre un homme à part ou en tout cas une personne choisie par le Seigneur pour une fonction réservée à lui seul, puisqu’aucun autre disciple n’entendra prononcer ces paroles ni ne se verra offrir les fameuses clés du royaume...

Pour ce qui est de lier et de délier, c’est donné à tous les disciples, car Jésus leur dit deux chapitres plus loin : « Amen, je vous le dis, tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. » (Matthieu 18, 18). Lier-délier, c’est le vocabulaire du pardon, et Jésus fait comprendre à ses disciples que ce qui est pardonné est compté comme tel dans le ciel, il en est de même pour ce qui n’est pas pardonné, et tous les disciples doivent l’entendre. Mais pour ce qui concerne les clés du royaume, la Parole du Seigneur est adressée à Pierre seul, parce que c’est une parole de vocation, or la vocation est un appel que le Seigneur adresse à chacun en particulier. Bien sûr, au-delà de cet appel personnel, il y a la vocation de toute l’église que le Christ appelle pour faire de toutes les nations des disciples. Ici, il faut bien entendre la parole particulière adressée à Pierre, adressée à un croyant qui confesse le nom du Seigneur. Jésus promet à Pierre les clés du royaume, et justement dans ce texte, il y a une clé de compréhension pour expliquer pourquoi Pierre est particularisé, et pourquoi il est placé en premier dans les récits d’évangile majeurs comme celui de Pâques (c’est la fameuse primauté de Pierre) :

è après le dernier repas dans l’évangile de Luc, Jésus avertit Pierre des moments difficiles qui arrivent et il lui dit : « J'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point ; et toi, quand tu seras converti, affermis tes frères » (Luc 22, 32), comme si Pierre doit être le premier à se convertir, le premier à se relever des événements de la passion pour fortifier ses frères.

è Au mont des Oliviers, Pierre est le premier à prendre la parole pour dire qu’il est prêt à mourir pour Jésus, et le Seigneur lui répond que ça sera beaucoup moins héroïque en réalité… (Matthieu 26, 30-35).

è À Gethsémani, lorsque les disciples s’endorment au lieu de prier, Jésus vient vers eux et s’adresse à Pierre pour dire pour dire à tous ses disciples : « Vous n'avez donc pu veiller une heure avec moi ! » (Matthieu 26, 40)

è Pendant le procès de Jésus, c’est Pierre qui est assis dans la cour (les autres disciples sont absents, ils ont pris la fuite, dit l’évangile de Marc, et Pierre est assis dans la cour, comme une façon d'être au plus près possible du Seigneur qui est entré dans la passion, et c'est Pierre qui est reconnu comme disciple de Jésus, c’est lui le premier qui est confronté à la vindicte populaire au point d’être obligé de renier pour avoir la vie sauve (Matthieu 26, 69-75).

Pierre est mis en avant, dans les bonnes choses et dans les moins bonnes comme le reniement.

è Au matin de Pâques dans l’évangile de Jean, Marie de Magdala constate que le tombeau est vide, et elle court vers… Simon Pierre et vers l’autre disciple pour les en informer. Et quand les deux disciples se rendent au tombeau, l’autre arrive avant lui, et pourtant c’est Pierre le premier à entrer dans le tombeau vide (Jean 20). Même l’évangile de Marc qui déconstruit totalement la figure des disciples et les disqualifie en les rendant absents au pied de la croix jusqu’au tombeau (ils ne sont même pas là pour enterrer leur Maître…), même l'évangile de Marc a trouvé le moyen de particulariser Pierre au moment de la résurrection, puisqu’il fait dire à l’ange qui s’adresse aux femmes venues au tombeau : « Allez dire à ses disciples et à Pierre qu'il vous précède en Galilée… » (Marc 16, 7).

è On peut citer aussi le récit de Pentecôte où Pierre se lève au milieu de ses frères et fait une prédication qui amène des milliers de personnes à se convertir.

Toute cela amène une question : l’apôtre Pierre est-il établi dans un statut particulier au-dessus de ses frères ? C’est peut-être ce que les premiers disciples de Jésus ont compris, puisque Pierre est devenu le chef de l’Église à Jérusalem, mais attention aux conclusions hâtives : là où nous entendons que l’évangile donne un rôle prépondérant à Pierre, il y a peut-être une autre vérité de la foi à entendre... Pierre lui-même confessera devant les autorités religieuses à Jérusalem que Jésus est la seule PIERRE/le seul ROCHER de salut que Dieu a donné aux hommes (Actes 4, 11-12). Dans sa première lettre, il redit que Christ est la « pierre vivante, rejetée par les hommes mais choisie et précieuse devant Dieu. » 1 Pierre 2, 4). Pierre lui-même ne se met pas au-dessus de ses frères, il ne se prend pas pour la pierre de fondation sur laquelle le Christ a bâti l’Église, il confesse que c’est Jésus la pierre de fondation, la pierre principale, la pierre vivante qui fait que nous sommes aussi des pierres vivantes… L’apôtre Pierre ne se prenait pas pour un homme à part possédant un pouvoir particulier ; quand le centurion Corneille l’accueille à Césarée en se prosternant devant lui, il lui dit : « Lève-toi, moi aussi je suis un homme. » (Actes 10, 26).

Donc si nous nous engouffrons dans la brèche du débat sur la primauté de Pierre, nous passons à côté de la primauté du Seigneur, car c’est lui le premier et le dernier, l’Alpha et l’Oméga, c’est lui le fondement et la tête de l’Église… Si nous débattons sur le statut particulier de Pierre comme s’il était établi premier parmi ses frères, nous oublions le statut de Christ, le premier-né qui s’est levé d’entre les morts pour notre salut, et nous passons à côté de ce qu’il veut nous dire à travers les paroles adressées à Pierre…

Il faut donc commencer par s’approprier les paroles du Seigneur pour les entendre non pas comme des paroles adressées à un seul homme une fois pour toutes, mais des paroles adressées à toute personne qui met sa foi en Jésus, pour lui dire comment le Seigneur le considère et le prend à son service. C’est une parole pour les hommes de toutes les générations et de tous les siècles, quels que soient leurs origines et leur statut. En effet, Jésus prononce ces paroles à Césarée, là où Corneille rencontrera Pierre, en territoire étranger, non loin de la Phénicie. Nous pouvons comprendre que les propos de Jésus ne sont pas destinés aux Juifs uniquement, mais aussi aux païens comme la femme Syro-phénicienne dont il guérira la fille. Les paroles du Christ sont destinées à tous les hommes, et chaque personne peut dire comment elle voit le Christ, chaque personne qui vient à Jésus est reconnue et nommée, appelée et responsabilisée dans le travail de la mission.

« Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Simon-Pierre voit en Jésus Celui qui a reçu l'onction divine et qui a été envoyé pour délivrer le peuple de Dieu et établir son règne sur la terre. Pour Simon-Pierre, Jésus est né de Dieu, Il est le Fils de Dieu, Il est de la même substance que Dieu... 

Il y a une reconnaissance mutuelle entre Jésus et Simon-Pierre. Simon-Pierre reconnaît la filiation divine de Jésus, et Jésus à son tour reconnaît Simon comme une personne sur laquelle Il a un projet.

Lorsque nous baptisons des enfants, nous aimons rappeler que Dieu nous connaît par notre nom, et il ne s’agit pas simplement du prénom que nous portons. Jésus donne un nom nouveau à Simon le fils de Jonas, il l’appelle Pierre, et ce nom dit quel est le projet de Dieu pour lui.

Au moment du baptême, quand nous demandons aux parents de dire quel est le nom de leur enfant, c'est une manière de dire que cet enfant que Dieu nomme à travers ses parents, il est dans le projet de Dieu...

Le projet de Dieu pour Pierre et pour chaque croyant, c’est qu’il reçoive les clés du royaume et devienne une pierre utile à l'édification spirituelle des hommes. C’est le Christ, le Rocher, la pierre angulaire qui peut accomplir cela, en donnant à chacun un nom nouveau, c’est-à-dire en nous reconnaissant dans l'identité spirituelle qu’il nous donne.

À travers le nouveau nom que Simon Pierre reçoit, c’est la vocation de chaque chrétien qui est formulée : vous qui croyez en Jésus-Christ, vous êtes des pierres avec lesquelle le Seigneur veut construire/édifier son église. Peu importe votre âge, votre métier, votre situation sociale ; peu importe si vous avez des responsabilités dans l’église ou si vous n’en avez pas, aux yeux du Seigneur, vous êtes une pierre utile à l’œuvre qu’Il veut accomplir en ce monde…

La question est de savoir si nous avons conscience de notre vocation et si nous acceptons d’être pour le Seigneur des pierres avec lesquelles il veut construire… Avons-nous conscience que le Seigneur a besoin de nous ?

L’Église ne peut ni se construire ni vivre ni se développer si les pierres nommées par le Seigneur ne sont pas là. Elles sont venues un jour, elles sont venues de temps en temps, pour un événement, et puis plus rien… Si nous baptisons les enfants et qu’après nous nous ne les amenons pas pour qu’ils puissent entendre la Parole de Dieu et recevoir les clés du royaume, ils risquent de devenir des chrétiens sociologiques qui n’ont pas l’occasion de vivre leur vocation en étant les pierres dont le Seigneur a besoin pour bâtir…

Car les clés du royaume ne sont ni un pouvoir ni un mystère inaccessible au commun des mortels, les clés du royaume sont dans la Parole de Dieu. Quand nous méditons les saintes Écritures, Dieu nous ouvre l’intelligence pour que nous comprenions sa volonté. Sa Parole nous apprend à délier (à pardonner), elle nous rappelle que le ciel est témoin (Dieu se souvient) de ce que nous avons lié ou délié, de ce que nous avons accepté ou refusé de pardonner, et il nous donne les clés du royaume pour que nous sachions nous libérer de tout ce qui nous enchaîne (le poids des offenses, le poids des griefs que nous avons contre les autres et qui nous entrave/lie dans notre marche vers le royaume de Dieu…).

Vous êtes une pierre pour Christ, vous qui avez votre nom sur le listing paroissial, vous qui êtes ancien ou nouveau dans la paroisse, vous qui venez chaque dimanche et vous qui venez de temps en temps, vous qui amenez vos enfants à l’école biblique, au catéchisme et au groupe de jeunes, vous qui êtes de nouveaux baptisés/confirmés dans cette communauté, vous êtes des pierres vivantes, et Jésus a besoin de vous !

Être une pierre que le Christ utilise pour bâtir son église, c’est notre identité et notre vocation. C’est ainsi que le Seigneur nous nomme/qualifie à travers les mots qu’Il adresse à Simon-Pierre. Quand on voit la capacité de destruction de l’homme dans les drames comme celui de Charlottesville ou les attentats en Espagne, la Parole de Jésus résonne encore plus fort dans nos cœurs, car elle fait comprendre à chacun : ‘Je suis une pierre pour le Seigneur, je suis une pierre qui sert à construire et non à détruire/tuer…’

Nous sommes des pierres à la disposition du Seigneur pour qu’il bâtisse la paix dans ce monde où la haine et la guerre ne cessent de se tailler la part du lion… C’est là notre responsabilité : répondre à l’appel du Seigneur et prendre les clés du royaume qu’il nous donne, pour pouvoir être les pierres qui lui servent à bâtir la paix…

Mais attention : notre identité et notre vocation de pierres pour le Seigneur, nous devons l'assumer avec humilité et discernement. Car il arrive que la pierre utile pour la construction devienne une pierre qui fait chuter, comme ça va être le cas de Simon-Pierre : il va passer de la béatitude à la réprimande en l’espace de quelques instants… Jésus lui a dit ‘Tu es heureux, Simon fils de Jonas, tu es une pierre sur laquelle je veux construire’, et quelques instants plus tard, Il lui dira : « Arrière de moi, satan ! Tu es pour moi occasion de chute, car tes vues ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » (Matthieu 16, 23)

Prenons donc avec beaucoup d'humilité aussi ce pouvoir de lier-délier donné aux croyants dans ce texte. Il arrive qu’on perçoive ce pouvoir de lier-délier comme un pouvoir d'autoriser ou d'interdire, d'accueillir ou d'exclure de la communauté ceux dont le comportement ne respecte pas la loi ou ne reflète pas la volonté de Dieu. Mais vous l’avez compris, cette interprétation pose problème : comment le Seigneur peut-Il donner le pouvoir de jeter les gens hors de l'église/royaume alors qu'Il a donné les clés pour y entrer ? Jésus ne peut pas instaurer un fonctionnement contradictoire, puisqu'Il a dit lui-même : « Je ne mettrai pas dehors celui qui vient à moi. » (Jean 6, 37)

Le Christ fait à Pierre et à tout chrétien un DON particulier qui dépasse tous les pouvoirs qu'on a voulu mettre dans les fameuses clés du royaume : « Je te donnerai les clés » dit Jésus, c'est un DON, pas un pouvoir. Le Seigneur donne à son église le don de lier les forces du mal en faisant savoir au monde que Christ est le Messie, le Fils du Dieu vivant, qui est venu annoncer le pardon de Dieu et sauver les pécheurs. Le Seigneur donne à son église le don de délier les frères et les sœurs par le pardon des offenses. Confesser le Christ, pardonner et prier les uns pour les autres, voilà comment nous lions et délions. En agissant ainsi, nous sommes vraiment des pierres vivantes, utiles pour bâtir l'église et la paix dans le monde. 

Conclusion :

Par son évangile, par sa mort et sa résurrection, le Seigneur Jésus nous a donné les clés du royaume. Nous n’avons pas à batailler pour les arracher, nous n’avons pas à nous livrer à des pratiques ésotériques pour gagner le saint graal, les clés du royaume nous sont données dans la Parole de Dieu, et il suffit de les recevoir par la foi, en confessant le nom du Seigneur, comme Pierre.

Par l’amour et le pardon que Christ nous a manifesté, nous avons les clés pour comprendre ce qu’est le royaume de Dieu : le royaume de Dieu est là où règnent l’amour, la paix, la joie des hommes réconciliés, des frères retrouvés…

Assumons donc par la grâce de Dieu cette responsabilité d’être des pierres de construction et d’avoir reçu les clés du royaume, sans prétention et sans jugement, avec le seul souci d'annoncer le Christ, pour que d'autres personnes puissent reconnaitre, comme Pierre sous l'inspiration divine, que Jésus est le Sauveur, le Fils du Dieu vivant. Amen.

 

Publié le 15/09/2017 @ 19:25  Prévisualiser  Imprimer l'article

Dimanche 10 septembre 2017 - par Ruth-Annie Coyault

   Dimanche 10 septembre 2017

 Culte de rentrée au Centre Hui

S’écouter et se réconcilier

pour accueillir la présence de Dieu

Matthieu 18, 15-20

LECTURES BIBLIQUES

Ezéchiel 33, 7-9 Dieu fait d'Ezéchiel un guetteur

Toi, humain, je te nomme guetteur pour la maison d'Israël. Tu écouteras la parole de ma bouche et tu les avertiras de ma part. Quand je dirai au méchant : « Méchant, tu mourras ! », si tu ne parles pas pour avertir le méchant au sujet de sa voie, ce méchant mourra dans sa faute ; mais son sang, je te le réclamerai. Mais si, toi, tu avertis le méchant au sujet de sa voie, et qu'il ne revienne pas de sa voie, il mourra dans sa faute, et toi, tu sauveras ta vie.

Romains 13, 8-10 Le devoir d’amour mutuel

Ne devez rien à personne, si ce n'est de vous aimer les uns les autres ; car celui qui aime l'autre a accompli la loi. En effet, les commandements : Tu ne commettras pas d'adultère, tu ne commettras pas de meurtre, tu ne commettras pas de vol, tu ne désireras pas, et tout autre commandement se résument dans cette parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.

L'amour ne fait pas de mal au prochain : l'amour est donc l'accomplissement de la loi.

Matthieu 18, 15-20 Comment agir entre frères

Si ton frère te fait du mal, va le voir et fais-lui des reproches quand tu es seul avec lui. S'il t'écoute, tu as gagné ton frère. S'il ne t'écoute pas, retourne le voir avec une ou deux personnes. De cette façon, “on jugera l'affaire avec deux ou trois témoins.” S'il refuse de les écouter, dis-le à l'Église. S'il refuse d'écouter l'Église, traite-le comme un non-Juif ou comme un employé des impôts.

Je vous le dis, c'est la vérité : tout ce que vous refuserez sur la terre, on le refusera dans le ciel. Tout ce que vous accueillerez sur la terre, on l'accueillera dans le ciel.

Je vous le dis encore, c'est la vérité : si deux d'entre vous, sur la terre, se mettent d'accord pour prier au sujet d'une affaire, mon Père qui est dans les cieux fera pour eux ce qu'ils demandent. Oui, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d'eux.

PRÉDICATION

Les relations entre chrétiens dans la communauté, voilà un très bon sujet pour la rentrée ! Le chapitre 18 de l’évangile de Matthieu y est entièrement consacré, mais alors quand nous parlons de relations entre chrétiens, ça concerne notre relation avec les autres personnes dans l’église, et aussi nos relations dans les familles (les parents, les enfants, les maris avec leurs femmes, etc.). Le frère avec qui on doit soigner la relation et à qui on doit parler quand ça ne va pas, c’est tout autant le membre de la famille avec qui on peut s’expliquer tranquillement/en douceur, et c’est aussi le membre de la paroisse qu’on peut aller trouver pour lui dire : ‘Est-ce qu’on peut parler ?’

La Bible nous donne une belle exhortation pour la rentrée de notre paroisse, en nous encourageant à avoir une bonne relation avec les frères et les sœurs chrétiens, avec les membres de sa famille, avec tout le monde. Si vous remarquez qu’un frère (donc un chrétien) a péché, c’est-à-dire a fait quelque chose qui vous a fait du mal et qui est mal devant Dieu, n’hésitez pas à aller le voir. Le Seigneur Jésus conseille de parler d’abord seul à seul, par respect pour son prochain, pour éviter de lui faire honte devant les gens. Le respect, c’est important pour les chrétiens, ça montre qu’on a de l’amour pour son prochain. Le Seigneur Jésus a dit : « Aimez-vous les uns les autres » (Jean 13, 34), et ça commence par le respect. Respecter les aînés, les parents, les camarades, les frères et sœurs dans l’église, respecter tout le monde, même les plus petits… Si vous n’avez aucun respect pour les autres, vous pouvez raconter tout ce que vous voulez, ça signifie que vous manquez d’amour pour le prochain… Que ce soit dans la paroisse, à la maison ou ailleurs, c’est le respect de l’autre qui doit prévaloir, il n’est pas question de cracher les quatre vérités à son frère, car ce sont bien souvent des paroles blessantes et insultantes, et il n’est pas question de cracher ces vérités devant tout le monde, dit Jésus, ce serait une manière d’humilier son prochain devant toute la communauté… 

Si ton frère ne t’écoute pas, dit Jésus, prends une ou deux personnes à témoin ; si ça ne marche pas, prend l’église/la communauté à témoin ; et s’il ne veut toujours rien entendre, considère-le comme un païen ou un collecteur d’impôts (les juifs n’avaient pas de relations avec les païens et les collecteurs d’impôts, ils les considéraient comme des gens impurs/perdus qui ne pouvaient pas être sauvés). Ici, Jésus dit une parole très sensible que l’on pourrait prendre comme prétexte quand on a envie de régler nos comptes avec certaines personnes : ‘Le Seigneur a dit que ceux qui n’écoutent pas peuvent être traités comme des païens, donc on peut les mettre à l’écart de la communauté, on peut les rejeter hors de notre cercle de relations, on peut cesser de les regarder comme des frères…’  Est-ce vraiment ce que Jésus a dit ? La suite du texte n’encourage pas du tout une telle compréhension, car Jésus dit des paroles qui montrent que la qualité de nos relations a une influence certaine sur la qualité de notre prière, donc nous n’avons pas intérêt à rejeter nos frères parce qu’ils n’écoutent pas… 

Il faut s’accorder, dit Jésus, parler d’une même voix quand on veut demander quelque chose à Dieu, car si on ne s’entend pas ici-bas, Dieu ne nous entendra pas non plus… La cacophonie de la relation horizontale a des répercussions directes sur la relation verticale : si nous mettons à l’écart le frère qui refuse d’écouter, nous ne parlons plus d’une même voix, notre relation produit un mauvais son qui va immanquablement perturber notre prière… Quand on est en désaccord avec un frère ou une sœur, ce désaccord trouble notre prière, on ne demande plus à Dieu la même chose, on ne demande plus de la même manière, on arrive même à faire des demandes dont on sait très bien que Dieu ne les exaucera pas, parce que ce sont des demandes « contre Un tel »…

La parole de Jésus dans ce texte n’est pas un chèque en blanc pour détester son prochain et le considérer comme une âme perdue, exclue du salut, car c’était en effet le statut attribué aux collecteurs d’impôts (on les regardait comme des gens malhonnêtes qui arrachaient aux autres leur subsistance, sans aucune pitié, et on leur souhaitait le pire tellement on les détestait…). Si ton frère ne t’écoute pas et s’il n’écoute pas l’église, considère-le comme un païen ou un collecteur d’impôt, ça ne veut pas dire : méprise-le.

L’exigence d’amour que le Seigneur a posée dans son enseignement n’est pas écartée. Il faut continuer à aimer le frère/la sœur qui n’écoute pas, parce que, comme dit la lettre aux Romains, l’unique dette que nous avons les uns envers les autres c’est de nous aimer les uns les autres. Notre manière de vivre la relation avec les autres doit obéir au commandement d’amour laissé par le Seigneur Jésus, et si nous voulons parler à notre frère pour lui reprocher une parole ou un acte qui nous a fait du mal, efforçons-nous de le faire dans un esprit d’amour. Car Jésus n’incite pas ses disciples à régler leurs comptes pour qu’ils se déchirent davantage, au contraire, il les exhorte à se parler fraternellement pour qu’ils se réconcilient. C’est ça l’amour : savoir se parler quand ça ne va pas, savoir écouter et reconnaître ses erreurs, savoir dépasser ensemble les actes manqués pour avancer d’un même pas vers le Seigneur…

Donc quand Jésus dit que celui qui n’écoute pas doit être considéré comme un païen ou un collecteur d’impôt, ça ne signifie pas qu’on le rejette parce qu’il ne veut rien savoir. Non, ça veut dire que ce frère qui n’écoute pas est comme quelqu’un qui ne connaît pas encore Dieu et qui refuse d’entendre la Parole du Christ qui invite à la réconciliation ; il est comme celui qu’on invite à entrer dans la maison pour retrouver ses frères, et au lieu de cela, il préfère rester tout seul dehors, loin des autres et loin du Seigneur, il s’exclut lui-même de la communauté et du salut par une attitude de raidissement et de persévérance dans l’erreur. Il est aimé de Dieu et de ses frères, mais il s’exclut lui-même en refusant d’écouter l’exhortation qui lui rappelle l’exigence d’amour posée par la Parole de Dieu…

S’écouter et se réconcilier. S’écouter mutuellement pour pouvoir se mettre d’accord et se donner la main dans la prière, pour parler d’une même voix à Dieu, c’est le sens étymologique du verbe s’accorder dont parle Jésus ici (sumphonéo), il y a l’idée qu’on se parle pour harmoniser nos voix, pour retrouver une bonne entente, parce que le péché casse la communion (entre Dieu et nous, mais aussi entre nous et nos frères). Il ne faut donc pas éviter de parler du péché au prétexte que c’est un sujet tabou et qu’on ne veut pas faire la morale à son prochain (la démarche que Jésus propose n’est pas moralisatrice). Au contraire, si un frère a péché, il ne faut pas le laisser dans l’erreur vis-à-vis de ses semblables et vis-à-vis de Dieu, il faut lui parler, dit Jésus, dans le respect et la discrétion pour qu’il ne se sente ni jugé ni condamné ; il faut lui parler pour l’aider à mettre fin au désaccord/manque d’harmonie/trouble que suscite le péché dans la vie de ce frère et dans sa relation avec les autres et avec Dieu… Notre devoir de chrétiens, comme dit Dieu dans le livre du prophète Ezéchiel, c’est d’être le guetteur qui avertit ses frères pour qu’ils ne s’écartent pas de la voie du Seigneur. On n’est pas le guetteur qui espionne les autres et passe son temps à les juger et à faire des commérages, Dieu nous demande d’être les uns pour les autres comme une sentinelle vigilante qui veille avec bienveillance sur ses frères, pour que nous puissions nous exhorter mutuellement et fraternellement lorsque c’est nécessaire. C’est aussi ce que dit l’apôtre Paul dans sa deuxième lettre aux Thessaloniciens : si quelqu’un n’obéit pas, « ne le regardez pas comme un ennemi, mais avertissez-le comme un frère. » (2 Thessaloniciens 3, 15).

« Si ton frère a péché », ça veut dire que ça peut arriver à tout le monde, donc personne ne va faire son kéké/crâneur/prétentieux, comme si on n’avait pas de péché… On va aller parler à son frère justement parce qu’on sait qu’on ne vaut pas mieux, et ce n’est pas très fraternel de laisser l’autre dans la panade, dans les fautes qu’il a commises et il ne sait pas comment faire pour en sortir… Si ton frère a péché, va lui parler gentiment, pour qu’il se sente aimé/accueilli/pardonné et encouragé dans la bonne voie, ainsi il pourra joindre sa voix à celle de ses frères pour prier ensemble le Seigneur.

La communion fraternelle/l’entente entre frères et sœurs dans l’église, ça ne pousse pas comme un champignon, c’est là où il y a de l’amour les uns pour les autres qu’on peut avoir cette entente fraternelle qui va jusqu’à s’accorder dans la prière, c’est-à-dire être en symphonie (sumphonéo)/harmonie/communion spirituelle, de telle sorte que les esprits se rejoignent pour demander la même chose à Dieu. Jésus dit que pour pouvoir se mettre d’accord et prier ensemble, il faut d’abord se parler, s’écouter et même se pardonner mutuellement, délier tous les liens de la colère/détestation/rancune qu’on peut avoir les uns envers les autres, pour que notre prière monte d’une manière harmonieuse vers le ciel…

L’évangile nous invite à écouter notre frère/notre sœur quand il/elle nous dit ce qui l’a blessé/e ou ce qui ne va pas. Ce n’est pas l’exercice que nous faisons le plus naturellement, c’est peut-être pour cela que dans la Bible, Dieu passe son temps à dire à son peuple : « Écoutez-moi ! » Parfois on se côtoie depuis longtemps dans l’église, on échange les courtoisies d’usage, mais on ne s’est jamais vraiment parlé et écouté mutuellement…

L’évangile m’invite à écouter mon frère qui vient vers moi dans la paix, car il veut me parler pour mon bien, dans un esprit d’amour et non de jugement, parce qu’il veut se réconcilier avec moi. Il ne vient pas me parler pour faire des histoires, il veut retrouver la communion fraternelle qui permet de parler à Dieu d’une même voix, d’élever une prière qui est bien accueillie par le Seigneur, parce que c’est la prière des frères réconciliés, une prière qui n’adresse pas à Dieu des demandes contraires, des demandes contre les autres, mais des demandes en faveur les uns des autres…

« Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d'eux. » C’est là où nous sommes réunis que le Seigneur manifeste sa présence. Si nous restons à distance de nos frères, parce qu’ils nous ont fait du mal et ne nous ont pas écouté quand on leur a parlé, si nous les considérons comme des mécréants qui ne méritent pas le pardon de Dieu, il se peut bien que le Seigneur lui aussi se tienne à distance, parce qu’il manque quelqu’un… Quelqu’un qu’on déteste, parce qu’il a fait ou dit quelque chose qu’on n’a pas oublié, mais Dieu ne le déteste pas… Quelqu’un qu’on ne supporte pas, parce qu’il n’écoute personne et embête tout le monde, mais Dieu le supporte, comme il nous supporte tous quand nous lui désobéissons et ne l’écoutons pas…

Et ce Dieu-là nous dit par la bouche de son Fils que pour nous donner sa présence, il a besoin que nous retrouvions nos frères, que nous refassions le lien là où la relation a été brisée, que nous remettions l’unité là où il n’y en a plus, afin qu’il y ait à nouveau deux et même trois personnes là où nous avons appris à être tous seuls avec Dieu… Alors Dieu viendra, il sera au cœur de notre prière, il entendra vraiment nos demandes et nous exaucera.

Tout ce que nous lions/enchaînons sur la terre… lie et enchaîne aussi notre prière, tout ce que nous délions et détachons contribue à libérer notre prière et à la rendre audible et agréable aux oreilles du Seigneur. C’est l’histoire du pharisien et de l’employé des impôts qui vont prier au temple, et le pharisien regarde l'autre tellement de haut que sa prière n'est pas exaucée, malgré le fait qu'il jeûne toutes les semaines et donne en offrandes 10% de ses revenus (Luc 18, 9-14)…

Si dans la relation avec l’autre nous lions, c'est-à-dire si nous refusons de pardonner/faire la paix, notre relation avec Dieu en souffre aussi, ce sera comme si vous téléphonez à quelqu'un qui ne vous entend pas, vous parlez bien fort, vous criez même, et à l'autre bout du fil on ne vous entend pas… Si la relation avec le frère est bloquée, la relation avec Dieu l’est aussi. Il faut régler le désaccord entre frères pour que la communication avec Dieu retrouve sa netteté, sa spontanéité, sa joie… Alors notre prière sera exaucée. Ça ne signifie pas que nous allons obtenir tout ce que nous demandons, ça signifie surtout que notre prière prend sens devant le Seigneur, nous ne prions pas pour donner des ordres à Dieu tout en nous fichant totalement du prochain, nous prions avec amour et respect pour Dieu et pour le prochain. Ça signifie que nous faisons confiance au Seigneur qui nous donne un proche, et nous faisons confiance à ce proche en nous réunissant à nouveau avec lui malgré ce qu’il a fait, tout comme le Seigneur nous fait confiance et écoute nos prières malgré tous les péchés que nous commettons…

 

Conclusion :

Au moment de la rentrée, on se motive en prenant des bonnes décisions, on veut mettre en place de bonnes habitudes qui vont nous accompagner pendant toute l’année. Aujourd’hui, la Bible nous donne une belle motivation qui va changer radicalement notre vie et nous donner l’équilibre existentiel dont nous avons besoin, pour vivre en paix et porter le témoignage en tant que chrétiens dans la société :

è Prenons aujourd’hui, avec Jésus la décision de se parler et s’écouter comme des frères, pour se reconnecter les uns aux autres et se reconnecter ensemble à Dieu, pour tisser/resserrer les liens de l’amour, consolider l’affection que nous sommes appelés à nous porter les uns aux autres.

è Se parler et s’écouter avec bienveillance tout au long de l’année, pour que notre bonne entente monte au ciel comme une symphonie/musique harmonieuse, et qu’elle soit remarquée de tous comme le signe de l’amour et de l’unité que le Christ a laissé à ses disciples, afin que le monde voit, et que le monde croit :

« À ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres » / si nous nous parlons et nous écoutons les uns les autres, et si nous sommes bien d’accord entre nous, devant Dieu. (Jean 13, 35). Amen.

 

Publié le 15/09/2017 @ 19:21  Prévisualiser  Imprimer l'article
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